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Histoire de l’Église — Module III

Les conciles œcuméniques

325-787 — ce qui rend un concile obligatoire, les sept assemblées, et les Églises qu’elles ont laissées derrière elles

Sept conciles pour les orthodoxes, vingt et un pour les catholiques, quatre pour la plupart des protestants, trois pour les Églises orientales non chalcédoniennes, deux pour l’Église de l’Orient. Le désaccord ne porte pas sur des faits — les assemblées ont eu lieu et leurs actes sont largement conservés — mais sur le critère qui rend une assemblée obligatoire. C’est la question que ce module examine avant d’examiner les conciles eux-mêmes.

Qu’est-ce qui fait qu’un concile est œcuménique ?

Aucun des sept premiers conciles ne s’est réuni en se sachant œcuménique. Le titre est toujours attribué après coup, et les critères invoqués pour l’attribuer ont été formulés tardivement, chacun dans une situation polémique précise.

CritèreFormulationOrigineDifficulté
Convocation impérialeEst œcuménique le concile convoqué par l’empereur pour l’ensemble de l’oikoumenèPratique effective de 325 à 787Devient inapplicable après la disparition de l’Empire d’Occident, puis de Byzance
RéceptionEst œcuménique le concile reçu par l’ensemble des ÉglisesCritère byzantin, formalisé après le second concile d’Éphèse (449), tenu pour «brigandage» précisément parce qu’il n’a pas été reçuCirculaire : la réception vérifie mais ne fonde pas ; et elle prend des décennies
Confirmation pontificaleEst œcuménique le concile confirmé par le successeur de PierreFormulé progressivement, systématisé après la réforme grégorienneRétroactif : Nicée I n’a pas été confirmé en ce sens ; et Rome a rejeté le canon 28 de Chalcédoine tout en recevant le concile
Conformité à l’ÉcritureEst obligatoire le concile dont les décisions sont prouvables par l’ÉcritureRéforme du XVIe siècle ; Article XXI des Trente-neuf ArticlesDéplace l’autorité du concile vers celui qui vérifie la conformité
Règle de VincentQuod ubique, quod semper, quod ab omnibusVincent de Lérins, Commonitorium, 434Aucune doctrine ne satisfait le triple critère ; Vincent lui-même a dû adjoindre une théorie du progrès
Fait établi Le mot οἰκουμενικός appliqué à un concile n’apparaît pas avant les années 380, et il désigne d’abord une extension géographique — l’assemblée de tout l’Empire — et non une autorité doctrinale. Le glissement du sens géographique au sens normatif se produit au cinquième siècle, dans le contexte de la controverse christologique, et il est achevé à Chalcédoine, où la définition se réclame explicitement des trois conciles antérieurs. C’est donc à Chalcédoine que la catégorie prend sa forme moderne, en même temps que naît le refus qui la ruine.

Comment un concile fonctionnait

Les actes conciliaires conservés, édités par Eduard Schwartz de 1914 à 1940 puis complétés, sont l’une des sources les plus riches et les moins exploitées de l’Antiquité tardive. Ils permettent de reconstituer une procédure remarquablement stable.

La convocation est impériale, par lettre aux métropolitains, avec mise à disposition de la poste d’État — le cursus publicus. Elle fixe le lieu, la date et l’objet. L’empereur ne siège pas comme évêque mais préside l’ouverture ou s’y fait représenter par des commissaires laïcs, qui dirigent les débats et rappellent à l’ordre.

La séance procède par lectures — dossiers de citations patristiques, lettres, dépositions — et par acclamations. Les actes conservent ces acclamations verbatim : «longues années à l’empereur», «Léon et Cyrille ont enseigné la même chose», «qu’on jette dehors le judaïsant Nestorius». Elles ne sont pas décoratives : elles constituent le mode de décision ordinaire, le vote formel étant réservé aux cas litigieux.

La souscription clôt l’affaire. Chaque évêque signe, souvent avec une formule personnelle, et les listes conservées permettent de savoir qui était présent — donnée précieuse et rarement exploitée systématiquement, car elle révèle des absences massives : Chalcédoine, le plus grand concile de l’Antiquité, compte entre cinq cent vingt et six cent trente évêques dont deux légats romains, tous les autres venant d’Orient.

La ratification impériale transforme les décisions en loi d’Empire, avec sanctions civiles. C’est ce qui distingue un concile impérial d’un synode : le concile produit un texte dogmatique, l’empereur en fait un texte pénal.

Les conciles locaux qui ont compté

Réduire l’histoire conciliaire aux sept assemblées œcuméniques déforme la réalité : une grande part du droit et de la doctrine vient de synodes régionaux.

ConcileDateObjetPortée durable
Elvirevers 306Discipline ; 81 canonsPremière mention d’un célibat clérical imposé (canon 33) ; interdiction des images dans les églises (canon 36)
Arles314Donatisme, date de PâquesPremier concile d’Occident convoqué par un empereur
Carthage397, 419Canon biblique, appels à RomeFixe le canon africain ; conteste la juridiction romaine d’appel
Orange529Grâce et libre arbitreRègle le semi-pélagianisme ; base de la doctrine occidentale de la grâce jusqu’à Trente
Quinisexte (in Trullo)692102 canons disciplinairesComplète les deux conciles de Constantinople ; Rome en refuse plusieurs — premier désaccord canonique structurel entre Orient et Occident

Le Quinisexte est instructif. Réuni dans la salle à coupole du palais impérial — d’où son nom latin in Trullo —, il légifère sur le mariage des prêtres, le jeûne du samedi, la représentation du Christ en agneau. L’Orient le tient pour la suite disciplinaire des cinquième et sixième conciles ; Rome refuse plusieurs canons parce qu’ils contredisent l’usage latin. Aucune rupture n’en résulte immédiatement, mais le dossier montre que la divergence canonique précède de trois siècles et demi la rupture de 1054, et qu’elle porte sur des usages avant de porter sur des dogmes.

Quatre cent soixante-deux ans séparent Nicée de Nicée II. Chacun des sept conciles répond à une crise précise, produit une formule, et laisse derrière lui une Église de moins.

Nicée I (325)

Convocation par Constantin, trois ans après son unification de l’Empire. Entre deux cent cinquante et trois cent dix-huit évêques — le chiffre de trois cent dix-huit, retenu par la tradition, est probablement symbolique : c’est le nombre des serviteurs d’Abraham en Genèse 14,14. Cinq participants occidentaux, dont deux légats romains.

Décisions. Le symbole avec l’ὁμοούσιος et quatre anathématismes visant les formules ariennes. La fixation de la date de Pâques au dimanche suivant la première pleine lune après l’équinoxe, avec interdiction explicite de suivre le comput juif. Vingt canons disciplinaires, dont le canon 6 reconnaissant les prérogatives d’Alexandrie, de Rome et d’Antioche sur leurs régions — texte que les deux parties invoqueront ensuite en sens contraire.

Ce qui n’a pas été décidé. Ni le canon biblique, contrairement à une légende tenace, ni la divinité de l’Esprit, ni aucune question christologique. La question pascale, elle, ne sera pas réglée : la controverse quartodécimane se poursuit et l’écart entre comput julien et grégorien divise encore aujourd’hui la chrétienté.

Constantinople I (381)

Convocation par Théodose, un an après l’édit Cunctos populos. Cent cinquante évêques, tous orientaux : aucun légat romain, aucun évêque occidental. Le concile ne se tient donc pas pour œcuménique au moment où il siège, et Rome ne le reconnaîtra comme tel qu’au cinquième siècle.

Décisions. Condamnation des pneumatomaques et complétion de la doctrine sur l’Esprit, «qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils». Canon 3 : «l’évêque de Constantinople aura la prérogative d’honneur après l’évêque de Rome, parce que Constantinople est la Nouvelle Rome.» La justification est explicitement politique et non apostolique, ce que Rome ne cessera de relever.

Problème textuel majeur Le symbole dit «de Nicée-Constantinople», récité chaque dimanche par la majorité des chrétiens, n’est attesté comme œuvre du concile de 381 qu’à Chalcédoine, en 451, où il est lu et présenté comme tel. Les actes de 381 sont perdus. Fenton Hort (1876) puis Harnack ont soutenu qu’il ne provenait pas du concile mais d’un symbole baptismal antérieur, peut-être jérusalémite, adopté ensuite ; J. N. D. Kelly (Early Christian Creeds, 1950) a défendu un lien réel avec 381 tout en reconnaissant l’absence de preuve directe. Le dossier n’est pas clos, et il porte sur le texte le plus récité du christianisme.

Éphèse (431)

Le concile le plus irrégulier de l’Antiquité. Cyrille d’Alexandrie ouvre les débats le 22 juin sans attendre Jean d’Antioche et les évêques syriens, retardés, ni les légats romains. En une journée, Nestorius est déposé. Jean d’Antioche arrive quatre jours plus tard, réunit un concile parallèle et dépose Cyrille et Memnon d’Éphèse. Les légats romains, arrivés en juillet, ratifient la première assemblée. Théodose II hésite, fait arrêter les deux parties, puis tranche pour Cyrille — décision dans laquelle les distributions financières alexandrines à la cour, documentées par les listes de présents conservées, ont joué un rôle que les historiens ne dissimulent plus.

Décision. Le titre Θεοτόκος est reconnu, et la deuxième lettre de Cyrille à Nestorius devient norme. Le canon 8 reconnaît l’autocéphalie de Chypre — précédent constamment invoqué depuis dans les débats sur les Églises autocéphales.

La suite oubliée. En 433, Cyrille et Jean d’Antioche signent la Formule d’union, qui reconnaît «deux natures» tout en maintenant la Θεοτόκος. Deux ans après l’anathème, un accord était trouvé. Ce fait pèse lourd dans l’appréciation de la rupture de 451 : rien n’était joué d’avance.

Chalcédoine (451)

Contexte. Le «brigandage d’Éphèse» de 449 avait réhabilité Eutychès et déposé Flavien de Constantinople, mort des suites des violences. Le Tome de Léon, refusé de lecture en 449, devient à Chalcédoine le document de référence. Marcien convoque le plus grand concile de l’Antiquité : cinq cent vingt à six cent trente évêques.

La définition confesse un seul et même Christ, Fils, Seigneur, monogène, reconnu ἐν δύο φύσεσιν, «en deux natures», et qualifie leur union par quatre adverbes négatifs : sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La formule ne définit pas positivement l’union ; elle en interdit quatre déformations. C’est une définition apophatique, et c’est ce qui fait sa force et son insuffisance.

Le canon 28 accorde à Constantinople des droits égaux à ceux de l’ancienne Rome, en reprenant la justification politique de 381. Les légats romains, absents de la séance, protestent ; Léon reçoit le concile pour la foi et rejette le canon. Il en résulte une situation durable : un concile œcuménique dont un canon n’est pas reçu par le siège qui a fourni le texte doctrinal décisif.

La rupture. L’Égypte, une grande partie de la Syrie, l’Arménie et l’Éthiopie refusent. Les Églises copte, syriaque orthodoxe, arménienne apostolique et éthiopienne datent de là leur existence séparée. Le concile qui devait clore la crise christologique fonde la première division durable de la chrétienté.

Constantinople II (553)

Justinien cherche à récupérer les non-chalcédoniens en condamnant trois dossiers antiochiens — les «Trois Chapitres» : la personne et les écrits de Théodore de Mopsueste, les écrits de Théodoret contre Cyrille, la lettre d’Ibas à Maris. L’opération consiste à démontrer que Chalcédoine n’était pas nestorienne en condamnant ceux que Chalcédoine avait réhabilités.

Le pape Vigile, amené de force à Constantinople, refuse d’abord par son premier Constitutum, est condamné par le concile, capitule six mois plus tard et meurt en chemin vers Rome. L’Occident se divise : l’Afrique et l’Italie du Nord entrent en schisme, et le schisme d’Aquilée durera jusqu’en 698. L’opération échoue par ailleurs : les non-chalcédoniens ne reviennent pas.

Origène et les quinze anathématismes La condamnation d’Origène est traditionnellement attribuée à ce concile. Les quinze anathématismes contre l’origénisme figurent bien dans la documentation, mais probablement comme acte d’un synode permanent (σύνοδος ἐνδημοῦσα) tenu en 543 ou au début de 553, non des sessions conciliaires elles-mêmes, où ils n’apparaissent pas dans les actes. La question est disputée depuis Franz Diekamp (1899) et elle n’est pas tranchée. Elle importe : de sa réponse dépend le statut dogmatique de la condamnation de l’apocatastase.

Constantinople III (680-681)

Dernière tentative impériale de conciliation avec les monophysites, le monothélisme soutenait que le Christ, en deux natures, n’a qu’une seule volonté. La formule avait reçu l’appui du patriarche Sergius et, dans deux lettres de 634, celui du pape Honorius.

Maxime le Confesseur mène l’opposition avec un argument d’une rigueur remarquable : la volonté appartient à la nature et non à la personne ; un Christ sans volonté humaine n’a pas d’humanité complète, et Gethsémani — «non pas ma volonté, mais la tienne» — suppose deux vouloirs réellement distincts. Il est jugé en 662, a la langue coupée et la main droite tranchée, et meurt en exil.

Le concile lui donne raison : deux volontés et deux opérations naturelles, sans opposition, la volonté humaine suivant librement la divine. Il anathématise Sergius, Cyrus, Pyrrhus, Paul, Pierre — et le pape Honorius. Cette condamnation d’un pape par un concile œcuménique, confirmée par le pape Léon II, constitue l’un des dossiers les plus délicats de l’ecclésiologie catholique ; elle fait l’objet de la deuxième dispute de ce module.

Nicée II (787)

L’iconoclasme byzantin commence vers 726 sous Léon III et est doctrinalement fixé par le concile iconoclaste de Hiéreia en 754, qui se déclare septième concile œcuménique. L’impératrice Irène et le patriarche Taraise convoquent en 787 l’assemblée qui le révoque.

La distinction décisive est lexicale : la λατρεία, le culte d’adoration, est due à Dieu seul ; les images reçoivent une τιμητικὴ προσκύνησις, une vénération d’honneur, qui passe à celui qu’elles représentent. L’argument de fond est christologique et non esthétique : celui qui refuse l’image du Christ nie que le Verbe se soit fait visible, et l’iconoclasme est donc une christologie déficiente.

Une erreur de traduction lourde de conséquences La version latine des actes envoyée en Occident rend προσκύνησις par adoratio, effaçant précisément la distinction que le concile avait établie. Les Francs comprennent donc que Nicée II ordonne d’adorer les images. Les Livres carolins, rédigés vers 790-793 sous la direction de Théodulf d’Orléans, réfutent longuement une doctrine que le concile n’avait pas énoncée, et le concile de Francfort (794) condamne le septième concile œcuménique. L’épisode est le cas d’école du rôle des traducteurs dans l’histoire des dogmes.

Un second iconoclasme reprend de 815 à 843. Le 11 mars 843, l’impératrice Théodora rétablit les images : c’est le Θρίαμβος τῆς Ὀρθοδοξίας, le Triomphe de l’Orthodoxie, encore célébré le premier dimanche du Grand Carême. Nicée II est le dernier concile reconnu en commun par Rome et Constantinople, et il est aussi celui qui a été le plus mal reçu en Occident.

Disputes historiographiques et confessionnelles

Les disputes suivantes mobilisent les six grandes voix confessionnelles (catholique, orthodoxe, réformée, luthérienne, anglicane, anabaptiste), avec interjections du Professeur Tryphon Goldberg, persona pédagogique juive du site.

Combien de conciles œcuméniques, et selon quel critère ?

Sept, vingt et un, quatre, trois ou deux. Le chiffre que chaque tradition retient est la conséquence d’un critère, et le critère a toujours été formulé après coup, dans une situation de conflit. Le désaccord sur le nombre est donc un désaccord sur la nature de l’autorité doctrinale.

Catholique

Vingt et un conciles, de Nicée I à Vatican II. Le critère est la confirmation par le successeur de Pierre : un concile ne tire pas son autorité de son extension géographique ni de sa réception ultérieure mais de la communion avec le siège apostolique, ce que Lumen gentium 22 formule en énonçant qu’il n’y a jamais de concile œcuménique s’il n’est confirmé ou du moins reçu comme tel par le successeur de Pierre. Le critère permet de rendre compte de cas autrement inexplicables : le second concile d’Éphèse (449) fut aussi impérialement convoqué et aussi largement composé que les autres, et il n’est pas œcuménique parce que Léon l’a rejeté. Il permet aussi de tenir pour œcuméniques des conciles purement occidentaux — Latran, Lyon, Trente, les deux Vatican — que l’Orient n’a jamais reçus.

Orthodoxe

Sept conciles, de Nicée I à Nicée II. Le critère est la réception par la conscience ecclésiale, la sobornost dont Khomiakov a donné la formulation classique : aucune autorité extérieure, ni pape ni empereur ni concile en tant que tel, ne peut garantir la vérité ; c’est le corps entier qui reconnaît, et cette reconnaissance peut prendre des décennies. Le contre-exemple décisif est Ferrare-Florence (1438-1439), concile parfaitement régulier, signé par l’empereur et par presque tous les évêques grecs — et rejeté par le peuple de Constantinople, ce qui l’a annulé. Marc d’Éphèse seul refusa de signer, et c’est lui que l’Église a reçu. La réception est donc un critère réel, quoique lent et non procédural.

Réformée

Les Églises réformées reçoivent les quatre premiers conciles, et elles les reçoivent pour une raison précise que Calvin énonce dans l’Institution IV, 9 : non parce qu’ils sont conciles, mais parce que leurs décisions sont conformes à l’Écriture. Calvin ajoute une distinction qui a fait fortune : il vénère les conciles anciens «comme des interprètes fidèles de l’Écriture» tout en refusant de leur reconnaître une autorité autonome, car «les conciles peuvent errer et ont erré». Le critère est donc matériel et non formel. Il a une conséquence que les réformés assument : c’est en dernière instance le lecteur qui vérifie, ce qui explique que les antitrinitaires du seizième siècle aient pu invoquer la même méthode contre Nicée. La Confession helvétique postérieure (chapitre II) tranche en posant que l’Écriture s’interprète par elle-même et par le consentement des Pères sur les articles fondamentaux.

Luthérienne

Luther consacre à la question un traité entier, Des conciles et de l’Église (1539), qui est l’un de ses textes les plus historiquement documentés. Sa thèse : les quatre premiers conciles n’ont rien institué de nouveau, ils ont défendu l’ancienne foi contre des nouveautés, et c’est à ce titre qu’ils obligent. Un concile n’a pas le pouvoir d’établir de nouveaux articles de foi ; il a celui de condamner les erreurs contre les articles reçus. Luther ajoute une observation qui reste juste : chaque concile n’a traité qu’un seul point, et il est faux de leur attribuer une compétence générale. La Formule de Concorde reçoit les trois symboles et non les conciles comme tels, distinction significative.

Anglicane

L’article XXI est d’une franchise remarquable : les conciles généraux «ne peuvent être assemblés sans le commandement et la volonté des princes», et «lorsqu’ils sont assemblés, comme ils sont une assemblée d’hommes dont tous ne sont pas gouvernés par l’Esprit et la Parole de Dieu, ils peuvent errer et ont parfois erré, même en des choses touchant Dieu». La position anglicane classique retient les quatre premiers conciles — Lancelot Andrewes : un canon, deux Testaments, trois symboles, quatre conciles, cinq siècles — et les reçoit comme interprètes autorisés, non comme sources. La nuance est que l’anglicanisme, à la différence du calvinisme, insiste sur le caractère collectif et historique de cette vérification : c’est l’Église dans la durée qui lit, non le croyant isolé.

Anabaptiste

La tradition radicale ne reçoit aucun concile comme autorité et reçoit la foi trinitaire comme contenu scripturaire. Le raisonnement est simple : un concile convoqué par un empereur, tenu sous protection militaire, ratifié par une loi pénale et exécuté par le bras séculier n’est pas une assemblée de l’Église selon le Nouveau Testament, quelles que soient ses conclusions. Menno Simons professe la Trinité sans employer le vocabulaire conciliaire. La Confession de Dordrecht (1632) ne mentionne aucun concile. Cette position a un coût reconnu : elle prive de l’instrument qui aurait permis de récuser la christologie de la chair céleste de Melchior Hoffman, que la tradition a mis un siècle à abandonner.

Synthèse

Les cinq critères — convocation impériale, réception, confirmation pontificale, conformité scripturaire, consentement patristique — ne s’appliquent pas aux mêmes objets et produisent des listes incompatibles. Trois observations valent au-delà des positions. D’abord, aucun critère n’est contemporain des sept premiers conciles : tous sont rétroactifs, et chacun a été formulé pour trancher un conflit particulier. Ensuite, les traditions qui invoquent la réception et celles qui invoquent la confirmation pontificale aboutissent au même résultat pour les sept premiers et divergent ensuite, ce qui suggère que le désaccord porte moins sur l’Antiquité que sur le second millénaire. Enfin, aucune tradition n’applique son critère sans exception : Rome reçoit Nicée qu’elle n’a pas confirmé, l’Orient reçoit Constantinople I que l’Occident n’avait pas reçu, et les protestants s’arrêtent à quatre sans pouvoir dire pourquoi quatre.

Le cas Honorius : un concile œcuménique peut-il condamner un pape ?

En 681, le troisième concile de Constantinople anathématise nommément le pape Honorius pour avoir soutenu le monothélisme, et son successeur Léon II confirme le concile. Le dossier a joué un rôle central dans les débats du concile Vatican I, mille cent quatre-vingt-neuf ans plus tard.

Catholique

La réponse catholique repose sur une lecture précise des textes. Honorius a écrit deux lettres à Sergius en 634, dans lesquelles il recommande de ne pas disputer d’une ou de deux opérations et emploie l’expression «nous confessons une seule volonté de Notre-Seigneur». Mais il n’a défini aucune doctrine, n’a parlé ex cathedra à aucun moment, et sa formule vise l’absence de conflit entre les volontés du Christ, non leur unicité. La lettre de confirmation de Léon II est décisive : elle reproche à Honorius non d’avoir enseigné l’hérésie mais de n’avoir pas éteint la flamme naissante et d’avoir permis que la foi immaculée fût souillée — permisit maculari. C’est un reproche de négligence. Pastor aeternus (1870) définit l’infaillibilité pour les définitions ex cathedra, et Honorius n’en a jamais prononcé.

Orthodoxe

Le dossier est pour l’Orient une démonstration expérimentale : le siège de Rome a erré dans la foi, un concile œcuménique l’a constaté, et un pape l’a confirmé. C’est exactement ce que l’ecclésiologie orthodoxe soutient — le critère ultime n’est pas un siège mais le corps ecclésial réuni. Photius et les polémistes byzantins du neuvième siècle exploitent déjà l’argument. Ce que l’Orient en conclut n’est pas que Rome soit sans importance : le Tome de Léon a fait Chalcédoine. C’est que sa primauté est d’honneur et d’initiative, non d’infaillibilité, et que le sixième concile en fournit la preuve documentaire.

Réformée

Les controversistes réformés ont fait du dossier un usage systématique depuis le seizième siècle, et l’usage a été décisif au moment de Vatican I. L’argument est en deux temps : si un concile œcuménique a condamné un pape pour la foi, l’infaillibilité pontificale est contredite par la tradition elle-même ; et si l’on répond que le concile s’est trompé, on abandonne l’autorité des conciles. La force de l’argument tient à ce qu’il ne suppose aucune prémisse protestante : il oppose la tradition catholique à elle-même. Ce qu’il établit, du point de vue réformé, n’est pas que l’Église soit sans autorité mais que cette autorité est celle de la Parole exposée dans la communauté, et qu’aucune instance n’en est le propriétaire.

Luthérienne

Le dossier occupe une place notable dans la controverse luthérienne, notamment chez Martin Chemnitz, dont l’Examen du concile de Trente (1565-1573) reste la réfutation la plus érudite jamais opposée à Trente. Mais le luthéranisme en tire une conclusion moins polémique : il montre que les instances ecclésiales, toutes sans exception, sont faillibles, et que la certitude de la foi ne peut reposer ni sur un siège ni sur une assemblée mais sur la promesse attachée à la Parole. L’enjeu n’est pas de disqualifier Rome mais de déplacer le fondement. Honorius, de ce point de vue, n’est pas un scandale mais un rappel : ecclesia semper reformanda vaut aussi pour celui qui préside.

Anglicane

Le dossier a connu en Angleterre une actualité historiographique particulière. Au moment de Vatican I, l’évêque Karl Josef von Hefele, auteur de la grande Histoire des conciles et minoritaire au concile, a fait d’Honorius son argument principal contre la définition, et il a voté non placat avant de se soumettre en 1871. Döllinger, excommunié, a poursuivi. Le débat a été suivi de près par les anglicans, dont Newman — passé à Rome vingt-cinq ans plus tôt — jugeait la définition inopportune sans la contester. La position anglicane demeure celle de l’article XXI appliqué aux deux instances : conciles et papes peuvent errer, et l’ont fait.

Anabaptiste

La tradition radicale considère que le dossier ne la concerne pas. Si aucun concile ne fait autorité et si aucun siège n’en détient, la question de savoir si l’un peut condamner l’autre est sans objet. Ce que le dossier illustre en revanche, et que la tradition retient, c’est la manière dont les affaires de foi étaient traitées : Maxime le Confesseur, qui avait raison contre l’empereur, le patriarche et le pape, a eu la langue coupée et la main droite tranchée avant de mourir en exil. Le concile lui a donné raison dix-huit ans après sa mort. Une Église où l’on a raison à titre posthume est une Église dont la procédure est défaillante, quel que soit le contenu de ses décisions.

Synthèse

Trois faits ne sont contestés par personne : Honorius a écrit les lettres qu’on lui attribue, le sixième concile l’a anathématisé nommément, et Léon II a confirmé le concile en atténuant le grief. Les traditions divergent sur la portée. La réponse catholique — négligence et non enseignement ex cathedra — est techniquement cohérente avec la définition de 1870, qu’elle a en partie contribué à formuler : les débats conciliaires montrent que la restriction aux définitions ex cathedra doit beaucoup à la nécessité d’absorber ce dossier. Les autres traditions y voient la preuve qu’aucune instance n’est soustraite à l’erreur. L’observation la plus utile est celle qu’apporte la voix anabaptiste et que reprend Tryphon : la question de savoir qui peut se tromper masque celle de savoir comment une Église traite ceux qui ont raison contre elle.

Nicée II et les images : vénération légitime ou idolâtrie ?

Le septième concile distingue la λατρεία due à Dieu seul et la προσκύνησις d’honneur rendue aux images. La distinction a été effacée par le traducteur latin, refusée par les Francs, réactivée au seizième siècle, et elle sépare encore les traditions sur le statut du visible dans le culte.

Catholique

Le concile est reçu comme œcuménique et sa distinction est reprise intégralement. Le concile de Trente, dans son décret sur les images de la vingt-cinquième session (1563), la reformule en termes tridentins : l’honneur rendu à l’image se réfère au prototype, et l’on ne croit dans les images «aucune divinité ni vertu» qui justifierait qu’on leur demande quelque chose. Le Catéchisme 2131-2132 reprend la formule de Basile — «l’honneur rendu à l’image passe à celui qui y est représenté» — et rappelle que le culte chrétien des images n’est pas contraire au premier commandement précisément parce que l’Incarnation a inauguré une économie nouvelle du visible. Trente ajoute une dimension pastorale absente de Nicée II : les images instruisent les illettrés et doivent être contrôlées par l’évêque contre les abus et les superstitions.

Orthodoxe

L’icône n’est pas un ornement mais un lieu théologique, et le septième concile est un concile christologique avant d’être un concile esthétique. Jean Damascène, dans les trois Discours contre ceux qui rejettent les saintes images, pose l’argument décisif : je ne représente pas la divinité invisible, je représente la chair de Dieu qui est devenue visible, et refuser l’image revient à refuser l’Incarnation. Théodore Studite ajoute que l’image circonscrit l’hypostase et non la nature, ce qui règle l’objection. La Synodikon de l’Orthodoxie, proclamé le premier dimanche du Carême depuis 843, fait de la question des images le critère de l’orthodoxie tout entière. Il faut noter que l’icône est vénérée, encensée, baisée — et que cette pratique est précisément ce que le concile a autorisé, non toléré.

Réformée

La position réformée est la plus tranchée et elle est ancienne. Calvin consacre à la question l’Institution I, 11, et son argument n’est pas qu’il soit interdit de peindre mais qu’il est interdit de représenter Dieu : «Dieu n’a aucune convenance avec les images», et toute tentative de le figurer le falsifie. Il retourne l’argument de l’instruction des illettrés : si l’image enseigne, elle enseigne faussement, car l’Église a reçu pour enseigner la prédication. Le Catéchisme de Heidelberg, questions 96 à 98, est explicite : on ne doit pas faire d’images de Dieu ni les honorer, et les images ne doivent pas être «les livres des laïques», car Dieu veut que son peuple soit instruit «par la vive prédication de sa Parole». Les iconoclasmes réformés du seizième siècle — Zurich 1524, Genève 1535, Bâle, les Pays-Bas en 1566 — appliquent cette doctrine, avec des destructions considérables.

Luthérienne

Luther occupe une position intermédiaire qu’il a conquise contre les siens. En 1522, revenant de la Wartburg, il prêche à Wittenberg les huit sermons de l’Invocavit contre Karlstadt, qui avait fait enlever les images : les images sont des adiaphora, choses indifférentes, et vouloir les détruire revient à en faire une œuvre nécessaire au salut, c’est-à-dire à retomber dans la logique de la loi. Sa position pratique : on peut les garder si elles instruisent, on doit les ôter si on les adore, et l’on ne doit jamais les briser par contrainte. Le luthéranisme a en conséquence conservé retables, crucifix et vitraux, et l’Allemagne luthérienne a préservé une part considérable de l’art médiéval que les régions réformées ont perdue.

Anglicane

L’histoire anglaise est celle d’une oscillation violente. Les Injunctions de 1547 et 1559 ordonnent l’enlèvement des images abusées ; les commissaires d’Édouard VI puis les iconoclastes de la guerre civile — William Dowsing détruisant méthodiquement dans l’East Anglia en 1643-1644, avec un journal conservé — dévastent statues, vitraux et jubés. L’Homélie contre le péril d’idolâtrie (1563) est l’un des textes les plus durs de la Réforme sur le sujet. Mais la restauration caroline puis le Mouvement d’Oxford réintroduisent images, crucifix et ornements, au prix de procès retentissants au dix-neuvième siècle. La position contemporaine est un pluralisme assumé : les images sont permises, leur usage varie selon les paroisses, et l’article XXII condamne seulement leur «adoration» et leur «invocation».

Anabaptiste

La tradition radicale refuse les images sans en faire un motif de destruction, position cohérente avec son refus de la contrainte. Les lieux de culte anabaptistes, mennonites et amish sont nus : ni autel, ni croix, ni vitrail, ni instrument. Le raisonnement n’est pas d’abord le deuxième commandement mais l’ecclésiologie : l’Église est une communauté rassemblée, non un édifice consacré, et tout ce qui fait du lieu un sacré distinct déplace l’attention de l’assemblée vers le bâtiment. Les Ordnungen amish étendent le principe à la photographie personnelle, refusée pour les mêmes raisons et pour éviter l’orgueil individuel. La tradition n’a jamais participé aux iconoclasmes : elle n’a pas détruit les images des autres, elle s’est abstenue des siennes.

Synthèse

La distinction de Nicée II entre adoration et vénération est théologiquement claire et pastoralement fragile, ce que Trente reconnaît en légiférant contre les abus. Les six positions se répartissent selon deux axes indépendants : la licéité de l’image — refusée par les réformés et les anabaptistes, admise par les quatre autres — et la légitimité de la destruction, que seuls réformés et anglicans ont pratiquée, les anabaptistes s’abstenant et les luthériens l’ayant expressément condamnée. Le fait historique le mieux établi est celui que relève Tryphon : l’aniconisme n’est pas l’état premier du judaïsme, comme le montrent les fresques de Doura-Europos, et les deux traditions ont connu la même oscillation à des siècles de distance. Aucune des deux ne peut donc invoquer une pratique originelle contre l’autre.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Les actes conciliaires édités par Schwartz et ses continuateurs constituent l’un des corpus les mieux édités et les moins exploités de l’Antiquité tardive : plusieurs de ces sujets ne demandent aucune recherche d’archives, seulement un protocole appliqué à des textes disponibles.

H1. Les acclamations conciliaires comme mode de décision

  • Master
  • Histoire de l’Antiquité tardive
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les acclamations consignées dans les actes ne sont pas un ornement rhétorique mais la procédure ordinaire de décision ; leur distribution — qui acclame, quand, sur quoi — est mesurable et révèle une conduite des séances par un petit nombre de participants, le vote formel étant réservé aux cas de blocage.

État de la question
Les acclamations sont connues et parfois citées comme curiosité. Ramsay MacMullen (Voting About God in Early Church Councils, 2006) a ouvert la voie d’une analyse du fonctionnement réel des assemblées, avec une thèse polémique sur la violence et la coercition. Le versant procédural n’a pas été traité de manière quantitative.
Corpus
Acta conciliorum oecumenicorum (éd. Schwartz), tomes relatifs à Éphèse et Chalcédoine, qui donnent les sessions verbatim ; versions latines des actes pour comparaison ; Concilium universale Constantinopolitanum tertium (ACO ser. II).
Méthode
Relever et coder chaque acclamation d’un corpus de sessions — formule, objet, moment, nombre de reprises quand il est indiqué — et cartographier les séquences. Comparer les sessions où un vote nominal intervient et celles où il n’intervient pas. Grec et latin requis ; le corpus est édité et accessible.

Ce qui la réfuterait : Une distribution des acclamations sans corrélation avec les moments décisionnels, ou l’établissement que les votes nominaux constituaient la règle et les acclamations l’exception.

H2. Le symbole de 381 : reconstitution d’une attribution

  • Doctorat
  • Histoire des dogmes / critique textuelle
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le symbole dit de Nicée-Constantinople n’a pas été produit par le concile de 381 mais lui a été attribué à Chalcédoine pour des raisons de procédure — fournir au concile de 451 un texte conciliaire postérieur à Nicée sur lequel appuyer sa propre définition —, et cette attribution est reconstituable à partir de l’usage du symbole dans les sources antérieures à 451.

État de la question
Le dossier est ouvert depuis Hort (1876) et Harnack ; Kelly (Early Christian Creeds, 1950) a défendu un lien réel avec 381 sans preuve directe ; Ritter (1965) a réexaminé la question. Aucun travail n’a systématiquement recensé les citations et allusions au symbole entre 381 et 451 pour tester l’hypothèse de l’attribution tardive.
Corpus
Actes de Chalcédoine (ACO II) ; Épiphane, Ancoratus 118, qui porte un texte très proche daté de 374 ; Cyrille de Jérusalem, Catéchèses ; correspondance de Cyrille d’Alexandrie ; canons et lettres synodales de 381 à 451 ; versions syriaques et arméniennes du symbole.
Méthode
Recenser exhaustivement les citations du symbole et de ses éléments propres — la clause sur l’Esprit en particulier — entre 374 et 451, en distinguant les emprunts formels des rencontres de vocabulaire. Grec, latin, syriaque en lecture. La difficulté est la circularité : il faut définir ce qui compte comme citation sans présupposer la conclusion.

Ce qui la réfuterait : La mise en évidence d’une citation du symbole comme œuvre du concile de 381, antérieure à Chalcédoine et indépendante de la tradition chalcédonienne.

H3. Les Livres carolins et la traduction de προσκύνησις : mesure d’un effet

  • Master
  • Philologie médiévale / histoire des dogmes
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le rejet franc de Nicée II repose intégralement sur la traduction latine des actes, qui rend προσκύνησις par adoratio et efface la distinction centrale du concile ; les arguments des Livres carolins visent tous une doctrine que le texte grec n’énonce pas, ce qui est démontrable proposition par proposition.

État de la question
L’erreur de traduction est un lieu commun des manuels mais elle est affirmée plutôt qu’établie : nul n’a confronté systématiquement les énoncés réfutés par Théodulf au texte grec correspondant pour mesurer quelle proportion des arguments tombe avec la correction.
Corpus
Opus Caroli regis contra synodum (éd. Freeman, MGH, 1998) ; actes grecs de Nicée II (Mansi XII-XIII ; éd. Lamberz, ACO ser. II vol. III) ; traduction latine d’Anastase le Bibliothécaire (IXe s.) à comparer à la version antérieure ; capitulaire de Francfort (794) ; Libellus synodalis de Paris (825).
Méthode
Établir la liste des propositions réfutées dans les Livres carolins, retrouver pour chacune l’énoncé grec visé, et classer selon que la réfutation porte sur le texte réel, sur la traduction fautive, ou sur une inférence propre à Théodulf. Latin et grec requis ; les éditions sont excellentes.

Ce qui la réfuterait : La constatation que la majorité des arguments carolins visent des positions effectivement soutenues dans le texte grec, ce qui ferait du rejet franc un désaccord doctrinal réel et non un malentendu.

H4. Les listes de souscription comme source prosopographique

  • Doctorat
  • Prosopographie / histoire de l’Église
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les listes de souscription des sept conciles permettent de reconstituer la géographie réelle de la représentation épiscopale et de montrer que la qualification d’œcuménique ne correspond à aucune réalité démographique : la représentation est massivement orientale et, à l’intérieur de l’Orient, très inégale selon les provinces, avec des écarts qui s’expliquent par la distance, le coût du voyage et les alliances métropolitaines.

État de la question
Les listes sont éditées et utilisées ponctuellement pour établir la présence de tel évêque. Elles n’ont pas été traitées comme série : nul ne dispose d’une cartographie comparée de la participation aux sept conciles, alors que les données existent.
Corpus
Listes de souscription dans les ACO ; Prosopographie chrétienne du Bas-Empire ; Notitiae episcopatuum ; Tabula Imperii Byzantini pour la géographie ; itinéraires et coûts du cursus publicus (Itinerarium Antonini, tables de Diocletien pour les prix).
Méthode
Base de données des souscripteurs par concile, avec siège, province, métropole de rattachement et distance au lieu du concile. Cartographie et analyse des taux de participation par province. Grec et latin ; travail long mais entièrement sur sources éditées, et largement réalisable à distance.

Ce qui la réfuterait : Une distribution de la participation homogène entre provinces, ou une corrélation nulle avec la distance et le coût, ce qui renverrait les écarts à des facteurs doctrinaux plutôt que matériels.

H5. Le dossier Honorius dans les débats de Vatican I

  • Master
  • Histoire contemporaine de l’Église
  • 12-18 mois

Hypothèse. La restriction de l’infaillibilité pontificale aux définitions ex cathedra, dans Pastor aeternus, doit une part décisive à la nécessité de neutraliser le cas Honorius ; cette influence est traçable dans les interventions conciliaires et dans les états successifs du schéma.

État de la question
Le rôle de Hefele, opposant et grand historien des conciles, est connu ; l’influence du dossier sur la formulation finale est souvent affirmée sans démonstration. Les actes de Vatican I sont édités intégralement et permettent de la tester.
Corpus
Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, vol. 49-53, pour les actes de Vatican I ; Hefele, Conciliengeschichte III ; Döllinger sous le pseudonyme de Janus, Der Papst und das Concil (1869) ; correspondances de la minorité ; états successifs du schéma De Ecclesia.
Méthode
Dépouiller les interventions mentionnant Honorius, en suivre l’effet sur les amendements, et comparer les versions successives du texte. Latin et allemand indispensables. Le sujet est circonscrit, documenté et faisable en un an et demi.

Ce qui la réfuterait : L’absence de mention significative du dossier dans les discussions relatives aux clauses restrictives, ou l’établissement que celles-ci étaient acquises avant que l’objection ne soit soulevée.

H6. La durée de la réception : combien de temps faut-il pour qu’un concile devienne œcuménique ?

  • Master
  • Histoire des dogmes
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’attribution du titre œcuménique intervient en moyenne deux à quatre générations après la tenue du concile, et ce délai est mesurable par la date à laquelle un concile commence à être cité comme autorité par des auteurs extérieurs à son camp d’origine.

État de la question
L’idée que la réception est lente est un lieu commun ; sa durée n’a jamais été mesurée. Le sujet offre l’avantage de transformer une intuition partagée en donnée vérifiable, ce qui est précisément ce que demande un travail de master.
Corpus
Citations conciliaires dans les Pères, les lettres synodales et les florilèges, entre 325 et 900 ; Clavis Patrum Graecorum et Latinorum pour l’identification ; bases de données textuelles (Thesaurus Linguae Graecae, Library of Latin Texts) pour la recherche systématique.
Méthode
Pour chaque concile, relever la première mention comme «saint concile œcuménique» par un auteur n’appartenant pas au parti vainqueur, puis établir la courbe de fréquence des citations. Les bases de données rendent le dépouillement réaliste ; la difficulté est la normalisation des formules.

Ce qui la réfuterait : Une adoption immédiate du titre dans les décennies suivant chaque concile, ou une distribution des citations sans rapport avec l’appartenance des auteurs.

H7. Le Quinisexte (692) et la non-réception romaine : anatomie d’une divergence canonique

  • Doctorat
  • Droit canonique comparé
  • 4-5 ans

Hypothèse. La divergence canonique entre Rome et Constantinople est constituée dès la fin du septième siècle et porte sur des usages — mariage des clercs, jeûnes, représentations — plutôt que sur des principes ; l’examen canon par canon de la réception romaine du Quinisexte permet d’établir que la rupture de 1054 sanctionne un écart déjà fixé trois siècles et demi plus tôt.

État de la question
Le Quinisexte est étudié pour lui-même (Nedungatt et Featherstone, The Council in Trullo Revisited, 1995) et la question de sa réception romaine est traitée de façon générale. Le dossier canon par canon, avec la trace de chaque disposition dans les collections latines ultérieures, n’a pas été constitué.
Corpus
Cent deux canons du Quinisexte (éd. Ohme, ACO ser. II vol. II/4) ; lettres de Serge Ier et de Jean VII ; Liber pontificalis ; collections canoniques latines — Dionysiana, Hispana, Décret de Gratien — pour suivre la réception ou l’omission de chaque disposition ; commentaires byzantins de Balsamon et Zonaras.
Méthode
Suivre chaque canon dans les deux traditions canoniques jusqu’au douzième siècle, en distinguant réception, adaptation, omission et contradiction explicite. Grec et latin ; bonne familiarité avec les collections canoniques médiévales. C’est le sujet le plus technique de cette série et le plus susceptible de résultats nets.

Ce qui la réfuterait : L’établissement d’une réception romaine substantielle des canons trullans, ou la démonstration que les divergences relevées portent sur des points doctrinaux et non disciplinaires.

Bibliographie sélective

Références sélectionnées selon les conventions du SBL Handbook of Style (2e éd., 2014).

Sources et instruments

  • Alberigo, Giuseppe, dir. Les conciles œcuméniques. 3 vol. Paris : Cerf, 1994.
  • Jean Damascène. Le visage de l’invisible [Discours sur les images]. Paris : Migne, 1994.
  • Mansi, Giovanni Domenico. Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio. 53 vol. Florence et Venise, 1759-1798 ; rééd. Paris, 1901-1927.
  • Schwartz, Eduard, et Johannes Straub, éd. Acta conciliorum oecumenicorum. Berlin : de Gruyter, 1914-1984.
  • Théodulf d’Orléans. Opus Caroli regis contra synodum. Éd. Ann Freeman. MGH Concilia II, suppl. 1. Hanovre, 1998.

Études

  • Besançon, Alain. L’image interdite : une histoire intellectuelle de l’iconoclasme. Paris : Fayard, 1994.
  • Brunet, Ester, et al. Nicée II, 787-1987. Paris : Cerf, 1987.
  • Dvornik, Francis. Byzance et la primauté romaine. Paris : Cerf, 1964.
  • Hefele, Karl Josef von, et Henri Leclercq. Histoire des conciles. 11 vol. Paris : Letouzey, 1907-1952.
  • Kelly, J. N. D. Early Christian Creeds. 3e éd. London : Longman, 1972.
  • MacMullen, Ramsay. Voting About God in Early Church Councils. New Haven : Yale University Press, 2006.
  • Nedungatt, George, et Michael Featherstone, dir. The Council in Trullo Revisited. Rome : Pontificio Istituto Orientale, 1995.
  • Price, Richard, et Michael Gaddis. The Acts of the Council of Chalcedon. 3 vol. Liverpool : Liverpool University Press, 2005.
  • Ritter, Adolf Martin. Das Konzil von Konstantinopel und sein Symbol. Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1965.
  • Sesboüé, Bernard. Histoire des dogmes, t. I : Le Dieu du salut. Paris : Desclée, 1994.

Voir aussi

Quiz — Les conciles œcuméniques

À partir de quand le mot οἰκουμενικός appliqué à un concile prend-il un sens normatif ?