Histoire de l’Église — Annexe du module VIII
Textes confessionnels
Primärtexte mit kritischem Kommentar — Augsburg, Heidelberg, Westminster, Trient und Barmen.
Lire une confession : sept opérations préalables
Un texte confessionnel ne se lit pas comme un traité. Il est écrit contre quelqu’un, pour être souscrit, dans une situation juridique précise, et sa formulation porte la trace de tout cela. Sept questions doivent être posées à chaque texte avant d’en tirer une doctrine.
| Question | Ce qu’elle révèle | Exemple |
|---|
| 1. Contre qui ? | Toute confession vise des positions adverses, souvent sans les nommer | L’Augustana vise les anabaptistes à l’article IX et Rome à l’article XX |
| 2. Devant qui ? | Le destinataire commande le ton et les silences | L’Augustana est présentée à Charles Quint : elle minimise les divergences et affirme la catholicité |
| 3. Qui souscrit ? | Le texte lie un clergé, un territoire, ou des individus | Les Trente-neuf Articles lient le clergé anglican, non les fidèles |
| 4. Quelle langue ? | L’original et sa traduction officielle ne coïncident pas toujours | L’Augustana existe en allemand et en latin, avec des écarts significatifs à l’article X |
| 5. Quel genre ? | Articles, catéchisme, canons, thèses : la forme détermine ce qui peut être dit | Dordrecht procède par canons avec rejets ; Heidelberg par questions et réponses en première personne |
| 6. Quelle autorité ? | Norme irréformable, témoignage, ou règle d’enseignement | Trente définit ; les confessions réformées se déclarent révisables selon l’Écriture |
| 7. Quelles révisions ? | Les textes bougent, et les versions successives sont des documents | La Variata de 1540 modifie l’article X de l’Augustana |
Justification : quatre formulations confrontées
Le dossier le plus instructif, parce que les quatre textes se répondent directement et qu’un accord a fini par être trouvé quatre siècles et demi plus tard.
| Texte | Énoncé | Ce qui est visé |
|---|
| Augsbourg IV (1530) | Les hommes ne peuvent être justifiés devant Dieu par leurs propres forces, mérites ou œuvres ; ils le sont gratuitement à cause du Christ, par la foi, lorsqu’ils croient qu’ils sont reçus en grâce et que leurs péchés sont remis à cause du Christ | Le mérite de congruo et la doctrine de la satisfaction |
| Trente VI (1547) | Seize chapitres et trente-trois canons. La justification n’est pas seulement rémission des péchés mais sanctification et renouvellement de l’homme intérieur par l’acceptation volontaire de la grâce ; le canon 9 anathématise quiconque dit que l’impie est justifié par la seule foi | La formule luthérienne telle que Trente la comprend |
| Heidelberg 60 (1563) | Réponse à la première personne : bien que ma conscience m’accuse d’avoir gravement péché contre tous les commandements de Dieu, il m’accorde par pure grâce la parfaite satisfaction du Christ, comme si je n’avais jamais commis aucun péché | Ni Rome ni les luthériens : la question est pastorale, non polémique |
| Déclaration commune (1999) | Nous confessons ensemble que ce n’est pas en raison de nos mérites mais par grâce que nous sommes acceptés par Dieu et recevons l’Esprit Saint qui renouvelle nos cœurs | Les condamnations du XVIe siècle, déclarées ne pas atteindre les positions actuelles du partenaire |
Ce que l’accord de 1999 a réellement fait Il n’a pas rapproché les doctrines : il a établi que les condamnations réciproques visaient des positions que l’autre ne tient pas. Trente condamne une foi conçue comme confiance sans transformation ; les luthériens ne l’enseignent pas. Les luthériens condamnent une justification obtenue par les œuvres ; Trente ne l’enseigne pas. L’instrument employé — le «consensus différencié» — consiste à reconnaître un accord sur le fondement tout en maintenant des accentuations distinctes. Sa portée est discutée : cent quarante-trois théologiens protestants allemands ont publié en 1998 une déclaration critique, estimant que le texte masquait des divergences réelles sur la doctrine du péché et sur la certitude du salut.
Écriture et tradition : trois positions en trois phrases
Trente, session IV : la vérité évangélique est contenue «dans les livres écrits et dans les traditions non écrites», reçues avec un égal sentiment de piété. Le remplacement, en cours de rédaction, de «en partie… en partie» par «et» est traité au module VII ; il conditionne toute la lecture.
Article VI des Trente-neuf Articles : l’Écriture contient tout ce qui est nécessaire au salut, de sorte que ce qui n’y est pas lu ni ne peut en être prouvé ne doit être exigé de personne comme article de foi. La restriction — nécessaire au salut — laisse hors du champ tout le domaine de l’ordre et de la discipline.
Confession helvétique postérieure, chapitre II : l’Écriture s’interprète par elle-même, par la règle de la foi et de la charité, et l’on reçoit les interprétations des Pères et des conciles dans la mesure où elles s’accordent aux Écritures. Le principe est hiérarchique et non exclusif.
La Cène : le point de rupture
Quatre formulations qui suffisent à expliquer quatre siècles de tables séparées.
| Texte | Formule | Conséquence |
|---|
| Augsbourg X, version latine (1530) | Le corps et le sang du Christ sont vraiment présents et distribués à ceux qui participent ; les positions contraires sont désapprouvées | Exclut Zwingli |
| Augsbourg X, Variata (1540) | Avec le pain et le vin, le corps et le sang sont véritablement présentés à ceux qui mangent | Formulation assez large pour que les réformés puissent y souscrire — ce qui aura des effets juridiques jusqu’à Westphalie |
| Heidelberg 76-78 (1563) | Manger le corps du Christ, c’est recevoir par la foi ; le pain n’est pas changé en corps, comme l’eau du baptême n’est pas changée en sang du Christ | Position réformée, avec réalisme de la communion et refus du changement des éléments |
| Trente XIII (1551) | Présence réelle, substantielle et permanente ; le terme de transsubstantiation est déclaré «très approprié» | Fixe la position catholique et le vocabulaire |
La Concorde de Leuenberg (1973) a levé les condamnations réciproques du XVIe siècle entre luthériens et réformés sur ce point précis et établi entre eux la communion de chaire et de table. C’est la seule des grandes controverses de la Réforme à avoir abouti à une communion effective.
Confesser au XXe siècle : Barmen et Belhar
Les deux textes confessionnels majeurs du siècle partagent une structure que les confessions du seizième ne connaissaient pas : chaque thèse énonce une affirmation appuyée sur un texte biblique, puis rejette explicitement une doctrine nommée, sans désigner d’adversaire personnel.
Barmen (mai 1934), thèse I : Jésus Christ, tel qu’il nous est attesté dans l’Écriture, est l’unique Parole de Dieu que nous ayons à écouter, à laquelle nous ayons à nous fier et à obéir dans la vie et dans la mort. Rejet : nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait et devrait reconnaître, comme source de sa prédication, en dehors et à côté de cette unique Parole de Dieu, d’autres événements, puissances, figures et vérités comme étant une révélation de Dieu.
Belhar (1986), rédigée dans l’Église réformée missionnaire d’Afrique du Sud, articule trois affirmations — unité, réconciliation, justice — et rejette toute doctrine qui légitime par l’Évangile la séparation forcée des peuples. Elle est devenue confession de foi de plusieurs Églises réformées, en Afrique du Sud, aux Pays-Bas et en Amérique du Nord.
Le rapprochement des deux textes fait apparaître un déplacement : Barmen confesse contre une doctrine qui prétend ajouter une révélation ; Belhar confesse contre une doctrine qui prétend tirer de la révélation une conséquence sociale. Dans les deux cas, la forme confessionnelle est mobilisée parce qu’une position est jugée non pas erronée mais incompatible avec la foi elle-même — ce que les théologiens appellent un status confessionis.
Hypothèses de travail — mémoire et thèse
Cinq pistes formulées de manière falsifiable, centrées sur les textes eux-mêmes et sur leurs usages. Les éditions critiques des confessions donnent les états successifs et les versions parallèles : c’est un matériau de philologie autant que de dogmatique.
H1. L’écart entre les versions allemande et latine de l’Augustana
Hypothèse. Les divergences entre les textes allemand et latin de la Confession d’Augsbourg ne sont pas des accidents de traduction mais des adaptations délibérées à deux publics — les états d’Empire et la chancellerie impériale —, et leur distribution suit les articles les plus sensibles politiquement.
- État de la question
- L’existence des deux versions est connue et les éditions critiques les donnent en regard. L’analyse systématique des écarts, article par article, et leur mise en relation avec les enjeux de la diète n’a pas été publiée sous cette forme.
- Corpus
- Die Bekenntnisschriften der evangelisch-lutherischen Kirche, édition critique donnant les deux textes ; actes de la diète d’Augsbourg (1530) ; Confutatio ; Apologie de Mélanchthon ; correspondance de Mélanchthon de 1530.
- Méthode
- Collationner intégralement les deux versions, classer chaque écart par type — ajout, omission, atténuation, durcissement — et croiser avec la sensibilité politique de l’article. Allemand et latin ; corpus édité et de taille maniable.
Ce qui la réfuterait : Une distribution aléatoire des écarts, ou leur concentration sur des points sans enjeu politique identifiable.
H2. Le status confessionis : histoire d’une notion
Hypothèse. La notion de situation confessante, employée au XXe siècle pour qualifier l’apartheid comme hérésie et invoquée depuis dans d’autres débats, n’a pas d’équivalent fonctionnel au XVIe siècle : elle est forgée dans les controverses adiaphoristes luthériennes du milieu du XVIe, puis réactivée et transformée en 1934, et sa généalogie explique ses usages contemporains contestés.
- État de la question
- La notion est constamment invoquée — apartheid en 1982, questions économiques, écologiques et éthiques depuis. Sa généalogie est esquissée sans avoir été établie, et les critères de son application n’ont jamais été stabilisés.
- Corpus
- Controverses adiaphoristes et Formule de Concorde, article X ; Barmen (1934) ; déclaration de l’Alliance réformée mondiale à Ottawa (1982) déclarant l’apartheid hérésie ; Confession de Belhar (1986) ; débats sur Accra (2004) ; littérature systématique récente.
- Méthode
- Reconstituer les emplois de la notion depuis le XVIe siècle, relever les critères invoqués à chaque fois, et analyser les déplacements. Latin, allemand, anglais, afrikaans.
Ce qui la réfuterait : L’attestation d’un usage médiéval ou antique fonctionnellement équivalent, ou la constance des critères d’application à travers les époques.
H3. Les catéchismes comme instruments : que retenaient les catéchisés ?
Hypothèse. Les visitations et les examens de catéchisme conservés permettent de mesurer ce qui était effectivement retenu des catéchismes confessionnels, et montrent une rétention concentrée sur les formules liturgiques et le Décalogue, très faible sur les développements doctrinaux qui occupent l’essentiel des textes.
- État de la question
- La diffusion des catéchismes est bien étudiée ; leur efficacité réelle ne l’est pas, alors que les sources existent — procès-verbaux d’examens, registres de visitations, notes de pasteurs.
- Corpus
- Petit Catéchisme de Luther (1529) ; Catéchisme de Heidelberg (1563) ; Catéchisme de Genève (1542) ; registres de visitations saxonnes et wurtembergeoises ; procès-verbaux d’examens de catéchisme des XVIIe-XVIIIe siècles ; registres consistoriaux genevois.
- Méthode
- Relever dans un échantillon de procès-verbaux les questions posées et les réponses obtenues, coder par section du catéchisme, et établir les taux de rétention. Allemand, français ; archives locales accessibles en Suisse romande.
Ce qui la réfuterait : Une rétention homogène sur l’ensemble du catéchisme, ou des sources trop formalisées pour refléter autre chose qu’une procédure.
H4. Le «consensus différencié» : un instrument et ses limites
Hypothèse. La méthode du consensus différencié, employée dans la Déclaration commune de 1999 et reprise depuis, produit des accords dont la stabilité dépend d’une condition rarement explicitée : que les différences maintenues portent sur l’accentuation et non sur les conséquences pratiques ; là où elles affectent la pratique — hospitalité eucharistique, reconnaissance des ministères —, la méthode échoue.
- État de la question
- L’instrument est décrit et défendu par ses auteurs, contesté par les cent quarante-trois théologiens allemands de 1998 et par plusieurs orthodoxes. Une analyse de ses conditions de succès et d’échec, à partir des cas où il a été appliqué, n’a pas été conduite.
- Corpus
- Déclaration commune sur la doctrine de la justification (1999) et ses annexes ; déclaration critique de 1998 ; documents d’application aux méthodistes (2006), anglicans (2016) et réformés (2017) ; accords de Leuenberg, de Porvoo et de Meissen pour comparaison.
- Méthode
- Comparer les cas d’application, identifier pour chacun la nature des différences maintenues et l’effet pratique obtenu. Allemand et anglais ; corpus publié et restreint.
Ce qui la réfuterait : Des accords stables obtenus par cette méthode sur des différences affectant directement la pratique sacramentelle.
H5. Confesser sans texte : les traditions non confessionnelles
Hypothèse. Les traditions qui refusent les confessions écrites comme instrument d’obligation — anabaptistes, Églises de professants, mouvements pentecôtistes — développent des équivalents fonctionnels non textuels — pratiques de discipline, récits fondateurs, usages liturgiques — dont l’effet normatif est comparable et mesurable par l’analyse des procédures d’exclusion.
- État de la question
- Le refus des credos par ces traditions est connu et souvent pris pour une absence de norme. L’hypothèse d’équivalents fonctionnels est formulée occasionnellement sans avoir été instruite par l’examen des cas concrets de discipline.
- Corpus
- Confession de Dordrecht (1632) et Ordnungen amish ; règlements de communautés mennonites et huttérites ; statuts de dénominations pentecôtistes ; procès-verbaux de conseils d’Église ; travaux d’anthropologie religieuse sur ces communautés.
- Méthode
- Analyser un corpus de décisions disciplinaires pour identifier les normes effectivement invoquées et leur source. Anglais, allemand ; enquête de terrain et archives communautaires ; coopération indispensable avec les communautés concernées.
Ce qui la réfuterait : L’absence de norme repérable dans les décisions disciplinaires, ou le recours effectif à des textes confessionnels que la tradition déclare ne pas reconnaître.