Un sacrement est un rite visible institué par le Christ associant un signe externe et une promesse divine. Le mot latin sacramentum traduit le grec μυστήριον (mystère) — non un secret mais une réalité divine accomplie et révélée. Les traditions chrétiennes divergent profondément sur le nombre, la nature et l'efficacité des sacrements.
Le Colloque de Marbourg (1529) a montré que la Cène divise le protestantisme autant qu'elle divise protestants et catholiques. Quatre positions majeures :
Calvin — La Cène comme festin de communion réelle
Institutio IV.17.1-3 (1559) · CO 2, 1003–1006 · LCC 21, 1360–1364
« Je dis donc que dans le Mystère de la Cène, par les signes du pain et du vin, le Christ son vrai corps et son vrai sang nous sont représentés, afin que notre foi soit exercée en les reconnaissant. [...] Cette présence spirituelle dont je parle n'est point une présence imaginaire, mais bien réelle et véritable. »
Dico ergo in Coenae mysterio, pane et vino signis, Christum, verum corpus et verum sanguinem suum nobis exhibere...
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Calvin navigue entre deux écueils : la transsubstantiation catholique (qu'il juge liée à une philosophie aristotélicienne non biblique) et le mémorisme zwingliien (qui vide la Cène de toute efficacité réelle). Sa solution : le Christ est réellement présent, mais sa présence est spirituelle et céleste — non corporelle et terrestre. L'Esprit Saint est l'organe de cette présence : il élève les cœurs (sursum corda) au Christ glorifié. Cette position — dite 'virtualiste' ou 'dynamique' — est distincte des deux autres.
Le concept de sacrement
Le terme « sacrement » (sacramentum) est la traduction latine du grec mystērion (μυστήριον, « mystère »). Dans le Nouveau Testament, mystērion désigne le plan divin de salut révélé en Christ (Ép 1,9 ; 3,3-6 ; Col 1,26-27 ; 1 Tm 3,16). Tertullien (De spectaculis, vers 200) latinise en sacramentum, terme initialement militaire désignant le serment du soldat romain.
Définition d'Augustin
Augustin (354–430) formule la définition classique d'un sacrement : « signe sacré » (signum sacrum, De Civitate Dei X.5) ou plus précisément, dans la formulation reçue par Pierre Lombard et la scolastique : invisibilis gratiae visibilis forma — « la forme visible d'une grâce invisible ». Trois éléments constituent un sacrement :
- Signe matériel et perceptible (eau, pain, vin, huile).
- Parole qui spécifie le signe (« Je te baptise au nom du Père… »).
- Grâce spirituelle communiquée par et avec le signe.
Le septénaire scolastique
L'Église médiévale latine a progressivement défini le nombre de sacrements à sept, fixation cristallisée par Pierre Lombard (Sententiae IV, vers 1150). Cette définition est officialisée dogmatiquement par les conciles de Lyon II (1274), Florence (Decretum pro Armenis, 1439) et définitivement Trente (session VII, 3 mars 1547 ; DH 1601). Les sept sacrements sont : baptême, confirmation, Eucharistie, pénitence, onction des malades (extrême-onction), ordre, mariage.
Les sept mystères orthodoxes
L'orthodoxie reconnaît également sept mystères (mystēria) identiques en nombre à ceux du catholicisme romain, mais avec deux différences notables : (1) le chiffre 7 n'a pas le caractère doctrinal arrêté qu'il a en Occident (certains théologiens orthodoxes mentionnent d'autres rites comme « mystères » : la consécration d'une église, la tonsure monastique, les funérailles) ; (2) la théologie sacramentaire orthodoxe est plus pneumatologique (rôle central de l'épiclèse) et moins juridique que la théologie occidentale.
Les critères protestants de canonicité sacramentelle
Les Réformateurs établissent trois critères stricts pour qu'un rite soit sacrement à proprement parler :
- Institution explicite du Christ dans les évangiles ou dans le Nouveau Testament.
- Signe matériel visible (élément physique perceptible).
- Promesse de grâce attachée au signe.
Selon ces critères, seuls le baptême et la Cène se qualifient. Les autres rites tenus pour sacrements en Occident sont déclassés :
- Confirmation — pas d'institution claire dans le NT (Ac 8,17 et 19,6 sont des cas particuliers d'imposition des mains liée à la mission apostolique, non un rite séparé universel).
- Pénitence — Jn 20,23 ne fonde pas un rite sacramentel distinct ; la conversion est continue dans toute la vie chrétienne.
- Ordre — l'imposition des mains pour le ministère existe (1 Tm 4,14 ; 2 Tm 1,6 ; Ac 6,6 ; 13,3), mais ne constitue pas un sacrement au sens fort.
- Mariage — institution divine (Gn 2,18-24 ; Mt 19,4-6), mais ne donne pas la grâce salvatrice de manière spécifique.
- Onction des malades — Jc 5,14-16 mentionne un usage, sans en faire un sacrement universel.
Tableau récapitulatif : nombre de sacrements par tradition
| Tradition | Nombre | Détail |
| Catholicisme romain | 7 | Baptême, confirmation, Eucharistie, pénitence, onction des malades, ordre, mariage |
| Orthodoxie | 7 (mystères) | Identiques au catholicisme, sans le caractère arrêté du chiffre 7 |
| Luthéranisme | 2 (parfois 3) | Baptême, Cène (et parfois pénitence/absolution comme 3e sacrement) |
| Réformés | 2 | Baptême, Cène |
| Anglicans | 2 + 5 sacramentaux | Sacrements de l'Évangile : baptême, Cène. Sacramentaux : confirmation, mariage, ordre, pénitence, onction |
| Baptistes | 0 sacrement, 2 ordonnances | Baptême et Cène comme ordinances symboliques |
| Quakers | 0 | Pas de sacrements extérieurs ; sacrement intérieur de la « lumière intérieure » |
| Armée du Salut | 0 | Pas d'administration de sacrements visibles |
Le baptême
Fondements bibliques
Le baptême chrétien s'enracine dans plusieurs racines néotestamentaires :
- Le baptême de Jean-Baptiste (Mt 3 ; Mc 1 ; Lc 3) — baptême de pénitence en vue de la conversion eschatologique.
- Le baptême de Jésus par Jean (Mc 1,9-11 et parallèles) — manifestation messianique et trinitaire.
- La grande commission (Mt 28,19) — formule trinitaire normative.
- La théologie paulinienne (Rm 6,3-11 ; Ga 3,27 ; Col 2,12) — union au Christ dans sa mort et sa résurrection.
- 1 Pi 3,21 — le baptême « sauve » comme antitype du déluge (typologie de la création nouvelle).
Modes de baptême
- Immersion — pratique majoritaire de l'Église ancienne, conservée par l'orthodoxie et récupérée par les baptistes (XVIIe s.) et plusieurs Églises évangéliques. Le grec baptizō signifie littéralement « plonger ».
- Affusion (versement d'eau) — pratique latine occidentale dès la Didachè (vers 100 : « en cas d'absence d'eau courante, versez de l'eau trois fois sur la tête »). Mode normal de la plupart des Églises occidentales aujourd'hui.
- Aspersion — variante minoritaire (quelques gouttes), parfois en pratique pastorale.
Le calvinisme réformé affirme l'indifférence du mode : ce qui compte est l'eau symbolisant la purification (Calvin, Inst. IV.15.19). Les baptistes répondent que le NT atteste l'immersion et que la symbolique paulinienne d'ensevelissement/résurrection (Rm 6,4) suppose l'immersion totale.
La controverse paedobaptisme / credobaptisme
Question majeure : faut-il baptiser les nouveau-nés (paedobaptisme) ou seulement les croyants ayant manifesté leur foi (credobaptisme, baptême des seuls croyants) ?
Position paedobaptiste
Tenue par les Églises catholique, orthodoxe, luthérienne, réformée, anglicane, méthodiste. Arguments principaux :
- Continuité avec la circoncision juive (Col 2,11-12) : sacrement d'alliance dès l'enfance.
- Témoignage patristique précoce : Tertullien la connaît au début du IIIe s. (même s'il la déconseille pour des raisons pratiques) ; Origène l'atteste comme tradition apostolique reçue.
- Baptême de « maisons entières » dans Ac 16,15.33 ; 18,8 ; 1 Co 1,16 supposant probablement des enfants.
- Priorité de la grâce : la grâce de Dieu précède la foi humaine ; le baptême comme don gratuit ne dépend pas de la capacité du sujet.
- Confirmation différée : la profession de foi adulte est différée à la confirmation ou à un acte d'engagement personnel.
Position credobaptiste
Tenue par les anabaptistes, baptistes, évangéliques majoritaires, Églises charismatiques. Arguments principaux :
- Absence d'exemple explicite : le NT ne donne aucun cas attesté de baptême d'enfant.
- Foi personnelle préalable : Ac 2,38 ; Mc 16,16 (« celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ») suppose la foi avant le baptême.
- Signe de conversion accomplie : le baptême est signe de la conversion personnelle déjà reçue.
- Différence avec la circoncision : la circoncision était un signe ethnique, le baptême est un signe de foi ; l'analogie a ses limites.
- Rejet de la presumptio fidei : la présomption de foi chez l'enfant n'est pas fondée scripturairement.
Cette divergence reste l'un des plus grands obstacles œcuméniques entre les Églises historiques (paedobaptistes) et les Églises issues du mouvement anabaptiste-baptiste. Le texte de Lima (BEM, 1982) reconnaît les deux pratiques comme légitimes mais ne propose pas de résolution. Certaines Églises modernes (notamment évangéliques contemporaines) acceptent le re-baptême adulte de personnes baptisées enfants, ce que toutes les traditions historiques rejettent comme contrevenant à l'unicitas baptismi (Ép 4,5).
L'Eucharistie / la Cène
Vocabulaire
- Eucharistie (eucharistia, « action de grâces ») — terme catholique et orthodoxe dominant, depuis la Didachè (vers 100).
- Cène (cena, « repas du soir ») — terme protestant dominant, marquant le caractère de mémorial du dernier repas.
- Sainte Communion — terme anglican.
- Saint Sacrifice de la messe — terme catholique liturgique.
- Divine Liturgie — terme orthodoxe (la liturgie elle-même comme rite eucharistique).
- Fraction du pain (Ac 2,42 ; 20,7) — terme néotestamentaire originel.
- Repas du Seigneur (kyriakon deipnon, 1 Co 11,20) — terme paulinien.
Les quatre récits d'institution
L'institution eucharistique est rapportée quatre fois dans le NT, avec des variantes mineures :
- Mc 14,22-25 — récit le plus court et probablement le plus ancien des évangiles.
- Mt 26,26-29 — proche de Marc, avec ajout « pour le pardon des péchés » (verset 28).
- Lc 22,15-20 — récit divisé en deux coupes (avant et après le pain), proche de la liturgie juive du seder pascal.
- 1 Co 11,23-25 — récit paulinien, le plus ancien chronologiquement (vers 55, antérieur aux évangiles synoptiques), reçu par Paul comme tradition (« j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai aussi transmis »).
Les paroles d'institution centrales : touto estin to sōma mou (« Ceci est mon corps ») et touto estin to haima mou (« ceci est mon sang »). Le verbe estin (« est ») devient le nœud de tous les débats théologiques sur la présence eucharistique.
Les quatre grandes positions sur la présence eucharistique
| Position | Tradition | Thèse |
| Transsubstantiation | Catholique romaine | Substance du pain et du vin convertie en substance du corps et du sang du Christ ; les accidents (apparences) demeurent. Doctrine fixée par Latran IV (1215, DH 802) et Trente (session XIII, 1551, DH 1642). |
| Consubstantiation / union sacramentelle | Luthérienne | Présence réelle du corps et du sang du Christ in, cum et sub (« dans, avec et sous ») le pain et le vin. Le pain demeure pain ; le vin demeure vin ; le corps et le sang sont réellement présents ensemble. |
| Présence spirituelle / virtualisme | Réformée (Calvin, Bullinger) | Présence réelle mais spirituelle du Christ, perçue par la foi. Le Saint-Esprit élève le croyant pour le faire participer au corps glorifié du Christ qui demeure dans le ciel. |
| Mémorialisme | Zwinglien (Zurich) et baptiste majoritaire | La Cène est commémoration de la mort du Christ. Pas de présence réelle dans les éléments ; ils sont signes symboliques de la grâce reçue par la foi. |
| Métousiose | Orthodoxe | Terme grec metousiōsis, équivalent grec de la transsubstantiation, mais sans la précision aristotélicienne des « accidents ». L'orthodoxie accepte la conversion réelle sans en définir le mode philosophique. |
Le colloque de Marbourg (1529)
Le colloque de Marbourg (1er–3 octobre 1529), convoqué par le landgrave Philippe de Hesse, tente de réconcilier Luther et Zwingli sur la Cène en vue d'une alliance protestante anti-Habsbourg. Accord sur 14 articles sur 15. Désaccord radical sur le 15e (la Cène) :
Luther, selon la tradition, grave sur la table avec son couteau le verset Hoc est corpus meum (« Ceci est mon corps »), affirmant la présence réelle. Zwingli répond avec Jn 6,63 : « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. »
L'échec de Marbourg cristallise la division entre luthériens et réformés sur la Cène pour plus de quatre siècles. La réconciliation théologique sera proposée par l'Accord de Leuenberg (16 mars 1973), qui reconnaît la légitimité des deux positions et instaure l'intercommunion entre Églises luthériennes, réformées, méthodistes et vaudoises européennes.
La position calvinienne : une voie médiane
Calvin propose une voie médiane entre Luther (présence locale dans les éléments) et Zwingli (mémorial sans présence) : la présence réelle spirituelle. Selon Calvin (Inst. IV.17), le corps glorifié du Christ est dans le ciel à la droite du Père (Ac 1,9-11). Par l'opération du Saint-Esprit (virtus Spiritus Sancti), le croyant communiant est élevé spirituellement pour participer réellement au corps et au sang du Christ.
« Si je ne le comprends pas, je puis cependant le sentir : je préfère adorer son secret que de chercher à comprendre ce qui est plus haut que ma propre capacité. »
— Calvin, Inst. IV.17.32 (1559)
Le sacrifice eucharistique : point majeur de divergence
Pour le catholicisme, la messe est sacrifice propitiatoire, re-présentation non sanglante du sacrifice unique de la croix (Trente, session XXII, 1562 ; DH 1740–1742). Doctrine confirmée par Vatican II (Sacrosanctum Concilium 47).
Pour le protestantisme (luthériens et réformés unanimement), la Cène n'est pas un sacrifice mais un mémorial du sacrifice unique et achevé du Christ. Les passages clefs sont Hé 7,27 ; 9,12.26 ; 10,10-14 : le Christ s'est offert « une fois pour toutes » (ephapax). Toute re-présentation sacrificielle serait redondante et porterait atteinte à l'unicité du sacrifice de la croix.
Le BEM (Lima 1982) et la Déclaration commune sur la justification (1999) ont rapproché les positions sans les fusionner. La position œcuménique contemporaine reconnaît :
- Le caractère memorial non psychologisant (anamnēsis comme actualisation cultuelle, non comme simple souvenir).
- Le caractère eucharistique (action de grâces pour l'œuvre du Christ).
- Le caractère sacramentel (signe efficace de la communion au Christ).
- L'unicité du sacrifice du Calvaire (non répétition).
Communion sous les deux espèces
L'Église catholique médiévale a progressivement restreint la communion des laïcs à la seule espèce du pain (concile de Constance, 1415, à l'encontre des hussites bohémiens). Les Réformateurs (Jan Hus avant eux, Luther, Calvin) ont réaffirmé la communion sous les deux espèces selon Mt 26,27 (« Buvez-en tous »). Vatican II a rétabli la possibilité de la communion sous les deux espèces pour les laïcs (Sacrosanctum Concilium 55, 1963).
Œcuménisme sacramentel
Le texte de Lima — BEM (1982)
Baptême, Eucharistie, Ministère (BEM) ou texte de Lima est un document œcuménique majeur élaboré par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et adopté à Lima (Pérou) en janvier 1982. Il représente cinquante ans de dialogue œcuménique sur les sacrements.
Sur le baptême : reconnaissance mutuelle du baptême comme « lien fondamental d'unité » entre chrétiens. Acceptation des deux pratiques (paedobaptisme et credobaptisme) comme deux dimensions légitimes du même mystère.
Sur l'Eucharistie : insistance sur l'anamnēsis (mémorial réel actualisant), l'epiklēsis (invocation du Saint-Esprit), la communion comme don du Christ glorifié.
Sur le ministère : convergence sur la triple structure (évêque, presbytre, diacre) comme don de Dieu à l'Église, sans qu'elle soit imposable à toutes les traditions.
Le BEM est devenu le document œcuménique le plus reçu et étudié de l'histoire récente, faisant l'objet de réponses écrites de plus de 180 Églises mondiales.
L'hospitalité eucharistique
Question pastoralement brûlante : les chrétiens d'une confession peuvent-ils communier dans une autre ?
- Catholicisme — communion limitée aux baptisés en pleine communion avec Rome (in plena communione) ; exceptions pastorales possibles pour orthodoxes et anglicans (Code de droit canon, c. 844).
- Orthodoxie — communion réservée aux orthodoxes ; quelques Églises plus rigides que d'autres.
- Protestantisme — généralement, hospitalité eucharistique ouverte aux baptisés trinitaires de toute confession (table « ouverte »).
- Concorde de Leuenberg (1973) — intercommunion entre Églises réformées, luthériennes, méthodistes et vaudoises européennes.
- Anglicans — variable selon les provinces ; intercommunion avec luthériens nordiques (Porvoo, 1992) et avec vieux-catholiques (Bonn, 1931).
Pour un développement comparatif détaillé, voir le module « Sacrements comparés ».
Textes intégraux et traductions des sacrements
Conformément au principe ad fontes, cette section présente les sources primaires fondamentales de la théologie sacramentaire dans leur langue originale, accompagnées des traductions de référence.
Matthieu 28,19 — la grande commission baptismale
Grec — NA28
πορευθέντες οὖν μαθητεύσατε πάντα τὰ ἔθνη, βαπτίζοντες αὐτοὺς εἰς τὸ ὄνομα τοῦ πατρὸς καὶ τοῦ υἱοῦ καὶ τοῦ ἁγίου πνεύματος.
Translittération : poreuthentes oun mathēteusate panta ta ethnē, baptizontes autous eis to onoma tou patros kai tou huiou kai tou hagiou pneumatos.
Latin — Vulgate clémentine
Euntes ergo docete omnes gentes : baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti.
Allemand — Lutherbibel 2017
« Darum gehet hin und lehret alle Völker und taufet sie auf den Namen des Vaters und des Sohnes und des Heiligen Geistes. »
Français — TOB (1988/2010)
« Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »
Anglais — NRSVue (2021)
"Go therefore and make disciples of all nations, baptizing them in the name of the Father and of the Son and of the Holy Spirit."
Italien — CEI 2008
« Andate dunque e fate discepoli tutti i popoli, battezzandoli nel nome del Padre e del Figlio e dello Spirito Santo. »
Apparat critique : la formule trinitaire eis to onoma tou patros kai tou huiou kai tou hagiou pneumatos est attestée par tous les manuscrits majeurs (א, B, A, D, W). Eusèbe de Césarée cite parfois une forme abrégée « baptisant en mon nom », ce qui a suscité débats critiques (Conybeare 1901), mais cette variante ne se trouve dans aucun manuscrit conservé.
Romains 6,3-4 — théologie paulinienne du baptême
Grec — NA28
ἢ ἀγνοεῖτε ὅτι ὅσοι ἐβαπτίσθημεν εἰς Χριστὸν Ἰησοῦν εἰς τὸν θάνατον αὐτοῦ ἐβαπτίσθημεν; συνετάφημεν οὖν αὐτῷ διὰ τοῦ βαπτίσματος εἰς τὸν θάνατον, ἵνα ὥσπερ ἠγέρθη Χριστὸς ἐκ νεκρῶν διὰ τῆς δόξης τοῦ πατρός, οὕτως καὶ ἡμεῖς ἐν καινότητι ζωῆς περιπατήσωμεν.
Latin — Vulgate
An ignoratis quia quicumque baptizati sumus in Christo Jesu, in morte ipsius baptizati sumus? Consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem, ut quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitae ambulemus.
Allemand — Lutherbibel 2017
« Oder wisst ihr nicht, dass alle, die wir auf Christus Jesus getauft sind, die sind in seinen Tod getauft? So sind wir ja mit ihm begraben durch die Taufe in den Tod, damit, wie Christus auferweckt ist von den Toten durch die Herrlichkeit des Vaters, so auch wir in einem neuen Leben wandeln. »
Français — TOB
« Ou bien ignorez-vous que, baptisés en Jésus Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés ? Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. »
1 Corinthiens 11,23-26 — récit paulinien d'institution
Grec — NA28
ἐγὼ γὰρ παρέλαβον ἀπὸ τοῦ κυρίου, ὃ καὶ παρέδωκα ὑμῖν, ὅτι ὁ κύριος Ἰησοῦς ἐν τῇ νυκτὶ ᾗ παρεδίδετο ἔλαβεν ἄρτον καὶ εὐχαριστήσας ἔκλασεν καὶ εἶπεν· τοῦτό μού ἐστιν τὸ σῶμα τὸ ὑπὲρ ὑμῶν· τοῦτο ποιεῖτε εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν. ὡσαύτως καὶ τὸ ποτήριον μετὰ τὸ δειπνῆσαι λέγων· τοῦτο τὸ ποτήριον ἡ καινὴ διαθήκη ἐστὶν ἐν τῷ ἐμῷ αἵματι· τοῦτο ποιεῖτε, ὁσάκις ἐὰν πίνητε, εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν.
Latin — Vulgate
Ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis, quoniam Dominus Jesus in qua nocte tradebatur, accepit panem, et gratias agens fregit, et dixit : Accipite, et manducate : hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur : hoc facite in meam commemorationem. Similiter et calicem, postquam coenavit, dicens : Hic calix novum testamentum est in meo sanguine. Hoc facite quotiescumque bibetis, in meam commemorationem.
Allemand — Lutherbibel 2017
« Denn ich habe von dem Herrn empfangen, was ich euch weitergegeben habe: Der Herr Jesus, in der Nacht, da er verraten ward, nahm er das Brot, dankte und brach's und sprach: Das ist mein Leib für euch; das tut zu meinem Gedächtnis. Desgleichen nahm er auch den Kelch nach dem Mahl und sprach: Dieser Kelch ist der neue Bund in meinem Blut; das tut, sooft ihr daraus trinkt, zu meinem Gedächtnis. »
Français — TOB
« Voici en effet ce que moi j'ai reçu du Seigneur, et que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : "Ceci est mon corps, qui est pour vous, faites ceci en mémoire de moi." Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant : "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; toutes les fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi." »
Note exégétique : les mots touto poieite eis tēn emēn anamnēsin (« faites ceci en mémoire de moi ») sont absents de Mc et Mt mais présents chez Lc et Paul. La notion d'anamnēsis (mémorial) n'est pas un simple souvenir psychologique mais une actualisation cultuelle, comme dans la Pâque juive (Ex 12,14 ; zikkaron). Cette compréhension est aujourd'hui reçue de manière œcuménique (BEM, Lima 1982, art. 5-13).
Confession d'Augsbourg, article IX — Du baptême
Latin — édition Concordia 1580
De Baptismo docent, quod sit necessarius ad salutem, quodque per Baptismum offeratur gratia Dei, et quod pueri sint baptizandi, qui per Baptismum oblati Deo recipiantur in gratiam Dei. Damnant Anabaptistas, qui improbant baptismum puerorum, et affirmant pueros sine Baptismo salvos fieri.
Allemand — texte parallèle 1530
« Vom Taufen wird gelehrt, dass sie nötig sei und dass dadurch Gnade angeboten werde; auch dass man die Kinder taufen solle, die durch die Taufe Gott überantwortet und ihm angenehm werden. Darum werden die Wiedertäufer verworfen, die lehren, dass die Kindertaufe nicht recht sei. »
Français — traduction œcuménique
« Du baptême, on enseigne qu'il est nécessaire et qu'à travers lui la grâce est offerte ; il faut aussi baptiser les enfants, qui par le baptême sont remis à Dieu et reçus en sa grâce. C'est pourquoi sont condamnés les Anabaptistes qui rejettent le baptême des enfants et affirment que les enfants peuvent être sauvés sans baptême. »
Référence BSLK : Die Bekenntnisschriften der Evangelisch-Lutherischen Kirche, 12e éd., Göttingen, 1998, p. 63.
Confession d'Augsbourg, article X — De la Cène
Latin — édition Concordia 1580
De Cena Domini docent, quod corpus et sanguis Christi vere adsint et distribuantur vescentibus in Cena Domini; et improbant secus docentes.
Allemand — texte parallèle 1530
« Vom Abendmahl des Herrn wird gelehrt, dass wahrer Leib und Blut Christi wahrhaftig unter der Gestalt des Brotes und Weines im Abendmahl gegenwärtig sei und da ausgeteilt und genommen werde. Derhalben wird auch die Gegenlehre verworfen. »
Français — traduction œcuménique
« De la Cène du Seigneur, on enseigne que le corps et le sang du Christ sont vraiment présents et distribués à ceux qui participent à la Cène ; on condamne ceux qui enseignent autrement. »
Note : le texte allemand original de 1530 ajoute la précision « unter der Gestalt des Brotes und Weines » (sous la figure du pain et du vin), absente du latin. Cette divergence sera l'objet de débats au sein du luthéranisme et entre luthériens et réformés. La Confessio Augustana Variata de 1540, rédigée par Mélanchthon pour faciliter le dialogue avec les réformés, modifiera substantiellement cet article.
Concile de Trente, session XIII (1551) — sur la transsubstantiation
Latin — Decretum de SS. Eucharistia, cap. IV (DH 1642)
Quoniam autem Christus, Redemptor noster, corpus suum id quod sub specie panis offerebat, vere esse dixit, ideo persuasum semper in Ecclesia Dei fuit, idque nunc denuo sancta haec Synodus declarat: per consecrationem panis et vini, conversionem fieri totius substantiae panis in substantiam corporis Christi Domini nostri, et totius substantiae vini in substantiam sanguinis ejus. Quae conversio convenienter et proprie a sancta Catholica Ecclesia transsubstantiatio est appellata.
Français — édition Denzinger-Hünermann
« Or, parce que le Christ notre Rédempteur a dit que ce qu'il offrait sous l'apparence du pain était vraiment son corps, on a toujours cru dans l'Église de Dieu, et ce saint Concile le déclare maintenant à nouveau : par la consécration du pain et du vin, il s'opère une conversion de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur, et de toute la substance du vin en la substance de son sang. Cette conversion a été appelée de manière convenable et propre, par la sainte Église catholique, transsubstantiation. »
Anglais — édition Schroeder (Canons and Decrees of the Council of Trent, 1978)
"And since Christ our Redeemer declared that to be truly His own body which He offered under the form of bread, it has, therefore, always been a firm belief in the Church of God, and this holy council now declares anew, that by the consecration of the bread and wine a change is brought about of the whole substance of the bread into the substance of the body of Christ our Lord, and of the whole substance of the wine into the substance of His blood. This change the holy Catholic Church properly and appropriately calls transubstantiation."
Référence : Conc. Trid., sessio XIII, c. 4 (11 octobre 1551). Denzinger-Hünermann, n° 1642.
Catéchisme de Heidelberg, question 75 — sur la Cène
Allemand — Heidelberg 1563
Frage 75. Wie wirst du im heiligen Abendmahl erinnert und versichert, dass du an dem einzigen Opfer Christi am Kreuz und an allen seinen Gütern Anteil hast?
Antwort: So, dass Christus mir und allen Gläubigen befohlen hat, zu seinem Gedächtnis von diesem gebrochenen Brot zu essen und aus diesem Kelch zu trinken. Dabei hat er die folgende Verheißung hinzugefügt: Erstens, dass sein Leib so gewiss für mich am Kreuz geopfert und gebrochen und sein Blut für mich vergossen ist, so gewiss ich mit Augen sehe, dass das Brot des Herrn mir gebrochen und der Kelch mir mitgeteilt wird. Zum andern, dass er selbst meine Seele mit seinem gekreuzigten Leib und vergossenen Blut so gewiss zum ewigen Leben speist und tränkt, so gewiss ich aus der Hand des Dieners das Brot und den Kelch des Herrn als gewisse Wahrzeichen des Leibes und Blutes Christi empfange.
Français — édition Labor et Fides
Question 75. Comment, dans la sainte Cène, te souvient-on et t'assure-t-on que tu participes à l'unique sacrifice du Christ à la croix et à tous ses biens ?
Réponse : Christ m'a ordonné, à moi et à tous les croyants, en sa mémoire, de manger de ce pain rompu et de boire de cette coupe. Il y a ajouté cette promesse : premièrement, qu'aussi certainement que je vois de mes yeux que le pain du Seigneur est rompu pour moi et que la coupe m'est partagée, aussi certainement son corps a été offert et brisé pour moi à la croix, et son sang versé pour moi. Deuxièmement, qu'aussi certainement que je reçois de la main du serviteur le pain et la coupe du Seigneur comme signes assurés du corps et du sang du Christ, aussi certainement le Christ lui-même nourrit et abreuve mon âme avec son corps crucifié et son sang versé pour la vie éternelle.
Trente, session XXII (1562) — sur le sacrifice de la messe
Latin — Doctrina de Ss. Missae sacrificio, cap. II (DH 1743)
Et quoniam in divino hoc sacrificio, quod in Missa peragitur, idem ille Christus continetur et incruente immolatur, qui in ara crucis semel se ipsum cruente obtulit: docet sancta Synodus, sacrificium istud vere propitiatorium esse.
Français
« Et puisque, dans ce divin sacrifice qui s'accomplit dans la messe, est contenu et immolé de manière non sanglante ce même Christ qui s'est offert lui-même sur l'autel de la croix une seule fois de manière sanglante, le saint Concile enseigne que ce sacrifice est véritablement propitiatoire. »
Position protestante : Calvin rejette frontalement cette doctrine dans l'Institution IV.18, affirmant qu'elle contredit Hé 7,27 (« il l'a fait une fois pour toutes »). La Confession helvétique postérieure (1566), ch. XXI, condamne explicitement la messe comme sacrifice. La Déclaration commune de 1999 ne traite pas frontalement cette divergence persistante.
BEM (Lima 1982) — extrait sur l'Eucharistie
Anglais — Baptism, Eucharist and Ministry, Lima 1982, Eucharist §5
"The eucharist is the great sacrifice of praise by which the Church speaks on behalf of the whole creation. […] The eucharist is the great thanksgiving to the Father for everything accomplished in creation, redemption and sanctification, for everything accomplished by God now in the Church and in the world in spite of the sins of human beings, for everything that God will accomplish in bringing the Kingdom to fulfilment."
Français — édition Cerf, 1983
« L'Eucharistie est le grand sacrifice de louange par lequel l'Église parle au nom de la création entière. […] L'Eucharistie est la grande action de grâces au Père pour tout ce qui a été accompli dans la création, la rédemption et la sanctification, pour tout ce que Dieu accomplit maintenant dans l'Église et dans le monde malgré les péchés des humains, et pour tout ce que Dieu accomplira lorsqu'il portera le Royaume à son accomplissement. »
Référence : Baptême, Eucharistie, Ministère — Convergence de la foi, Lima : COE, 1982. Édition française : Paris : Cerf / Centurion, 1983.
Texte central pour la compréhension de la doctrine eucharistique calvinienne, formulée comme voie médiane entre la transsubstantiation catholique et le mémorialisme zwinglien.
Anglais — texte original (Westminster, 1647)
Q. 96. What is the Lord's supper?
A. The Lord's supper is a sacrament, wherein, by giving and receiving bread and wine, according to Christ's appointment, his death is shewed forth; and the worthy receivers are, not after a corporal and carnal manner, but by faith, made partakers of his body and blood, with all his benefits, to their spiritual nourishment, and growth in grace.
Q. 97. What is required to the worthy receiving of the Lord's supper?
A. It is required of them that would worthily partake of the Lord's supper, that they examine themselves of their knowledge to discern the Lord's body, of their faith to feed upon him, of their repentance, love, and new obedience; lest, coming unworthily, they eat and drink judgment to themselves.
Français — traduction de référence
Q. 96. Qu'est-ce que la Cène du Seigneur ?
R. La Cène du Seigneur est un sacrement par lequel, en donnant et en recevant du pain et du vin selon l'institution du Christ, sa mort est annoncée ; et ceux qui le reçoivent dignement deviennent participants, non d'une manière corporelle et charnelle, mais par la foi, de son corps et de son sang, avec tous ses bienfaits, pour leur nourriture spirituelle et leur croissance dans la grâce.
Q. 97. Qu'est-il requis pour recevoir dignement la Cène du Seigneur ?
R. Il est requis de ceux qui veulent participer dignement à la Cène du Seigneur, qu'ils s'examinent eux-mêmes : de leur connaissance pour discerner le corps du Seigneur, de leur foi pour s'en nourrir, de leur repentance, de leur amour, et de leur nouvelle obéissance ; de peur que, venant indignement, ils ne mangent et boivent leur propre condamnation.
Article emblématique de la constitution conciliaire sur la liturgie, reformulant la doctrine catholique de l'Eucharistie en intégrant les acquis du mouvement liturgique du XXᵉ siècle.