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Théologies contextuelles — Module 1

Théologie féministe

La théologie féministe désigne l'ensemble des courants théologiques qui, depuis le milieu du XXe siècle, relisent l'Écriture, la tradition et les institutions ecclésiales à partir de l'expérience des femmes et de la critique du patriarcat. Née dans le protestantisme et le catholicisme nord-américains, elle s'est diversifiée en courants womanist, mujerista, africains, asiatiques, postcoloniaux et francophones, et traverse aujourd'hui toutes les confessions chrétiennes — jusqu'à poser à chacune la question de l'ordination des femmes et du langage sur Dieu.

Genèse — de la Woman's Bible à l'article fondateur de 1960

La matrice lointaine du courant est le suffragisme du XIXe siècle. Elizabeth Cady Stanton (1815-1902), figure du mouvement pour le droit de vote américain, dirige The Woman's Bible (2 vol., New York, 1895 et 1898) : première relecture critique collective des passages bibliques invoqués contre les femmes, l'ouvrage fait scandale jusque dans les rangs suffragistes — la National American Woman Suffrage Association s'en désolidarise. Ce geste inaugural — des femmes commentant elles-mêmes le texte plutôt que d'en recevoir l'interprétation — sera explicitement revendiqué comme modèle, cent vingt ans plus tard, par Une bible des femmes (Genève, Labor et Fides, 2018).

L'acte de naissance de la théologie féministe universitaire est un article de dix-deux pages : Valerie Saiving (1921-1992), « The Human Situation: A Feminine View », The Journal of Religion 40/2 (avril 1960), p. 100-112. Doctorante à Chicago, Saiving y démontre que la définition classique du péché comme orgueil et volonté de puissance — chez Reinhold Niebuhr et Anders Nygren — généralise indûment l'expérience masculine : pour les femmes, socialement façonnées au don de soi, le péché prend plutôt la forme de la dispersion, de la sous-estimation de soi et du refus d'advenir comme sujet. La théologie découvre avec elle que le sujet théologisant a un genre — et que l'universel prétendu ne l'était pas. Réédité dans l'anthologie Womanspirit Rising (1979), l'article est unanimement tenu pour le premier jalon du courant.

Figures majeures et œuvres

Mary Daly (1928-2010) — la rupture post-chrétienne

Philosophe et théologienne catholique formée à Fribourg (Suisse), Mary Daly publie The Church and the Second Sex (New York, Harper & Row, 1968), critique de la misogynie ecclésiale dans le sillage de Simone de Beauvoir — le livre lui coûte presque son poste au Boston College. Beyond God the Father (Boston, Beacon Press, 1973) radicalise le geste : « si Dieu est mâle, alors le mâle est Dieu » ; le Dieu-Père des théismes doit céder la place à un devenir verbal (« God as Verb »). Sa trajectoire ultérieure (Gyn/Ecology, 1978) quitte explicitement le christianisme : Daly devient la référence du féminisme post-chrétien, position qu'incarnera aussi la Britannique Daphne Hampson (Theology and Feminism, Oxford, Blackwell, 1990), pour qui le christianisme, structurellement lié à une révélation passée et patriarcale, est irréformable.

Rosemary Radford Ruether (1936-2022) — la systématicienne

Catholique demeurée dans l'Église tout en la critiquant, Ruether livre avec Sexism and God-Talk: Toward a Feminist Theology (Boston, Beacon Press, 1983) le premier traité systématique du courant, organisé autour du « principe prophétique-libérateur » : est révélation ce qui promeut la pleine humanité des femmes. On lui doit la question christologique la plus citée du corpus : « un sauveur mâle peut-il sauver les femmes ? » — à laquelle elle répond que la masculinité de Jésus est contingente, sa signification salvifique résidant dans sa pratique libératrice et non dans son sexe. Œcuménique et écologique, son œuvre s'étend de Religion and Sexism (1974) à Gaia and God (1992) et Women-Church (1985).

Elisabeth Schüssler Fiorenza (née 1938) — l'herméneutique de la reconstruction

Bibliste catholique d'origine roumaine formée en Allemagne, professeure à Harvard Divinity School, elle publie l'ouvrage exégétique le plus influent du courant : In Memory of Her: A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins (New York, Crossroad, 1983, traduit en treize langues). Sa thèse : le mouvement de Jésus fut à l'origine un « discipulat d'égaux » (discipleship of equals) dont la mémoire a été recouverte par la rédaction patriarcale des textes ; l'exégèse féministe doit donc reconstruire ce que la tradition a occulté — à commencer par la femme de Béthanie dont Jésus dit « en mémoire d'elle » (Mc 14,9). Elle forge les concepts d'« ekklesia des femmes » et de « kyriarcat » (kyriarchy, dans But She Said, Boston, Beacon Press, 1992) — système imbriqué de dominations (genre, classe, race, empire) plus large que le seul patriarcat — et déploie quatre stratégies herméneutiques : le soupçon, la remémoration, la proclamation, l'imagination créatrice.

Phyllis Trible (née 1932) — la rhétorique du texte

Bibliste baptiste formée par James Muilenburg, Trible pratique une critique rhétorique minutieuse. God and the Rhetoric of Sexuality (Philadelphia, Fortress Press, 1978) relit Gn 1-3 : l'adam de Gn 2 n'est pas d'abord mâle mais « terreux » indifférencié, et Gn 1,27 fonde l'égalité dans l'image de Dieu. Texts of Terror (Philadelphia, Fortress Press, 1984) affronte quatre récits de violence faite aux femmes — Agar, Tamar, la fille de Jephté, la concubine du lévite — lus « en mémoire d'elles », sans apologétique : la Bible contient des textes de terreur qu'il faut raconter plutôt qu'excuser.

Letty M. Russell (1929-2007) — le pont réformé

Parmi les premières femmes ordonnées dans la United Presbyterian Church (1958), professeure à Yale, Letty Russell articule théologie de la libération et féminisme : Human Liberation in a Feminist Perspective — A Theology (Philadelphia, Westminster Press, 1974) pense l'Église comme communauté de partenariat (partnership) et l'autorité « en rond » (in the round) plutôt qu'en pyramide. Elle représente l'intégration réformée du courant — critique dans l'Église, non contre elle.

Sallie McFague (1933-2019) — la théologie métaphorique

Théologienne protestante (Vanderbilt), elle systématise l'intuition que tout langage sur Dieu est métaphorique : Metaphorical Theology (Philadelphia, Fortress Press, 1982) puis Models of God (Philadelphia, Fortress Press, 1987) proposent d'expérimenter les modèles de Dieu comme Mère, Amant et Ami, et du monde comme « corps de Dieu » — non pour remplacer un littéralisme masculin par un littéralisme féminin, mais pour rendre au langage théologique sa nature d'essai.

Elizabeth A. Johnson (née 1941) — Sophia et le Dieu vivant

Religieuse de Saint-Joseph, professeure à Fordham, Johnson publie avec She Who Is: The Mystery of God in Feminist Theological Discourse (New York, Crossroad, 1992) la somme catholique du courant : à partir de la tradition biblique de la Sagesse (Sophia) et du tétragramme d'Ex 3,14, elle propose de dire « Celle qui est » — non pour féminiser Dieu mais pour briser le monopole des métaphores masculines sur le mystère innommable. Son livre Quest for the Living God (2007) lui vaudra la controverse avec l'épiscopat américain (voir plus bas).

Delores S. Williams (1934-2022) et le courant womanist

Théologienne presbytérienne afro-américaine (Union Theological Seminary), Williams fonde théologiquement le courant womanist — terme forgé par Alice Walker — avec Sisters in the Wilderness: The Challenge of Womanist God-Talk (Maryknoll, Orbis Books, 1993) : la figure d'Agar — esclave, utilisée comme mère porteuse, exilée au désert, seule personne de la Bible à nommer Dieu (Gn 16,13) — porte l'expérience des femmes noires que ni le féminisme blanc ni la théologie noire masculine ne disaient. Sa critique des théories sacrificielles de l'expiation (le salut ne vient pas du sang substitutif mais de la vie et de la vision ministérielle de Jésus) est l'une des contributions doctrinales majeures du courant. À ses côtés : Katie Geneva Cannon (Black Womanist Ethics, Atlanta, Scholars Press, 1988) et Jacquelyn Grant (White Women's Christ and Black Women's Jesus, Atlanta, Scholars Press, 1989).

Voix mondiales et francophones

Ada María Isasi-Díaz (1943-2012) fonde la théologie mujerista depuis l'expérience des Latinas aux États-Unis (Mujerista Theology, Maryknoll, Orbis, 1996). Mercy Amba Oduyoye (née 1933, Ghana, méthodiste) crée en 1989 le Cercle des théologiennes africaines engagées (Circle of Concerned African Women Theologians) et publie Daughters of Anowa (Maryknoll, Orbis, 1995). Chung Hyun Kyung (née 1956, presbytérienne coréenne) porte la voix des femmes asiatiques — et la controverse de Canberra (voir plus bas). Ivone Gebara (née 1944, Brésil), religieuse écoféministe, fait le pont avec la théologie de la libération — dont elle critique l'androcentrisme — et fut elle-même réduite au silence par Rome en 1995. Kwok Pui-lan (née 1952, Hong Kong) développe l'interprétation postcoloniale ; Marcella Althaus-Reid (1952-2009, Argentine puis Édimbourg) pousse la critique jusqu'à la théologie indécente (Indecent Theology, London, Routledge, 2000), matrice des théologies queer.

En francophonie, la réception fut plus tardive et plus mesurée. France Quéré (1936-1995), théologienne protestante française, bioéthicienne (Comité consultatif national d'éthique dès 1983), incarne un « féminisme raisonné » : La femme avenir (Paris, Seuil, 1976) et Les femmes de l'Évangile (Paris, Seuil, 1982) revendiquent l'égalité sans adopter l'appareil critique nord-américain. Élisabeth Parmentier (née 1961), pasteure luthérienne alsacienne, professeure à Strasbourg puis à Genève, offre la première synthèse francophone d'envergure : Les Filles prodigues. Défis des théologies féministes (Genève, Labor et Fides, 1999) — le titre dit le programme : des filles parties « à l'étranger » théologique et qui reviennent interroger la maison. Avec Pierrette Daviau et Lauriane Savoy, elle dirige Une bible des femmes (Genève, Labor et Fides, 2018), vingt théologiennes relisant les textes controversés, en écho délibéré à Stanton. Côté catholique francophone, Marie-Jeanne Bérère, Renée Dufourt et Donna Singles répondent à Inter insigniores par Et si on ordonnait des femmes… ? (Paris, Le Centurion, 1982).

Thèses centrales et méthodes

L'herméneutique du soupçon et de la reconstruction

Le geste méthodologique fondamental est double. Soupçon d'abord : les textes bibliques et la tradition sont des documents andro-centriques, écrits, transmis, canonisés et interprétés par des hommes dans des sociétés patriarcales ; toute lecture doit donc commencer par demander qui parle, qui est tu, et à qui profite le texte. Reconstruction ensuite (Schüssler Fiorenza) : le soupçon n'est pas une fin ; il s'agit de retrouver, derrière la rédaction, la mémoire des femmes du mouvement de Jésus — Marie de Magdala première témoin de la résurrection, Junia « éminente parmi les apôtres » (Rm 16,7), Phœbé diaconesse de Cenchrées (Rm 16,1), Priscille enseignant Apollos (Ac 18,26). Les quatre stratégies de Schüssler Fiorenza — soupçon, remémoration, proclamation, imagination créatrice — sont devenues le canon méthodologique du courant.

Imago Dei et Genèse 1-3

La relecture de Gn 1-3 est le chantier exégétique matriciel. Gn 1,27 (« Dieu créa l'humain à son image […] mâle et femelle il les créa ») fonde l'égalité ontologique ; Trible montre que l'adam de Gn 2 est un « terreux » sexuellement indifférencié jusqu'à la création de la femme, que le mot ezer (« aide », Gn 2,18) désigne ailleurs Dieu lui-même et n'implique aucune subordination, et que la domination du mari (Gn 3,16) est décrite comme conséquence de la chute — non comme ordre de création. L'exégèse féministe retourne ainsi l'arme exégétique classique : c'est la lecture subordinatianiste qui est une trahison du texte.

Le langage sur Dieu

Si Dieu transcende le sexe, pourquoi le langage ecclésial est-il exclusivement masculin ? Le courant explore les ressources internes de la tradition : la Sagesse/Sophia (Pr 8 ; Sg 7), figure féminine par laquelle Dieu crée et se communique, que le Nouveau Testament applique au Christ (1 Co 1,24) ; la ruah, souffle-Esprit féminin en hébreu ; les images maternelles de Dieu chez Osée (11,3-4) et Isaïe (49,15 ; 66,13). Johnson (She Who Is) et McFague (théologie métaphorique) convergent : il ne s'agit pas de remplacer « Père » par « Mère », mais de rendre au langage théologique sa nature métaphorique et plurielle — tout littéralisme sur le genre de Dieu étant une idolâtrie.

Christologie et mariologie

À la question de Ruether — un sauveur mâle peut-il sauver les femmes ? — les réponses se déploient : la masculinité de Jésus est un fait de l'incarnation particulière, non une nécessité du salut (Johnson : le Verbe s'est fait chair, non mâle au sens exclusif) ; le Christ peut être dit Sophia incarnée ; et Williams déplace la question — ce n'est pas la croix sacrificielle qui sauve mais la vie ministérielle de Jésus. La mariologie féministe critique le modèle de la soumission silencieuse et relit le Magnificat (Lc 1,46-55) comme chant subversif — Dieu renverse les puissants — faisant de Marie la première théologienne de la libération.

Ce que la théologie féministe n'est pas

Il faut distinguer la théologie féministe chrétienne de la théalogie (thealogy) de la Déesse (Carol P. Christ), qui relève du post-christianisme religieux, et du féminisme séculier antireligieux, pour lequel toute théologie est aliénation. La théologie féministe travaille à l'intérieur de la foi chrétienne — c'est précisément ce qui rend ses controverses ecclésiales si vives.

Controverses et documents institutionnels

Le magistère catholique et l'ordination (1976-1995)

La déclaration Inter insigniores (Congrégation pour la doctrine de la foi, approuvée par Paul VI, 15 octobre 1976) expose les raisons de la non-admission des femmes au sacerdoce ministériel : l'exemple du Christ choisissant douze hommes, la pratique constante de l'Église, et l'argument iconique — le prêtre agissant in persona Christi doit porter une « ressemblance naturelle » avec le Christ homme. Fait remarquable : la Commission biblique pontificale avait conclu en 1976, par vote, que le Nouveau Testament seul ne permet pas de trancher la question — avis non retenu. La lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis (Jean-Paul II, 22 mai 1994) ferme le débat côté romain : « l'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes, et ce jugement doit être tenu de manière définitive par tous les fidèles ». Le Responsum ad dubium de la CDF (28 octobre 1995) précise que cette doctrine relève du magistère ordinaire et universel infaillible. Les commissions pontificales sur le diaconat féminin (2016 puis 2020) n'ont pas abouti : la seconde conclut que le diaconat féminin ancien « ne semble pas avoir eu un caractère sacramentel ».

Canberra 1991 — l'accusation de syncrétisme

À la VIIe Assemblée du Conseil œcuménique des Églises (Canberra, 7-20 février 1991), Chung Hyun Kyung prononce « Come, Holy Spirit — Renew the Whole Creation » : entrée dansée, invocation des esprits des victimes de l'histoire (d'Agar aux morts de Hiroshima), combustion rituelle des noms, association de l'Esprit à la bodhisattva Kwan Yin. Les délégations orthodoxes dénoncent un syncrétisme incompatible avec la confession trinitaire (consultation inter-orthodoxe de septembre 1991) ; les évangéliques s'alarment. Chung répond : « Je suis syncrétiste, mais vous aussi » — toute théologie étant culturellement métissée. L'épisode reste le cas d'école du conflit entre inculturation féministe asiatique et orthodoxie doctrinale.

Re-Imagining 1993 — la réaction conservatrice

La conférence œcuménique Re-Imagining (Minneapolis, novembre 1993), tenue dans le cadre de la Décennie œcuménique de solidarité avec les femmes, invoque la Sophia divine dans ses liturgies (« Bless Sophia… ») et propose des rituels célébrant le corps féminin. La réaction est la plus violente de l'histoire récente du protestantisme américain : campagnes dans l'Église presbytérienne (PC-USA) et l'Église méthodiste unie, retraits de financements, démission forcée d'une responsable presbytérienne. L'épisode révèle la ligne de fracture interne aux Églises protestantes établies sur le langage liturgique.

Elizabeth Johnson et l'épiscopat américain (2011)

Le 24 mars 2011, le Comité de doctrine de la Conférence épiscopale des États-Unis (USCCB) publie une déclaration critiquant Quest for the Living God : le livre « ne prend pas la foi de l'Église comme point de départ », ses positions sur la métaphoricité de tous les noms divins, la souffrance de Dieu et le panenthéisme sont jugées erronées. Johnson répond le 1er juin par un mémoire de trente-huit pages (« To Speak Rightly of the Living God ») en relevant que le comité ne l'a jamais rencontrée ; celui-ci maintient sa critique le 11 octobre 2011. Aucune sanction canonique n'est prononcée — le cas illustre la tension, non la rupture, entre théologie féministe catholique et magistère.

Le débat évangélique — complémentarisme contre égalitarisme

Dans le monde évangélique, la controverse se codifie en 1987-1988 : le Council on Biblical Manhood and Womanhood (CBMW) publie la Déclaration de Danvers (rédigée en décembre 1987, diffusée en 1988-1989) — hommes et femmes égaux en dignité mais appelés à des rôles distincts et complémentaires, l'autorité d'enseignement et de gouvernance dans l'Église étant réservée aux hommes (appui sur 1 Tm 2,12). En face, Christians for Biblical Equality (CBE, fondé le 2 janvier 1988 autour de Catherine Clark Kroeger) publie « Men, Women, and Biblical Equality » (1989) : les textes de restriction sont contextuels, Ga 3,28 (« il n'y a plus ni homme ni femme ») est le principe herméneutique. Le débat complémentarisme / égalitarisme structure encore aujourd'hui l'évangélisme mondial — c'est la forme évangélique de la question féministe.

Réceptions par confession

Tradition réformée

Les Églises réformées furent parmi les premières à intégrer institutionnellement les femmes au ministère pastoral. En France, Berthe Bertsch est consacrée le 23 mars 1930 au temple Saint-Étienne de Mulhouse (Église réformée d'Alsace et de Lorraine) — première femme pasteure ainsi ordonnée en France, avec obligation de célibat (levée en 1968) ; l'Église réformée de France admet le ministère féminin sans condition en 1965. En Suisse romande, les facultés et les Églises cantonales ouvrent le pastorat aux femmes au fil des années 1918-1960 selon les cantons. Théologiquement, la tradition réformée a produit des figures d'intégration critique (Letty Russell) plutôt que de rupture : le sacerdoce universel des croyants (1 P 2,9) et la distinction calvinienne entre l'ordre de la création et les accommodements culturels fournissent les arguments internes. Les débats actuels portent sur le langage liturgique et la parité effective dans les ministères de direction.

Tradition luthérienne

Le Danemark est le premier pays au monde à ordonner des femmes pasteures : Johanne Andersen, Ruth Vermehren et Edith Brenneche Petersen, le 28 avril 1948, à la cathédrale d'Odense, par l'évêque Hans Øllgaard. La Suède suit par décision synodale de 1958 (69 voix contre 29), avec les premières ordinations le 10 avril 1960 ; l'Église de Suède compte aujourd'hui une majorité de femmes parmi ses ordinands et a connu une femme archevêque d'Uppsala (Antje Jackelén, 2014-2022). Les Églises luthériennes allemandes et nordiques ont suivi, non sans résistances (mouvements confessionnels anti-ordination en Norvège et en Lettonie — l'Église de Lettonie a même aboli l'ordination des femmes en 2016). La Fédération luthérienne mondiale promeut l'ordination des femmes sans l'imposer à ses Églises membres.

Tradition anglicane

La Communion anglicane offre le laboratoire le plus documenté. Après l'ordination isolée de Florence Li Tim-Oi (Hong Kong, 1944, en contexte de guerre), le Synode général de l'Église d'Angleterre vote l'accès des femmes à la prêtrise le 11 novembre 1992 ; les trente-deux premières prêtres sont ordonnées le 12 mars 1994 à la cathédrale de Bristol. L'épiscopat suit en juillet 2014 (première évêque : Libby Lane, consacrée le 26 janvier 2015). Couronnement symbolique : Sarah Mullally, dont la nomination comme 106e archevêque de Cantorbéry est annoncée le 3 octobre 2025, confirmée juridiquement le 28 janvier 2026 à Saint-Paul de Londres, avec intronisation à Cantorbéry le 25 mars 2026 — première femme à ce siège en quatorze siècles. Le dispositif des « flying bishops » (évêques provinciaux pour les paroisses refusant le ministère féminin, 1993) illustre le choix anglican : l'intégration avec clause de conscience plutôt que le schisme.

Tradition catholique

Rome maintient la position exposée dans Inter insigniores (1976) et verrouillée par Ordinatio sacerdotalis (1994) — voir la section des controverses. Mulieris dignitatem (Jean-Paul II, 1988) développe en parallèle une théologie du « génie féminin » : égale dignité, vocation propre, complémentarité anthropologique. Sous François, la question du diaconat féminin a été rouverte deux fois (commissions de 2016 et 2020) sans aboutir, tandis que des femmes accèdent à des responsabilités curiales inédites (sous-secrétaire du Synode avec droit de vote, préfète du dicastère pour la vie religieuse en 2025). Les théologiennes catholiques — Johnson, Schüssler Fiorenza, en francophonie Anne-Marie Pelletier (prix Ratzinger 2014) — travaillent dans cette tension entre loyauté et critique.

Tradition orthodoxe

L'orthodoxie n'a pas connu de mouvement féministe interne comparable, mais une figure pionnière : Élisabeth Behr-Sigel (1907-2005), théologienne orthodoxe d'origine alsacienne — d'abord pasteure auxiliaire réformée avant sa conversion —, qui pose la question dans Le ministère de la femme dans l'Église (Paris, Cerf, 1987) puis, avec l'évêque Kallistos Ware, L'ordination des femmes dans l'Église orthodoxe (Paris, Cerf, 1998). La consultation interorthodoxe de Rhodes (1988) répond : non au sacerdoce féminin (arguments de la tradition et de l'iconicité), mais recommandation de raviver l'ordre des diaconesses — ministère attesté dans l'Église ancienne (Phœbé, Rm 16,1 ; les diaconesses byzantines). Le Saint Phoebe Center (fondé en 2013 aux États-Unis) milite en ce sens ; le patriarcat d'Alexandrie a franchi le pas : sous-diaconesses consacrées en RDC (2017), puis ordination d'Angelic Molen comme diaconesse au Zimbabwe le 2 mai 2024 — première ordination diaconale féminine pleine de l'orthodoxie moderne, accueillie avec des réactions contrastées dans les autres patriarcats.

Traditions évangélique et anabaptiste

Le monde évangélique est structurellement divisé par le clivage complémentarisme / égalitarisme (Danvers 1987 contre CBE 1988 — voir controverses) : les dénominations pentecôtistes et de sainteté ordonnent des femmes depuis longtemps (les Assemblées de Dieu dès leurs origines), tandis que la Southern Baptist Convention a durci sa position (exclusion d'Églises ayant des femmes pasteures, 2023). Chez les anabaptistes, les Églises mennonites nord-américaines et européennes ordonnent majoritairement des femmes depuis les années 1970-1980, avec une théologie du ministère communautaire peu cléricale qui a facilité la transition — sans avoir produit de théologie féministe systématique propre, l'accent restant mis sur la non-violence et la communauté.

Extensions et courants dérivés

La théologie féministe s'est diffractée en courants contextuels qui la critiquent autant qu'ils la prolongent : le courant womanist (Williams, Cannon, Grant) récuse l'universalisme du « nous les femmes » du féminisme blanc ; la théologie mujerista (Isasi-Díaz) part de la lucha quotidienne des Latinas ; le Cercle des théologiennes africaines (Oduyoye) affronte à la fois le patriarcat des cultures africaines et l'héritage colonial des missions ; les théologies asiatiques (Chung, Kwok Pui-lan) croisent féminisme et postcolonialisme ; l'écoféminisme théologique (Ruether, Gebara, McFague) lie domination des femmes et domination de la terre. Les théologies queer et du genre (Althaus-Reid) prolongent la critique de l'hétéropatriarcat mais déplacent la catégorie « femme » vers l'analyse des identités de genre — articulation et tension avec le féminisme théologique classique, fondé sur l'expérience des femmes. L'ensemble constitue aujourd'hui moins une école qu'un champ : toute théologie contextuelle contemporaine passe par la question du genre.

État actuel et débats

Trois débats structurent le champ contemporain. L'intersectionnalité d'abord : depuis les critiques womanist et postcoloniales, aucune théologie féministe ne peut plus parler des « femmes » en général — le kyriarcat de Schüssler Fiorenza est devenu le cadre commun. Le langage liturgique inclusif ensuite : des psautiers inclusifs aux traductions bibliques (débats autour de la TOB, de la NRSV, de la Zürcher Bibel), chaque Église négocie entre fidélité aux textes et intelligibilité de l'égalité baptismale. Le rapport aux études de genre enfin : la théologie féministe classique se trouve interpellée sur sa propre catégorie fondatrice. En francophonie, la recherche est active — chaire de théologie pratique et études genre à Genève (Parmentier, Lauriane Savoy), travaux dans les revues Études théologiques et religieuses, Recherches de science religieuse et Foi et Vie — mais demeure institutionnellement plus discrète que dans le monde anglophone : l'exception française de laïcité et la prudence des facultés d'État suisses et alsaciennes ont produit un féminisme théologique de dialogue plutôt que de rupture.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Plusieurs portent sur des affirmations très répandues dans le champ et jamais vérifiées : elles se prêtent donc à des démonstrations nettes, à condition d’accepter que le résultat puisse contredire l’attente.

H1. Le rapport de la Commission biblique pontificale de 1976 et son usage

  • Master
  • Histoire des doctrines / exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. La Commission biblique pontificale, consultée avant la publication d’Inter insigniores (1976), a conclu par un vote que le Nouveau Testament seul ne permet pas de trancher la question de l’ordination des femmes ; le déplacement de l’argumentation romaine ultérieure vers la tradition et vers l’iconicité sacramentelle est une conséquence directe de ce résultat, et cette filiation est traçable dans les états successifs des textes.

État de la question
L’existence et le sens du vote de la Commission sont établis et régulièrement invoqués dans le débat. La manière dont ce résultat a réorienté l’argumentation officielle — de l’Écriture vers la tradition constante et la représentation sacramentelle — n’a pas été étudiée comme un déplacement argumentatif daté.
Corpus
Inter insigniores (1976) et son commentaire officiel ; rapport et vote de la Commission biblique pontificale ; Mulieris dignitatem (1988) ; Ordinatio sacerdotalis (1994) ; réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1995) ; travaux de la commission mixte anglicane-catholique.
Méthode
Reconstituer la chaîne argumentative de 1976 à 1995 : relever pour chaque document la nature des arguments — scripturaire, traditionnel, sacramentel, anthropologique — et mesurer les déplacements de proportion. Latin, italien, anglais ; sources publiées.

Ce qui la réfuterait : Une constance argumentative sur toute la période, ou l’antériorité de l’argument de l’iconicité sacramentelle par rapport au rapport de 1976.

H2. Ce qui prédit l’accès des femmes au ministère ordonné

  • Doctorat
  • Sociologie religieuse comparée
  • 4-5 ans

Hypothèse. La date d’ouverture du ministère ordonné aux femmes dans une dénomination protestante n’est prédite ni par sa position sur l’autorité de l’Écriture ni par son orientation théologique générale, mais par sa structure de gouvernement : les Églises à gouvernement synodal ou congrégationaliste ouvrent plus tôt que les Églises à gouvernement épiscopal, indépendamment de leur théologie.

État de la question
Les chronologies d’ordination sont établies dénomination par dénomination. L’explication est généralement cherchée dans la théologie — libéralisme contre conservatisme —, sans que les facteurs institutionnels aient été testés systématiquement.
Corpus
Chronologies d’ordination des principales dénominations d’Europe et d’Amérique du Nord de 1853 à aujourd’hui ; actes de synodes et de conférences générales ; constitutions ecclésiales ; documents des dialogues œcuméniques traitant de la question.
Méthode
Constituer une base d’une cinquantaine de dénominations codées par date d’ouverture, type de gouvernement, position sur l’Écriture, taille et aire géographique, puis tester les modèles concurrents. Anglais, allemand, français ; méthodes quantitatives.

Ce qui la réfuterait : Une corrélation dominante avec la position doctrinale sur l’autorité de l’Écriture une fois la structure de gouvernement contrôlée.

H3. Les traductions en langage inclusif : mesurer les modifications réelles

  • Master
  • Traductologie / exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les versions dites en langage inclusif modifient une proportion du texte biblique nettement inférieure à ce que suppose la controverse qui les entoure, et leurs interventions se concentrent sur un petit nombre de constructions grammaticales — masculin générique, formules d’adresse — sans toucher aux passages doctrinalement contestés.

État de la question
La controverse sur ces traductions, particulièrement vive dans le monde anglophone depuis les années 1990, procède par exemples choisis de part et d’autre. Aucun relevé exhaustif des modifications n’a été publié.
Corpus
New Revised Standard Version (1989) et sa révision de 2021 ; Today’s New International Version (2005) et la NIV de 2011 ; Bible Nouvelle Français courant (2019) ; textes critiques hébreu et grec ; déclarations de Colorado Springs (1997) et réponses.
Méthode
Collationner intégralement deux versions successives d’une même traduction, classer chaque divergence par type grammatical et par portée doctrinale, et établir les proportions. Anglais, grec et hébreu ; corpus numérisé, traitement automatisable.

Ce qui la réfuterait : Une proportion élevée de modifications portant sur des passages doctrinalement disputés, ou des interventions dépassant le cadre grammatical identifié.

H4. L’ἐκκλησία des femmes : circulation d’une proposition herméneutique

  • Doctorat
  • Exégèse / histoire des idées
  • 4-5 ans

Hypothèse. La proposition méthodologique d’Elisabeth Schüssler Fiorenza — herméneutique du soupçon, du souvenir, de la proclamation et de l’actualisation — a été reçue dans l’exégèse universitaire de manière dissociée : les outils sont largement employés, y compris par des exégètes qui ne se réclament pas de la théologie féministe, tandis que le cadre ecclésiologique qui les fonde est ignoré.

État de la question
En mémoire d’elle (1983) est un ouvrage abondamment cité. La question de savoir ce qui est effectivement repris de sa proposition, et par qui, n’a pas été traitée, alors qu’elle éclairerait le mode de circulation des méthodes en exégèse.
Corpus
Schüssler Fiorenza, In Memory of Her (1983), Bread Not Stone (1984), But She Said (1992) ; commentaires et monographies citant ces ouvrages depuis 1985 ; bases de citations — ATLA Religion Database, New Testament Abstracts.
Méthode
Analyse de citations sur un corpus de plusieurs centaines de références, codée selon ce qui est emprunté : outil herméneutique isolé, thèse historique, cadre ecclésiologique, ou simple mention de politesse. Anglais et allemand.

Ce qui la réfuterait : Une reprise conjointe des outils et du cadre dans la majorité des citations, qui infirmerait l’hypothèse de la dissociation.

H5. Le langage sur Dieu : de la théologie aux liturgies

  • Master
  • Liturgie / théologie systématique
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les propositions féministes sur le langage relatif à Dieu, formulées à partir des années 1970, ont pénétré les liturgies officielles de manière très inégale : elles sont reçues dans le vocabulaire de l’adresse à l’assemblée et presque pas dans les formules trinitaires, et cette asymétrie se vérifie dans les révisions liturgiques des trente dernières années.

État de la question
Les débats théologiques sont bien documentés — Ruether, McFague, Elizabeth Johnson. Leur traduction liturgique effective n’a pas fait l’objet d’un relevé comparatif, alors que les livres officiels sont accessibles.
Corpus
Elizabeth A. Johnson, She Who Is (1992) ; Sallie McFague, Models of God (1987) ; livres liturgiques révisés : Book of Common Worship (1993), Common Worship (2000), Liturgie de l’Église protestante unie de France, Evangelisches Gottesdienstbuch (1999) ; documents romains Liturgiam authenticam (2001) et Magnum principium (2017).
Méthode
Relever dans chaque livre les occurrences des formules concernées, les classer par fonction liturgique, et comparer aux éditions antérieures. Anglais, allemand, français ; corpus imprimé.

Ce qui la réfuterait : Une pénétration homogène dans toutes les parties de la liturgie, ou une absence complète de réception mesurable.

H6. Théologies womanist et mujerista : une critique interne et son effet

  • Doctorat
  • Théologie contemporaine / études de genre
  • 4-5 ans

Hypothèse. La critique adressée à la théologie féministe blanche par les théologiennes womanist et mujerista à partir de 1979 a modifié le vocabulaire du champ — généralisation de l’intersectionnalité, abandon du singulier «la femme» — sans en modifier substantiellement la composition institutionnelle, ce qui est mesurable par la prosopographie des postes et des comités éditoriaux.

État de la question
La critique est reconnue et intégrée dans les présentations du champ. Son effet institutionnel n’a pas été mesuré, alors que les données — postes universitaires, directions de revues, programmes de congrès — sont publiques.
Corpus
Alice Walker, In Search of Our Mothers’ Gardens (1983) pour le terme ; Delores Williams, Sisters in the Wilderness (1993) ; Jacquelyn Grant ; Ada María Isasi-Díaz, Mujerista Theology (1996) ; Journal of Feminist Studies in Religion (depuis 1985) ; annuaires de l’American Academy of Religion.
Méthode
Constituer la série des comités éditoriaux, des postes fléchés et des programmes de congrès de 1980 à aujourd’hui, codée par profil, et la confronter à l’évolution du vocabulaire dans les articles. Anglais et espagnol ; données largement publiques.

Ce qui la réfuterait : Une évolution de la composition institutionnelle parallèle à celle du vocabulaire, ce qui infirmerait la dissociation supposée.

H7. La Woman’s Bible (1895-1898) et son effacement

  • Master
  • Histoire de l’exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le commentaire collectif dirigé par Elizabeth Cady Stanton a disparu des histoires de l’exégèse pendant près de quatre-vingts ans, et cet effacement est imputable moins à l’hostilité religieuse qu’au désaveu du mouvement suffragiste lui-même, qui l’a formellement répudié en 1896 pour des raisons tactiques.

État de la question
La Woman’s Bible est aujourd’hui présentée comme un texte fondateur. Les circonstances de son éclipse sont rapportées anecdotiquement ; la mécanique de l’effacement — désaveu, non-réédition, absence des bibliographies — n’a pas été reconstituée.
Corpus
Elizabeth Cady Stanton, The Woman’s Bible (1895-1898) ; actes de la National American Woman Suffrage Association, dont la résolution de désaveu de 1896 ; presse suffragiste ; histoires de l’exégèse et bibliographies de 1900 à 1970 ; rééditions à partir de 1974.
Méthode
Suivre la trajectoire éditoriale et bibliographique de l’ouvrage — tirages, rééditions, mentions, silences —, et analyser les motifs invoqués lors du désaveu. Anglais ; sources numérisées.

Ce qui la réfuterait : Une continuité des mentions dans les bibliographies savantes durant la période supposée d’effacement, ou un désaveu motivé principalement par des objections religieuses externes.

Bibliographie sélective

Références sélectionnées selon les conventions du SBL Handbook of Style (2ᵉ éd., 2014). Titres dans leur langue de publication originale.

  • Althaus-Reid, Marcella. Indecent Theology : Theological Perversions in Sex, Gender and Politics. London : Routledge, 2000.
  • Behr-Sigel, Élisabeth. Le ministère de la femme dans l'Église. Paris : Cerf, 1987.
  • Behr-Sigel, Élisabeth, et Kallistos Ware. L'ordination des femmes dans l'Église orthodoxe. Paris : Cerf, 1998.
  • Bérère, Marie-Jeanne, Renée Dufourt et Donna Singles. Et si on ordonnait des femmes… ? Paris : Le Centurion, 1982.
  • Cannon, Katie Geneva. Black Womanist Ethics. Atlanta : Scholars Press, 1988.
  • Christ, Carol P., et Judith Plaskow, éd. Womanspirit Rising : A Feminist Reader in Religion. San Francisco : Harper & Row, 1979.
  • Congrégation pour la doctrine de la foi. Inter insigniores. Déclaration sur la question de l'admission des femmes au sacerdoce ministériel. 15 octobre 1976. AAS 69 (1977) : 98-116.
  • Daly, Mary. The Church and the Second Sex. New York : Harper & Row, 1968.
  • Daly, Mary. Beyond God the Father : Toward a Philosophy of Women's Liberation. Boston : Beacon Press, 1973.
  • Grant, Jacquelyn. White Women's Christ and Black Women's Jesus : Feminist Christology and Womanist Response. Atlanta : Scholars Press, 1989.
  • Hampson, Daphne. Theology and Feminism. Oxford : Blackwell, 1990.
  • Isasi-Díaz, Ada María. Mujerista Theology : A Theology for the Twenty-First Century. Maryknoll : Orbis Books, 1996.
  • Jean-Paul II. Mulieris dignitatem. Lettre apostolique sur la dignité et la vocation de la femme. 15 août 1988.
  • Jean-Paul II. Ordinatio sacerdotalis. Lettre apostolique sur l'ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes. 22 mai 1994.
  • Johnson, Elizabeth A. She Who Is : The Mystery of God in Feminist Theological Discourse. New York : Crossroad, 1992.
  • Johnson, Elizabeth A. Quest for the Living God : Mapping Frontiers in the Theology of God. New York : Continuum, 2007.
  • McFague, Sallie. Metaphorical Theology : Models of God in Religious Language. Philadelphia : Fortress Press, 1982.
  • McFague, Sallie. Models of God : Theology for an Ecological, Nuclear Age. Philadelphia : Fortress Press, 1987.
  • Oduyoye, Mercy Amba. Daughters of Anowa : African Women and Patriarchy. Maryknoll : Orbis Books, 1995.
  • Parmentier, Élisabeth. Les Filles prodigues. Défis des théologies féministes. Genève : Labor et Fides, 1999.
  • Parmentier, Élisabeth, Pierrette Daviau et Lauriane Savoy, éd. Une bible des femmes. Vingt théologiennes relisent des textes controversés. Genève : Labor et Fides, 2018.
  • Quéré, France. La femme avenir. Paris : Seuil, 1976.
  • Ruether, Rosemary Radford. Sexism and God-Talk : Toward a Feminist Theology. Boston : Beacon Press, 1983.
  • Russell, Letty M. Human Liberation in a Feminist Perspective — A Theology. Philadelphia : Westminster Press, 1974.
  • Saiving, Valerie. « The Human Situation : A Feminine View ». The Journal of Religion 40/2 (1960) : 100-112.
  • Schüssler Fiorenza, Elisabeth. In Memory of Her : A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins. New York : Crossroad, 1983.
  • Schüssler Fiorenza, Elisabeth. But She Said : Feminist Practices of Biblical Interpretation. Boston : Beacon Press, 1992.
  • Stanton, Elizabeth Cady, éd. The Woman's Bible. 2 vol. New York : European Publishing Company, 1895-1898.
  • Trible, Phyllis. God and the Rhetoric of Sexuality. Philadelphia : Fortress Press, 1978.
  • Trible, Phyllis. Texts of Terror : Literary-Feminist Readings of Biblical Narratives. Philadelphia : Fortress Press, 1984.
  • Williams, Delores S. Sisters in the Wilderness : The Challenge of Womanist God-Talk. Maryknoll : Orbis Books, 1993.

Compléments — contextes et débats

Synthèses, tableaux comparatifs et dossiers issus du second module consacré à ce sujet, réunis ici afin que rien ne se perde.

Théologies contextuelles — Module 2

Féminisme théologique

Du silence de Tertullien aux cathèdres de Schüssler Fiorenza, la théologie féministe a reformulé les questions fondamentales sur Dieu, le Christ, l'Écriture et l'Église. Un siècle de reconstruction théologique radicale depuis le lieu des femmes.

1960Saiving — article fondateur
1983Schüssler Fiorenza
Mt 28Marie-Madeleine
50%de l'humanité
Ruether
« Le nœud du problème est que les religions patriarcales ont projeté Dieu comme mâle dominant et ont utilisé ce Dieu pour justifier la domination masculine. »
« Mais le Dieu des prophètes est précisément Celui qui renverse les puissants de leurs trônes. »
📚
Schüssler Fiorenza

Définitions et enjeux

La théologie féministe est une discipline académique qui examine les traditions religieuses à partir de la critique des structures de domination de genre, et qui reconstruit la théologie de façon à rendre justice aux expériences, à la voix et à la pleine humanité des femmes. Elle est plurielle — on parle désormais de théologies féministes au pluriel, selon les traditions confessionnelles, les contextes culturels et les intersectionnalités de classe, race, sexualité. Elle n'est pas réductible à une revendication d'égalité sociale : elle engage des questions fondamentales sur Dieu, le Christ, l'Esprit, l'Écriture, l'autorité et l'Église.

1. Précurseurs et premières voix (XIXe — début XXe siècle)

Elizabeth Cady Stanton (1815-1902) publie The Woman's Bible (1895-1898), première tentative systématique de lecture féministe de l'Écriture. Elle identifie les textes utilisés pour légitimer la subordination des femmes et propose des interprétations alternatives. Ignorée par la théologie académique de son temps, elle anticipe les méthodes de Schüssler Fiorenza un siècle plus tard. Mathilde Franziska Anneke et d'autres militantes de la suffragette américaine développent une lecture parallèle.

En Europe, Antoinette Brown Blackwell (1825-1921), première femme ordonnée aux États-Unis (Congrégationaliste, 1853), réfute les arguments pauliniens contre les femmes dans Exegesis of 1 Corinthians XIV and 1 Timothy II (1849). Oberlin College et le mouvement abolitionniste créent les conditions d'une première intégration théologique des femmes.

2. La théologie féministe académique (années 1960-1980)

Valerie Saiving Goldstein (1921-1992) publie en 1960 l'article fondateur « The Human Situation: A Feminine View » (Journal of Religion, 40/2) : elle démontre que la définition du péché comme orgueil et affirmation de soi (Reinhold Niebuhr, Paul Tillich) est construite à partir de l'expérience masculine. Pour les femmes, dont la socialisation produit plutôt la dissolution du soi, l'humilité n'est pas une vertu mais un vice potentiel. Cet article inaugure la critique féministe de la théologie systématique.

Mary Daly (1928-2010), philosophe catholique de Boston College, publie The Church and the Second Sex (1968) — critique interne catholique de la misogynie institutionnelle. Elle radicalise sa position dans Beyond God the Father (1973) : le Dieu patriarcal doit être abandonné ; le féminin comme catégorie ontologique anticipe la déesse. Son Gyn/Ecology (1978) développe une théologie post-chrétienne. Daly représente la limite radicale du spectre féministe.

Rosemary Radford Ruether (née 1936) est la figure centrale du féminisme théologique catholique progressiste. Son Sexism and God-Talk: Toward a Feminist Theology (Boston: Beacon, 1983) est le premier manuel systématique complet. Ruether identifie le « principe prophétique-libérateur » comme norme herméneutique : dans les Évangiles, dans les prophètes, dans la tradition critique de l'Église, une voix se lève toujours pour les marginaux. Sa méthode : récupération sélective de la tradition (le « canon dans le canon »). Sexism and God-Talk traite tour à tour Dieu, le Christ, la création, la christologie, le pneumatologie, l'ecclésiologie et l'eschatologie depuis cette perspective.

Elisabeth Schüssler Fiorenza (née 1938), théologienne catholique d'origine allemande, est la principale exégète féministe du Nouveau Testament. Son In Memory of Her: A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins (New York: Crossroad, 1983) révolutionne l'étude des origines chrétiennes : les femmes (Marie de Magdala, Priscille, Lydie, Phoebé) étaient des leaders, des théologiennes et des fondatrices de communautés dans le mouvement primitif, invisibilisées par la rédaction patriarcale ultérieure. Sa méthode : l'herméneutique du soupçon (tous les textes canoniques sont suspects de biais androcentrique), suivie de l'herméneutique de la remémoration (retrouver les femmes effacées), de l'herméneutique de la proclamation (quels textes peuvent être proclamés aux femmes ?), et de l'herméneutique de la réintégration créative.

Les débats centraux

3. L'ordination des femmes

TraditionPositionArgumentsTextes clés
Réformée / PresbytérienneOrdination accordée (Écosse 1966 ; France 1966 ; États-Unis 1956)Galates 3,28 (plus ni homme ni femme) ; charismes de l'Esprit accordés à tous ; Marie de Magdala comme première apôtreGal 3,28 ; Rm 16,1-7 (Phoebé diaconesse ; Junia apôtre) ; Ac 2,17-18
LuthérienneOrdination accordée (Suède 1960 ; Allemagne 1976 ; USA 1970 — ELCA)Mêmes arguments que les Réformés ; interprétation des textes pauliniens comme contextuels1 Tm 2,11-15 (interprété comme circonstanciel) ; Gal 3,28
AnglicaneDivision : ordination accordée en 1992 (CofE) ; refus d'une partie des évêquesVia media ; plein-emploi des charismes ; argument d'icône du Christ contestéRapport Lambeth 1988 ; Motion synodale 1992
CatholiqueRefus définitif : Inter insigniores (1976) ; Ordinatio sacerdotalis (1994)Tradition du Christ ne choisissant que des hommes ; le prêtre est icône du Christ masculin (in persona Christi) ; Magistère infaillible selon François (?)CIC can. 1024 ; OS (1994, « de façon définitive ») ; Responsum CDF 1995
OrthodoxeRefus de la prêtrise ; débat sur le diaconat fémininTradition immémoriale ; masculinité eucharistique du Christ ; mais : plusieurs synodes orthodoxes discutent le diaconat féminin (Constantinople 2017)Kallistos Ware ; Synaxe des primats 2018 ; Synaxis of Constantinople 2017

4. Le langage sur Dieu — le problème du genre du divin

Mary Daly formule le problème de façon lapidaire : « Si Dieu est mâle, le mâle est Dieu. » Le langage exclusivement masculin sur Dieu — Père, Fils, Seigneur, Roi, Juge — a des effets sociaux réels : il légitime la domination masculine comme ordonnée divinement. Sallie McFague (1933-2019) développe dans Models of God: Theology for an Ecological, Nuclear Age (Philadelphia: Fortress, 1987) une théologie des modèles alternatifs : Dieu comme Mère, Amante, Amie. Ces modèles ne prétendent pas être exhaustifs mais révèlent la distorsion du langage traditionnel. Elizabeth Johnson (née 1941), théologienne catholique, publie She Who Is: The Mystery of God in Feminist Theological Discourse (New York: Crossroad, 1992) — une relecturation systématique de la doctrine de Dieu utilisant le féminin (SHE WHO IS) sans abandonner la tradition apophatique : aucun langage humain n'est adéquat pour Dieu.

La critique conservatrice (Roger Nicole, Wayne Grudem, Thomas Weinandy) : le Père n'est pas un symbole culturel mais une révélation positive de Dieu ; le Christ s'est lui-même adressé à Dieu comme « Père » ; changer ce langage est une infidélité à la révélation. La réponse féministe : Dieu transcende tout genre ; l'Écriture elle-même utilise des images féminines (Dieu comme accoucheuse, Dt 32,18 ; aigle femelle, Dt 32,11 ; mère consolant son enfant, Is 66,13).

5. Christologie féministe

La question centrale : peut un sauveur masculin sauver les femmes ? La réponse dépend de ce qu'on entend par « masculinité ». Carter Heyward (née 1945) développe une christologie relationnelle : Jésus incarne le principe de mutualité et de relation libératrice — cette mutualité est accessible aux femmes. Eleanor McLaughlin identifie des ressources féminines dans la christologie médiévale (Julienne de Norwich : Jésus comme Mère). Virginia Ramey Mollenkott recense les images féminines de Dieu dans la Bible (The Divine Feminine, 1983). Phyllis Trible (née 1932), exégète féministe de l'AT, identifie dans God and the Rhetoric of Sexuality (Philadelphia: Fortress, 1978) les métaphores féminines de Dieu dans l'Ancien Testament : Dieu comme mère (Is 49,15), comme sage-femme (Ps 22,9-10), comme femme cherchant sa pièce de monnaie (Lc 15).

Letty Russell (1929-2007), théologienne réformée, développe dans Human Liberation in a Feminist Perspective: A Theology (Philadelphia: Westminster, 1974) et Church in the Round (Louisville: Westminster/John Knox, 1993) une ecclésiologie féministe de la « table ronde » : contre les structures hiérarchiques, une Église inclusive organisée autour de la table de communion partagée.

La théologie womaniste — voir la section théologie de la libération

La théologie womaniste (Williams, Grant, Cannon, Townes) est traitée dans le module Théologie de la libération. Elle constitue le croisement entre féminisme et théologie africaine-américaine.

La théologie féministe mujerista

Ada María Isasi-Díaz (1943-2012) fonde la théologie mujerista comme théologie des femmes latinas aux États-Unis. Son En la Lucha / In the Struggle (Minneapolis: Fortress, 1993) et Mujerista Theology (1996) articulent lo cotidiano (le quotidien des femmes latinas) comme lieu théologique. L'expérience des femmes d'origine hispanique — souvent doublement marginalisées (femmes ET immigrantes) — constitue le point de départ irréductible.

La théologie féministe asiatique

Kwok Pui-lan (née 1952), théologienne hongkongaise, développe dans Postcolonial Imagination and Feminist Theology (Louisville: Westminster/John Knox, 2005) et Discovering the Bible in the Non-Biblical World (Maryknoll: Orbis, 1995) une herméneutique post-coloniale féministe : comment les femmes asiatiques lisent-elles la Bible dans un contexte non-occidental ? Les textes bibliques ont été utilisés par le colonialisme — les femmes asiatiques doivent les lire contre leur grain colonial.

Théologie féministe et tradition protestante réformée

Serene Jones (née 1959), présidente de l'Union Theological Seminary de New York, articule dans Feminist Theory and Christian Theology (Minneapolis: Fortress, 2000) une théologie féministe réformée : en dialogue avec les théories féministes contemporaines (Butler, Foucault), mais enracinée dans la tradition réformée. Elle reprend les catégories calvinistes de justification et sanctification pour une anthropologie féministe. Beverly Roberts Gaventa (née 1948), exégète du Nouveau Testament, développe une lecture paulinienne féministe centrée sur la maternité divine dans Paul (Gal 4,19 ; 1 Th 2,7). Ellen Charry développe une théologie du bien-être humain (By the Renewing of Your Minds, 1997) qui intègre les critiques féministes de l'idéologie.

Les réponses théologiques traditionnelles

La théologie féministe a suscité des réponses substantielles au sein des traditions. Thomas Weinandy (OFM Cap) défend la paternité divine comme révélation positive non métaphorique. Hans Urs von Balthasar (1905-1988) développe une théologie de la différence sexuelle fondée sur la dualité Pierre (principe ecclésial-juridique) / Marie (principe marial-charisme) : le féminin n'est pas inférieur mais différent. John Paul II dans la Lettre apostolique Mulieris dignitatem (1988) et la Lettre aux femmes (1995) développe une « théologie du corps » qui affirme la complémentarité et la dignité des femmes dans leur différence. Wayne Grudem et John Piper défendent le complémentarisme évangélique contre l'égalitarisme : hiérarchie et complémentarité sont des dons de la création, non des effets de la chute.

Julienne de Norwich (1342-ca. 1416) — Jésus comme Mère

« Ainsi Jésus Christ, qui fait le bien en retour du mal, est notre vraie mère. Nous avons notre être de lui, là où le fondement de la maternité commence ; avec tout le doux garde d'amour qui suit sans fin. Aussi vériablement que Dieu est notre père, aussi vériablement Dieu est notre mère. » (Révélations de l'amour divin, chap. 59, trad. M.A. de Waresquiel, Paris: Seuil, 1992.) La mystique médiévale fournit ainsi des ressources pre-féministes pour la christologie féministe.

📚 Bibliographie complète

La bibliographie thématique de ce module (61 références SBL) a été intégrée à la bibliographie générale, section XXVII (par module). Pour les ressources transversales, voir aussi les sections I–XXVI.

Méthode

Quel est l'argument central de Valerie Saiving Goldstein (1960) contre la théologie du péché comme orgueil ?

Saiving démontre que la définition du péché comme orgueil, affirmation de soi et volonté de puissance (Niebuhr, Tillich) est construite à partir de l'expérience masculine. Pour les femmes, dont la socialisation produit la dissolution du soi (négation de ses propres besoins au profit des autres), l'humilité n'est pas une vertu mais peut devenir un vice. L'anthropologie théologique dominante est androcentrique et inadaptée à l'expérience des femmes.

Exégèse

Quelle est la méthode herméneutique de Schüssler Fiorenza ?

Quadruple herméneutique : (1) Soupçon — tous les textes canoniques doivent être suspectés de biais androcentriques ; (2) Remémoration — retrouver les femmes effacées de l'histoire (Marie-Madeleine, Priscille, Phoebé) ; (3) Proclamation — quels textes peuvent être proclamés de façon libératrice ? ; (4) Réintégration créative — reconstruire imaginativement le contexte originel des premières femmes chrétiennes.

Langage

Que signifie le principe de Mary Daly 'Si Dieu est mâle, le mâle est Dieu' ?

Le langage exclusivement masculin sur Dieu (Père, Roi, Seigneur) a des effets sociaux réels : il sacralise la domination masculine comme voulue divinement. Si Dieu est représenté comme mâle dominant, toute structure de domination masculine apparaît comme ordonnée. La solution de Daly (phase post-chrétienne) : abandonner le Dieu patriarcal. La solution de Johnson : recourir aux métaphores féminines de l'Écriture et à l'apophatisme.

Ordination

Quelle est la position catholique sur l'ordination des femmes et sur quoi se fonde-t-elle ?

Inter insigniores (CDF, 1976) : la Tradition constante de l'Église est de n'ordonner que des hommes ; le prêtre agit in persona Christi — en icône du Christ masculin. Ordinatio sacerdotalis (Jean-Paul II, 1994) : cette position est déclarée « de façon définitive » non ouverte au débat. Le Responsum CDF (1995) précise que cette déclaration appartient au Magistère ordinaire universel. Critique féministe : le Christ s'est incarné en Juif du premier siècle — son masculinité n'est pas plus théologiquement déterminante que son ethnicité.

Mujerista

Qu'est-ce que la théologie mujerista d'Isasi-Díaz ?

Théologie des femmes latinas aux États-Unis (de mujer, femme). Fondée par Ada María Isasi-Díaz (1943-2012). Méthode : lo cotidiano comme lieu théologique — le quotidien des femmes hispaniques, leurs luttes, leur spiritualité populaire (Vierge de Guadalupe). Critique de la double marginalisation (femme + immigrante/Latina). Refuse d'être subsumée sous le féminisme blanc ou la théologie de la libération latino-américaine — l'expérience des Latinas est irréductible.

Asie

Comment Kwok Pui-lan articule-t-elle féminisme et post-colonialisme théologique ?

Kwok (Postcolonial Imagination and Feminist Theology, 2005) : les femmes asiatiques lisent la Bible dans un contexte où celle-ci a d'abord été outil de domination coloniale. Herméneutique post-coloniale féministe : (1) identifier les usages coloniaux des textes bibliques (missionnaires européens) ; (2) relire depuis la perspective des femmes asiatiques (confucianisme, bouddhisme, hindouisme) ; (3) refuser l'hégémonie de l'interprétation occidentale.

Complémentarisme

Quelle est la position de Hans Urs von Balthasar sur la femme dans l'Église ?

Von Balthasar développe la dualité principe pétrinien (institution, gouvernement, apostolicité) / principe marial (charisme, accueil, consentement). Le féminin n'est pas inférieur mais différent et complémentaire. Marie est le modèle de l'Église dans sa réceptivité. Le prêtre représente le Christ (principe pétrinien) ; la femme représente l'Église (principe marial). Critique féministe : cette construction légitime l'exclusion des femmes du ministère ordonné en la présentant comme un honneur.

Évangélique

Qu'est-ce que le complémentarisme évangélique et comment se distingue-t-il de l'égalitarisme ?

Complémentarisme (Grudem, Piper, Recovering Biblical Manhood and Womanhood, 1991) : Dieu a créé l'homme et la femme différents et complémentaires, avec des rôles distincts. Le leadership masculin dans la famille et l'Église est un don de la création, non un effet de la chute. Les femmes ne peuvent pas exercer d'autorité d'enseignement sur les hommes (1 Tm 2,12). Égalitarisme (Groothuis, Clouse) : Gal 3,28 transcende toute hiérarchie de genre ; 1 Tm 2,12 est contextuellement conditionné.

Q1Analysez le débat sur l'ordination des femmes dans les traditions protestante et catholique. Quelles sont les bases scripturaires et les enjeux théologiques centraux ?

Le débat sur l'ordination des femmes est à la fois exégétique, théologique et ecclésial. Textes prohibitifs : 1 Cor 14,34-35 (« que les femmes se taisent dans les assemblées »), 1 Tm 2,11-15 (« je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de dominer l'homme »), 1 Tm 3 et Tt 1 (qualifications des évêques au masculin). Textes libérateurs : Gal 3,28 (« il n'y a ni homme ni femme... tous sont un en Christ »), Rm 16,1-7 (Phoebé diaconesse, Junia apôtre), Jn 20,11-18 (Marie de Magdala comme première envoyée en témoignage de la résurrection).

La position égalitariste interprète les textes prohibitifs comme circonstanciels (liés à des désordres spécifiques dans les communautés de Corinthe et Éphèse) et Gal 3,28 comme une norme eschatologique normative. La position complémentariste (Grudem, Piper) : les textes de 1 Tm et 1 Cor reflètent l'ordre de création, non une accommodation culturelle.

Dimension catholique : Inter insigniores (1976) ne s'appuie pas sur 1 Tm 2 mais sur la pratique constante du Christ (qui n'a choisi que des hommes parmi les Douze) et sur le in persona Christi du prêtre. Critique féministe : Jésus n'a choisi que des Juifs, des adultes, des Palestiniens — ces critères ne sont pas retenus. Ordinatio sacerdotalis (1994) : décision déclarée « de façon définitive » — déclenche débat sur la portée magistérielle. Certaines théologiennes catholiques (Johnson, Schneiders) : la question reste ouverte.

Schüssler Fiorenza, E. In Memory of Her. 1983. — CDF. Inter insigniores (1976) ; Ordinatio sacerdotalis (1994). — Grudem, W. et Piper, J. Recovering Biblical Manhood and Womanhood. 1991.

Q2Analysez la critique féministe du langage sur Dieu. Quelles sont les solutions théologiques proposées et leurs limites respectives ?

Mary Daly (Beyond God the Father, 1973) formule le problème : le langage exclusivement masculin sur Dieu sacralise les hiérarchies de genre. Sa solution radicale : abandon du Dieu patriarcal, retour au féminin sacré pré-chrétien. Limite : rupture totale avec la tradition chrétienne.

Sallie McFague (Models of God, 1987) : le langage sur Dieu est toujours métaphorique — aucun langage n'est littéral. Les modèles de Père et de Roi sont des métaphores utiles mais non exclusives. Alternatives : Dieu comme Mère, Amante, Amie. Limite : risque de projection culturelle.

Elizabeth Johnson (She Who Is, 1992) : l'apophatisme classique affirme que Dieu transcende tout genre. L'Écriture elle-même utilise des images féminines (Is 49,15 ; 66,13 ; Ps 22,9-10 ; Lc 15,8-10). Utiliser le féminin n'est pas une innovation mais un retour à la richesse scripturaire et patristique (Ambroise de Milan compare l'Esprit Saint à une mère). Limite selon les critiques conservateurs : le Fils s'est lui-même adressé à Dieu comme Père — ce n'est pas une métaphore optionnelle mais une révélation positive.

Catherine Mowry LaCugna (God for Us, 1991) : la doctrine trinitaire, bien comprise, rompt avec tout monarchisme patriarcal — le Dieu trinitaire est communion de personnes distinctes, dont aucune n'est subordonnée.

Daly, M. Beyond God the Father. 1973. — McFague, S. Models of God. 1987. — Johnson, E. She Who Is. 1992. — LaCugna, C.M. God for Us. 1991.

Q3Évaluez les contributions de la théologie féministe à la théologie chrétienne contemporaine. Quelles questions fondamentales a-t-elle soulevées et quelles limites doit-elle affronter ?

Contributions fondamentales : (1) Épistémologique : mise en lumière du biais androcentrique de la théologie académique classique — toute théologie a un lieu social ; (2) Exégétique : retrouver les femmes effacées du texte biblique (Schüssler Fiorenza, Trible) — apport majeur pour l'histoire du christianisme primitif ; (3) Systématique : critique du langage sur Dieu, christologie, ecclésiologie, anthropologie théologique ; (4) Ecclésiale : ordination des femmes, leadership féminin, ecclésiologie inclusive. Ces contributions ont forcé la théologie académique à s'interroger sur ses propres présupposés.

Limites et critiques internes : (1) Risque d'ethnocentrisme : la théologie féministe dominante est souvent blanche et Nord-américaine — critique womaniste et mujerista. (2) Risque de déconstruire sans reconstruire — la phase post-chrétienne de Daly. (3) Tension entre loyauté aux traditions et critique — comment critiquer la tradition sans la quitter ? (4) Question de l'universalité : l'expérience des femmes est-elle suffisamment universelle pour fonder une norme théologique ? Critique conservatrice : substitution de l'expérience à la révélation ; abandon de la norma normans scripturaire.

Ruether, R.R. Sexism and God-Talk. 1983. — Jones, S. Feminist Theory and Christian Theology. 2000. — Saiving, V. 'The Human Situation'. 1960.

🎯

Quiz — Féminisme théologique

8 questions

1/8

Q1/8

L'article de Valerie Saiving Goldstein (1960) critique la définition du péché comme orgueil parce que :

ACette définition est incompatible avec la doctrine de la grâce sola gratia luthérienne
BCette définition est construite à partir de l'expérience masculine et inadéquate pour les femmes dont la tentation est plutôt la dissolution du soi
CCette définition ignore l'aspect collectif du péché social développé par la théologie de la libération
DCette définition est trop influencée par Augustin et insuffisamment fondée sur l'Écriture

💡

Saiving Goldstein (1960) : Niebuhr et Tillich définissent le péché comme orgueil, auto-affirmation, volonté de domination — l'expérience masculine typique. Pour les femmes, socialisées à la dissolution du soi, à l'effacement de leurs besoins, à la dépendance, l'humilité n'est pas une vertu mais un péché potentiel. La théologie systématique dominante est androcentriste.

Q2/8

L'herméneutique du soupçon de Schüssler Fiorenza signifie que :

AIl faut rejeter l'Écriture comme source d'autorité pour les femmes
BTout texte canonique doit être lu avec méfiance quant à ses biais androcentristes potentiels avant toute proclamation
CLes évangiles apocryphes sont plus fiables que les évangiles canoniques pour l'histoire des femmes
DLa tradition ecclésiale doit primer sur l'Écriture pour interpréter les textes difficiles

💡

Schüssler Fiorenza : tous les textes bibliques ont été rédigés, sélectionnés, copiés et transmis dans un contexte patriarcal. L'herméneutique du soupçon reconnaît ce conditionnement et lit les textes en cherchant à identifier les traces effacées des femmes, les silences révélateurs, les présupposés androcentristes. Ce n'est pas un rejet de l'Écriture mais une lecture critique informée.

Q3/8

L'argumentation du document Ordinatio sacerdotalis (Jean-Paul II, 1994) repose principalement sur :

A1 Timothée 2,12 comme prohibition absolue d'enseigner pour les femmes
BLa pratique constante du Christ ne choisissant que des hommes parmi les Douze, et la tradition immémoriale de l'Église
CLa théologie du corps de Jean-Paul II affirmant la complémentarité des sexes
DLe canon 1024 du Code de droit canonique définissant l'ordination réservée aux hommes baptisés

💡

Inter insigniores (1976) et Ordinatio sacerdotalis (1994) : l'argument principal n'est pas 1 Tm 2,12 mais la pratique de Jésus (choix exclusivement masculin des Douze) et la tradition immémoriale de l'Église. L'argument du in persona Christi (le prêtre représente iconiquement le Christ masculin) est secondaire. La décision est déclarée 'de façon définitive' — non au sens d'infaillible ex cathedra mais du Magistère ordinaire universel.

Q4/8

Selon Elisabeth Johnson (She Who Is, 1992), l'usage de métaphores féminines pour Dieu est :

AUne innovation révolutionnaire sans précédent dans la tradition chrétienne
BUn retour à la richesse de l'Écriture et de la patristique, qui utilisent déjà des images féminines pour Dieu
CUne concession aux revendications sociales féministes sans fondement théologique
DUne position incompatible avec le monothéisme chrétien qui affirme l'au-delà de tout genre

💡

Johnson (She Who Is, 1992) : l'apophatisme classique (Dieu transcende tout langage humain, a fortiori tout genre) et l'Écriture elle-même fournissent les ressources. Is 49,15 (Dieu comme mère) ; Is 66,13 (Dieu comme mère qui console) ; Ps 22,9-10 (Dieu comme sage-femme) ; Lc 15,8-10 (Dieu comme femme cherchant sa pièce). Ces métaphores ne sont pas nouvelles — elles ont été occultées par la sélection androcentriste de la tradition.

Q5/8

La théologie mujerista d'Isasi-Díaz se distingue de la théologie féministe blanche principalement parce que :

AElle rejette l'Écriture comme texte colonisateur et préfère la tradition religieuse maya
BElle part de l'expérience quotidienne (lo cotidiano) des femmes latinas aux États-Unis comme lieu théologique irréductible
CElle adopte la méthode de la theologia crucis luthérienne pour analyser la souffrance des femmes hispaniques
DElle identifie la Vierge de Guadalupe au Saint-Esprit en une synthèse inculturée

💡

Isasi-Díaz : la théologie féministe blanche tend à universaliser l'expérience des femmes blanches, Nord-américaines, éduquées, classe moyenne. Les femmes latinas subissent une double ou triple marginalisation (genre + ethnie + classe). Lo cotidiano (les réalités quotidiennes : la maison, la famille, la spiritualité populaire, la lucha de l'immigration) est le lieu théologique propre de la mujerista theology.

Q6/8

La distinction complémentariste / égalitariste dans la théologie évangélique porte principalement sur :

ALa question de la salvation par la foi seule ou par la foi et les œuvres
BLa question de savoir si les différences de genre créées par Dieu impliquent des rôles distincts et une hiérarchie masculine
CLa question de la préexistence de Christ et de sa relation à la création
DLa question du mode du baptême (aspersion ou immersion)

💡

Le débat complémentarisme/égalitarisme est spécifiquement évangélique et porte sur : les femmes peuvent-elles exercer un ministère d'enseignement et d'autorité sur les hommes dans l'Église et la famille ? Complémentarisme (Grudem, Piper) : non — le leadership masculin est un ordre de création (1 Tm 2,12-13 ; 1 Cor 11,3). Égalitarisme (Groothuis, Gilbert Bilezikian) : oui — Gal 3,28 transcende toute hiérarchie de genre.

Q7/8

Phyllis Trible dans God and the Rhetoric of Sexuality (1978) démontre que :

ALes métaphores féminines de Dieu dans l'Ancien Testament ont été systématiquement effacées par les traducteurs masculins
BL'Ancien Testament utilise des métaphores féminines pour Dieu et que ces métaphores doivent être théologiquement récupérées
CLe récit de la Création en Genèse 1-2 implique l'égalité absolue des sexes sans aucune différenciation
DLes Psaumes contiennent une spiritualité féminine authentique antérieure au yahvisme patriarcal

💡

Trible (God and the Rhetoric of Sexuality, 1978) : exégèse rhétorique des textes de l'AT utilisant le féminin pour Dieu. Dt 32,18 (Dieu comme rocher qui enfante) ; Is 49,15 (mère oubliant-elle son nourrisson ?) ; Is 66,13 (je vous consolerai comme une mère) ; Ps 22,9-10 (tu m'as fait confiance dès le sein maternel). Ces métaphores ne sont pas marginales mais participent à l'identité même du Dieu d'Israël.

Q8/8

La christologie féministe de Carter Heyward se fonde sur quel concept central ?

ALa maternité divine — Dieu comme mère universelle de l'humanité souffrante
BLa mutualité — Jésus incarne le principe libérateur de relation mutuelle accessible à tous, quelle que soit leur identité de genre
CLa kénose — le Christ abandonne ses privilèges masculins pour s'identifier aux femmes opprimées
DLa résurrection — Marie de Magdala, première témoin, comme fondatrice du christianisme contre le patriarcat apostolique

💡

Heyward (The Redemption of God, 1982) : la christologie relationnelle. Jésus n'est pas le sauveur en raison de son genre masculin mais de sa pratique de la mutualité libératrice — des relations d'égalité, de réciprocité, de soin. Cette mutualité est accessible aux femmes, aux personnes LGBTQ+, à tout être qui vit des relations d'interdépendance juste. La masculinité de Jésus est théologiquement non déterminante.
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1Définition

Théologie féministe

depuis les années 1960

Révéler

la critique théologique du patriarcat

Discipline théologique née aux États-Unis dans les années 1960-1970. Critique du patriarcat dans les textes bibliques, la tradition, la liturgie, l'ecclésiologie. Triple programme : déconstruire (critique du patriarcat), reconstruire (relire les sources), construire (théologies positives). Branches : libérale, radicale, womaniste, mujerista, asiatique, écoféministe.

Daly ; Ruether ; Schüssler Fiorenza

2Méthode

Herméneutique du soupçon féministe

Schüssler Fiorenza

Révéler

soupçonner les lectures patriarcales

Elisabeth Schüssler Fiorenza, In Memory of Her (1983). Adaptation féministe de l'herméneutique du soupçon de Ricœur. Quatre étapes : 1) soupçon (du texte et de la tradition) ; 2) commémoration (récupération des voix féminines effacées) ; 3) proclamation ; 4) imagination créatrice. Méthodologie devenue classique en exégèse féministe.

Schüssler Fiorenza (1983)

3Méthode

Ekklesia gynaikon

ἐκκλησία γυναικῶν

Révéler

l'« Église des femmes » de Schüssler Fiorenza

Concept ecclésiologique : reconstruction des communautés primitives où les femmes étaient actives (Junia, Phébé, Prisca). Lecture historico-critique : le NT contient à la fois des traces du discipulat des égaux (Mc 15,40-41 ; Rm 16) et leur silenciation progressive (1 Co 14,34 ; 1 Tm 2,12 typiquement post-pauliniens). Programme : restaurer la mémoire historique.

Schüssler Fiorenza ; Rm 16

4Langage

Langage sur Dieu

le problème du masculin générique

Révéler

au-delà du « Père »

Mary Daly, Beyond God the Father (1973) : « Si Dieu est masculin, alors le masculin est Dieu. » Programme : trouver des images divines féminines (Sophia, Ruah, Shekinah, Maternité divine). Sallie McFague, Models of God (1987) : Dieu comme Mère, Amie, Amant. Position catholique officielle : Dieu transcende le genre mais le langage « Père » est révélé (Inter Insigniores, 1976).

Daly 1973 ; McFague 1987

5Christologie

Christologie féministe

« Can a male saviour save women ? »

Révéler

le problème du Christ masculin

Question posée par Rosemary Radford Ruether (Sexism and God-Talk, 1983). Réponses : 1) le sexe biologique de Jésus est accidentel, son humanité partagée essentielle ; 2) Christa (Christ féminin) en théologie post-chrétienne (Edwina Sandys, 1974) ; 3) Wisdom-christology (Christ comme Sophia, Schüssler Fiorenza). Débat majeur du XXe siècle.

Ruether 1983

6Christologie

Sophia / Wisdom

la divine sagesse

Révéler

l'image divine féminine de la Sagesse biblique

Personnification féminine biblique : Pr 8 ; Sg 7-9 ; Si 24. Σοφία en grec, féminin. Tradition juive intertestamentaire (Pseudo-Salomon). NT : 1 Co 1,24-30 (le Christ comme « sagesse de Dieu »). Repris par Elizabeth Johnson, She Who Is (1992), pour articuler une théologie trinitaire non-patriarcale. Référence majeure de la théologie féministe contemporaine.

Johnson 1992 ; Pr 8

7Ordination

Ordination des femmes

les jalons protestants

Révéler

les pionnières

1853 : Antoinette Brown Blackwell (congrégationaliste, USA), première femme pasteure ordonnée. 1928 : Église évangélique réformée vaudoise (Suisse). 1934 : Église protestante de Genève. 1948 : luthériennes de Tchécoslovaquie. 1958 : luthériennes de Suède. 1974 : « Philadelphia Eleven » (anglicanes USA, schisme jusqu'à 1976). 1992 : Church of England. 2026 : Sarah Mullally devient 106e Cantorbéry.

Pionnières ordination

8Ordination

Position catholique

Inter Insigniores / Ordinatio Sacerdotalis

Révéler

l'ordination sacerdotale réservée aux hommes

Inter Insigniores (CDF, 15 octobre 1976, sous Paul VI) : argumentation théologique. Ordinatio Sacerdotalis (Jean-Paul II, 22 mai 1994) : « définitivement détenu », interprété par la CDF (28 octobre 1995) comme appartenant au dépôt de la foi. Réouverture partielle du débat sous François (commission sur le diaconat féminin, 2016 et 2020 — sans conclusion).

Ordinatio Sacerdotalis (1994)

9Théologie

Réforme féministe vs post-chrétienne

Ruether vs Daly

Révéler

deux options structurantes

Théologie féministe réformiste (Ruether, Schüssler Fiorenza, Russell) : transformer la tradition chrétienne de l'intérieur. Théologie féministe post-chrétienne (Mary Daly à partir de 1975, Carol P. Christ) : rupture avec le christianisme comme irrécupérablement patriarcal. Débat structurant des théologies féministes anglo-saxonnes.

Daly 1975 ; Ruether

10Théologie

Écoféminisme

Ruether, Gebara

Révéler

articulation domination des femmes et de la nature

Concept introduit par Françoise d'Eaubonne (Le Féminisme ou la mort, 1974). Adopté en théologie par Rosemary Radford Ruether (Gaia and God, 1992) et Ivone Gebara (Brésil, Longing for Running Water, 1999). Articule patriarcat et destruction écologique comme deux faces d'une même logique de domination. Convergence avec l'écologie intégrale catholique.

Ruether 1992 ; Gebara 1999

11Critique

Critique évangélique conservatrice

complémentarisme

Révéler

le complémentarisme conservateur

Position évangélique conservatrice : Wayne Grudem, John Piper, Recovering Biblical Manhood and Womanhood (1991). Articule l'égalité ontologique des sexes et la différenciation fonctionnelle (femmes exclues du sacerdoce, soumission dans le mariage). Versets-clés invoqués : 1 Co 11,3 ; 1 Tm 2,11-15 ; Ép 5,22-24. Pendant évangélique du Ordinatio Sacerdotalis catholique. Position majoritaire dans la Southern Baptist Convention (USA).

Grudem-Piper 1991

12Critique

Égalitarisme évangélique

Christians for Biblical Equality

Révéler

la branche égalitariste évangélique

Mouvement évangélique défendant l'ordination des femmes et l'égalité dans le mariage à partir de la Bible elle-même. Organisation : Christians for Biblical Equality (CBE International, fondée en 1988 par Catherine Clark Kroeger). Versets-clés invoqués : Ga 3,28 ; Ac 2,17 ; Rm 16. Théologiens : Gordon Fee, Roger Nicole. Position des Assemblées de Dieu (USA), méthodistes, Vineyard et de nombreux baptistes du Nord.

CBE 1988 ; Ga 3,28

13Théologie

Queer theology

depuis 1990

Révéler

théologie des marges sexuelles

Théologie articulant la théologie chrétienne et les théories queer (depuis 1990, Judith Butler). Marcella Althaus-Reid (Argentine-Édimbourg, Indecent Theology, 2000), Patrick Cheng (Radical Love, 2011). Vise à déconstruire les présupposés hétéronormatifs de la théologie. Reçue dans certaines facultés protestantes anglo-saxonnes. Très contestée en contexte catholique et évangélique conservateur.

Althaus-Reid 2000

14Branche

Théologie womaniste

femmes afro-américaines

Révéler

la critique simultanée du sexisme et du racisme

Terme « womanist » d'Alice Walker (In Search of Our Mothers' Gardens, 1983). Critique simultanée du féminisme (blanc) et de la théologie noire (masculine). Théologiennes : Delores Williams (Sisters in the Wilderness, 1993), Katie Geneva Cannon, Jacquelyn Grant, Kelly Brown Douglas. Paradigme d'Agar plutôt que de l'exode.

Walker 1983 ; Williams 1993

15Branche

Théologie mujerista

Latina américaine

Révéler

la voix des femmes latinas américaines

Théologie articulant féminisme et culture latina américaine, distincte du féminisme blanc anglo-saxon. Ada María Isasi-Díaz (1943-2012, Cuba-USA), En la Lucha / In the Struggle (1993), Mujerista Theology (1996). Concept central : lo cotidiano (le quotidien). Articulation foi populaire latine, libération, féminisme. Distincte de la théologie chicana et latina contemporaine.

Isasi-Díaz 1993 ; 1996

16Branche

Théologie féministe asiatique

Kwok, Chung, Park

Révéler

articulation féminisme et cultures asiatiques

Théologies de femmes asiatiques chrétiennes articulant féminisme et cultures locales. Chung Hyun Kyung (Corée du Sud, Struggle to Be the Sun Again, 1990 ; conférencière à l'Assemblée du COE de Canberra 1991). Kwok Pui-lan (Hong Kong-USA, Postcolonial Imagination, 2005). Aruna Gnanadason (Inde, COE). Dialogue avec les religions asiatiques (bouddhisme, confucianisme, shintoïsme).

Chung 1990 ; Kwok 2005

17Branche

Féminisme réformé francophone

Parmentier, Causse, Vincent

Révéler

une voix francophone protestante

Élisabeth Parmentier (IPT Paris, exégèse paulinienne et théologie pratique). Jean-Daniel Causse (Montpellier, dialogue théologie-psychanalyse, mort 2018). Catherine Vincent (Lyon, histoire médiévale). Lytta Basset (Suisse, théologie pratique, UNIL). Côté catholique : Anne Soupa, Christine Pedotti (Comité de la jupe). Pendant francophone des théologies féministes anglo-saxonnes.

Parmentier ; Soupa

18Branche

Féminisme catholique réformiste

Johnson, Hunt, Schüssler Fiorenza

Révéler

la voie catholique réformiste

Théologiennes catholiques restant dans l'Église pour la transformer. Elizabeth Johnson (She Who Is, 1992 ; Quest for the Living God, 2007). Mary E. Hunt (Women's Alliance for Theology, Ethics and Ritual, WATER, 1983). Schüssler Fiorenza (Harvard Divinity School). Lisa Sowle Cahill (Boston College). Liens avec le Comité de la jupe (France) et Donne per la Chiesa (Italie).

Johnson 1992 ; Hunt

19Institution

EATWOT

Ecumenical Association of Third World Theologians

Révéler

le réseau mondial des théologies contextuelles

Association œcuménique fondée à Dar es-Salaam en 1976. Réseau articulant théologie de la libération, théologies asiatiques, africaines, womaniste, mujerista, féministe. Conférences régulières. Femmes théologiennes : Mercy Amba Oduyoye (Ghana, fondatrice du Circle of Concerned African Women Theologians, 1989). Référence mondiale du dialogue interculturel théologique.

EATWOT 1976

20Institution

Circle of Concerned African Women Theologians

Ghana, 1989

Révéler

le réseau théologique des femmes africaines

Fondé par Mercy Amba Oduyoye (Ghana, méthodiste) en 1989. Articule théologie féministe africaine et héritages culturels locaux. Réseau panafricain. Conférences régulières. Articulent libération, inculturation, lutte contre le SIDA, contre la violence faite aux femmes, contre les mutilations génitales. Influence sur le Conseil œcuménique des Églises (COE) et son programme « femmes en solidarité ».

Oduyoye 1989

21Institution

Décennie œcuménique des femmes

COE, 1988-1998

Révéler

la mobilisation œcuménique mondiale

« Decade of Churches in Solidarity with Women » lancée par le Conseil œcuménique des Églises (COE) en 1988 à Bossey. 10 ans d'engagement spécifique des Églises pour l'égalité hommes-femmes : liturgie, théologie, formation. Suivi par le programme « Just Community of Women and Men ». Influence majeure dans les Églises protestantes et orthodoxes du COE.

Décennie COE (1988-1998)

22Texte

Cady Stanton, The Woman's Bible

1895-1898

Révéler

l'ancêtre américaine du féminisme biblique

Elizabeth Cady Stanton (1815-1902), figure du mouvement suffragiste américain (Seneca Falls, 1848). The Woman's Bible, 2 vol. (1895, 1898). Premier commentaire biblique féministe systématique. Critique des passages sexistes (Gn 2-3 ; 1 Co 14 ; 1 Tm 2). Scandale dans le mouvement suffragiste lui-même (qui la désavoue en 1896). Devient ouvrage canonique de la théologie féministe au XXe siècle.

Cady Stanton (1895-1898)

23Œuvre

Daly, Beyond God the Father

1973

Révéler

le manifeste post-chrétien

Mary Daly (1928-2010), philosophe et théologienne américaine. Beyond God the Father: Toward a Philosophy of Women's Liberation (Beacon Press, 1973). Formule fameuse : « Si Dieu est masculin, alors le masculin est Dieu. » Tournant radical post-chrétien après The Church and the Second Sex (1968). Continue avec Gyn/Ecology (1978), Pure Lust (1984). Renvoyée du Boston College en 1999. Mort en 2010.

Daly (1973)

24Œuvre

Ruether, Sexism and God-Talk

1983

Révéler

la synthèse féministe réformiste

Rosemary Radford Ruether (1936-2022), Sexism and God-Talk: Toward a Feminist Theology (Beacon Press, 1983). Première synthèse systématique de théologie féministe : anthropologie, Dieu, christologie, mariologie, ecclésiologie, eschatologie. Position réformiste : transformer la tradition chrétienne de l'intérieur. Référence majeure de la théologie féministe académique.

Ruether (1983)

25Œuvre

Schüssler Fiorenza, In Memory of Her

1983

Révéler

l'herméneutique féministe de la libération

Elisabeth Schüssler Fiorenza, In Memory of Her: A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins (Crossroad, 1983). Reconstruction historique des communautés primitives chrétiennes où les femmes étaient actives. Concept central : ekklesia gynaikon (Église des femmes). Méthodologie : herméneutique du soupçon en 4 étapes. Référence fondatrice.

Schüssler Fiorenza (1983)

26Œuvre

Johnson, She Who Is

1992

Révéler

la synthèse trinitaire féministe

Elizabeth Johnson (théologienne catholique américaine, Fordham), She Who Is: The Mystery of God in Feminist Theological Discourse (Crossroad, 1992). Synthèse trinitaire articulant féminisme et orthodoxie catholique. Utilise la figure biblique de Sophia (Sagesse) pour articuler une théologie trinitaire non-patriarcale. Reçue avec admiration et critiques. Notification de la US Conference of Catholic Bishops contre Quest for the Living God en 2011.

Johnson (1992)

27Texte

Inter Insigniores

CDF, 15 octobre 1976

Révéler

la position doctrinale catholique sur l'ordination

Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), 15 octobre 1976, sous Paul VI. Trois arguments : 1) constante tradition ; 2) attitude du Christ qui n'a choisi que des hommes pour apôtres ; 3) iconicité (le prêtre représente le Christ in persona Christi). Réaction au mouvement croissant pour l'ordination des femmes (Philadelphia Eleven 1974). Confirmée par Jean-Paul II dans Ordinatio Sacerdotalis (22 mai 1994).

Inter Insigniores (1976)

28Texte

Ga 3,28

la charte égalitariste

Révéler

« Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme »

« οὐκ ἔνι Ἰουδαῖος οὐδὲ Ἕλλην, οὐκ ἔνι δοῦλος οὐδὲ ἐλεύθερος, οὐκ ἔνι ἄρσεν καὶ θῆλυ· πάντες γὰρ ὑμεῖς εἷς ἐστε ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ. » Verset central de la théologie féministe : abolition des hiérarchies en Christ. Considéré comme formule baptismale pré-paulinienne. Pierre angulaire de l'égalitarisme évangélique. Tension exégétique avec 1 Co 14,34 et 1 Tm 2,12 (souvent considérés comme post-pauliniens).

Ga 3,28

29USA

Mary Daly

1928–2010

Révéler

la radicale post-chrétienne

Théologienne américaine, professeure au Boston College (1966-1999). The Church and the Second Sex (1968, dans la lignée catholique réformiste), puis Beyond God the Father (1973, rupture post-chrétienne). Gyn/Ecology (1978), Pure Lust (1984). Renvoyée du Boston College en 1999 pour avoir refusé d'admettre les étudiants masculins dans ses cours sur le féminisme. Figure majeure et controversée.

Daly

30USA

Rosemary Radford Ruether

1936–2022

Révéler

la synthétiseuse féministe réformiste

Théologienne catholique américaine, professeure à Garrett-Evangelical Theological Seminary (1976-2002). Liberation Theology (1972), Sexism and God-Talk (1983), Gaia and God (1992). Synthèse féministe réformiste : transformer la tradition chrétienne. Engagement sur l'écologie, l'antiracisme, l'antisémitisme chrétien (Faith and Fratricide, 1974). Référence majeure.

Ruether (1983 ; 1992)

31USA

Elisabeth Schüssler Fiorenza

née 1938

Révéler

la grande exégète féministe

Théologienne catholique d'origine allemande, Harvard Divinity School depuis 1988 (Krister Stendahl Professor). In Memory of Her (1983), But She Said (1992), Discipleship of Equals (1993), The Power of the Word (2007). Cofondatrice du Journal of Feminist Studies in Religion (1985). Concept central : ekklesia gynaikon. Référence absolue de l'exégèse féministe.

Schüssler Fiorenza

32USA

Elizabeth Johnson

née 1941

Révéler

la grande théologienne trinitaire féministe

Théologienne catholique américaine, sœur de Saint-Joseph, professeure à Fordham (NY). She Who Is (1992), Truly Our Sister (2003), Quest for the Living God (2007 ; notification USCCB en 2011), Ask the Beasts (2014). Synthèse trinitaire féministe utilisant la Sophia biblique. Reçue avec admiration. Présidente de la Catholic Theological Society of America (1996-1997).

Johnson (1992 ; 2007)

33USA

Phyllis Trible

née 1932

Révéler

l'exégète vétérotestamentaire féministe

Théologienne et exégète américaine, Wake Forest University. God and the Rhetoric of Sexuality (1978), Texts of Terror (1984), Rhetorical Criticism (1994). Pionnière de la lecture rhétorico-critique du Pentateuque (Gn 2-3). Relecture de l'« ezer kenegdo » (« aide assortie », Gn 2,18) comme partenariat plutôt que subordination. Référence majeure en exégèse vétérotestamentaire féministe.

Trible (1978 ; 1984)

34Cuba-USA

Ada María Isasi-Díaz

1943–2012

Révéler

la fondatrice de la théologie mujerista

Théologienne cubano-américaine, Drew University. Ancienne religieuse Ursuline. Hispanic Women: Prophetic Voice in the Church (1988), En la Lucha / In the Struggle (1993), Mujerista Theology (1996). Concept central : lo cotidiano (le quotidien) comme lieu théologique. Articulation foi populaire latine, libération, féminisme. Distincte du féminisme blanc et de la théologie womaniste afro-américaine.

Isasi-Díaz (1993)

35Corée

Chung Hyun Kyung

née 1956

Révéler

la voix asiatique controversée

Théologienne coréenne, Union Theological Seminary (NY). Struggle to Be the Sun Again: Introducing Asian Women's Theology (1990). Conférencière à l'Assemblée du COE de Canberra (1991) : invocation des esprits ancestraux coréens — scandale œcuménique, débat sur le syncrétisme. Articulation théologie chrétienne et shamanisme coréen. Référence des théologies féministes asiatiques.

Chung (1990 ; Canberra 1991)

36Ghana

Mercy Amba Oduyoye

née 1934

Révéler

la mère de la théologie féministe africaine

Théologienne ghanéenne méthodiste, Trinity Theological Seminary (Accra). Daughters of Anowa: African Women and Patriarchy (1995), Introducing African Women's Theology (2001). Fondatrice du Circle of Concerned African Women Theologians (1989). Secrétaire générale adjointe du COE (1987-1994). Référence majeure en théologie féministe africaine et œcuménique mondiale.

Oduyoye 1989 ; 1995

37Jalon

15 septembre 1853

Antoinette Brown Blackwell

Révéler

première ordination féminine dans une dénomination chrétienne

Antoinette Brown Blackwell (1825-1921), congrégationaliste américaine, ordonnée à South Butler, New York, le 15 septembre 1853. Première femme officiellement ordonnée comme pasteure dans une dénomination chrétienne. Devient ensuite unitarienne. Engagement abolitionniste et suffragiste (avec Susan B. Anthony). Précédent fondateur de l'ordination féminine.

Brown Blackwell (15 septembre 1853)

38Jalon

29 juillet 1974

Philadelphia Eleven

Révéler

les 11 premières femmes-prêtres anglicanes

Le 29 juillet 1974, 11 femmes diaconesses sont ordonnées prêtres à l'église de l'Avocat (Philadelphia, USA) par 3 évêques retraités, contre les canons de l'Église épiscopale (anglicane USA). Ordinations « irrégulières » d'abord refusées. Régularisées à la convention générale de 1976. Marque le tournant anglican mondial. Précédent : Florence Li Tim-Oi (Hong Kong, 1944, en raison de la guerre, sans suite).

Philadelphia Eleven (29 juillet 1974)

39Jalon

22 mai 1994

Ordinatio Sacerdotalis

Révéler

la fermeture catholique du débat

Lettre apostolique de Jean-Paul II, 22 mai 1994. « L'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes » — affirmation « définitivement détenue ». Réponse à l'ordination des femmes prêtres dans la Church of England (1992). Interprétée par la CDF (28 octobre 1995) comme appartenant au dépôt de la foi. Sous François : commission sur le diaconat féminin (2016 ; 2020) sans conclusion.

Ordinatio Sacerdotalis (22 mai 1994)

40Jalon

28 janvier 2026

Sarah Mullally Cantorbéry

Révéler

première femme primat de la Communion anglicane mondiale

Sarah Mullally annoncée le 28 janvier 2026 comme 106e Archevêque de Cantorbéry, intronisée le 25 mars 2026 (Annonciation). Première femme primat de la Communion anglicane mondiale (42 provinces, 85 millions de fidèles). Ancienne Chief Nursing Officer du NHS, évêque de Londres depuis 2018. Succède à Justin Welby (démissionnaire le 6 janvier 2025 après le rapport Smyth). Jalon historique majeur.

Mullally (28 janvier 2026)

📖 Quiz 1 — Notions et méthodes féministes

10 questions sur les concepts centraux du féminisme théologique.

Question 1 sur 10

Question 1 / 10

Quel est le programme général de la théologie féministe ?

Discipline née aux États-Unis dans les années 1960-1970. Critique du patriarcat dans les textes bibliques, la tradition, la liturgie. Branches : libérale, radicale, womaniste, mujerista, asiatique, écoféministe.

Question 2 / 10

Que désigne « l'herméneutique du soupçon féministe » ?

Schüssler Fiorenza, In Memory of Her (1983). 4 étapes : soupçon, commémoration, proclamation, imagination créatrice. Adaptation féministe de l'herméneutique de Ricœur.

Question 3 / 10

Que désigne le concept d'« ekklesia gynaikon » ?

Concept ecclésiologique de reconstruction des communautés primitives où les femmes étaient actives (Junia, Phébé, Prisca). Mc 15,40-41 ; Rm 16. Programme : restaurer la mémoire historique.

Question 4 / 10

Quel verset est central pour l'égalitarisme évangélique ?

Considéré comme formule baptismale pré-paulinienne. Abolition des hiérarchies en Christ. Pierre angulaire de l'égalitarisme évangélique. Tension exégétique avec 1 Co 14,34 et 1 Tm 2,12 (post-pauliniens).

Question 5 / 10

Qu'a déclaré Mary Daly dans Beyond God the Father (1973) ?

Formule fameuse exposant le problème du masculin générique. Tournant radical post-chrétien après The Church and the Second Sex (1968). Théologie post-chrétienne ensuite : Gyn/Ecology (1978).

Question 6 / 10

Que défend la christologie féministe face à « Can a male saviour save women ? »

Question posée par Rosemary Radford Ruether (Sexism and God-Talk, 1983). Débat majeur du XXe siècle théologique.

Question 7 / 10

Que désigne « Sophia » dans la théologie féministe ?

Pr 8 ; Sg 7-9 ; Si 24. Σοφία en grec, féminin. NT : 1 Co 1,24-30 (le Christ comme « sagesse de Dieu »). Repris par Elizabeth Johnson, She Who Is (1992) pour articuler une théologie trinitaire non-patriarcale.

Question 8 / 10

Quelle est la distinction Ruether-Daly ?

Ruether (réformiste) : transformer la tradition chrétienne de l'intérieur. Daly à partir de 1975 (post-chrétienne) : rupture avec le christianisme comme irrécupérablement patriarcal. Débat structurant.

Question 9 / 10

Qu'est-ce que l'écoféminisme théologique ?

Concept introduit par Françoise d'Eaubonne (Le Féminisme ou la mort, 1974). Adopté en théologie par Ruether (Gaia and God, 1992) et Ivone Gebara (Brésil, 1999). Convergence avec l'écologie intégrale catholique.

Question 10 / 10

Quelle est la position évangélique défendant l'ordination des femmes ?

Mouvement évangélique défendant l'ordination des femmes à partir de la Bible elle-même. Catherine Clark Kroeger (CBE 1988). Versets-clés : Ga 3,28, Ac 2,17, Rm 16. Position des Assemblées de Dieu (USA), méthodistes, Vineyard.

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⚙ Quiz 2 — Théologiennes majeures

8 questions sur Daly, Ruether, Schüssler Fiorenza, Johnson, Trible.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Qui a écrit la première œuvre féministe biblique systématique ?

Figure suffragiste américaine (Seneca Falls, 1848). Premier commentaire biblique féministe systématique. Scandale dans le mouvement suffragiste lui-même (qui la désavoue en 1896). Devient ouvrage canonique.

Question 2 / 8

Qui a écrit Sexism and God-Talk (1983) ?

Théologienne catholique américaine. Première synthèse systématique de théologie féministe : anthropologie, Dieu, christologie, mariologie, ecclésiologie, eschatologie. Position réformiste. Référence majeure.

Question 3 / 8

Qui a écrit In Memory of Her (1983) ?

Théologienne catholique d'origine allemande, Harvard Divinity School depuis 1988 (Krister Stendahl Professor). Reconstruction historique des communautés primitives chrétiennes. Référence absolue de l'exégèse féministe.

Question 4 / 8

Qui a écrit She Who Is (1992) ?

Théologienne catholique américaine, sœur de Saint-Joseph, Fordham (NY). Synthèse trinitaire féministe utilisant la Sophia biblique. Notification USCCB contre Quest for the Living God en 2011.

Question 5 / 8

Qui a écrit Texts of Terror (1984) ?

Théologienne et exégète américaine, Wake Forest University. Lecture rhétorico-critique des récits bibliques de violence faite aux femmes (Agar, Tamar, la concubine du lévite, fille de Jephté). Référence majeure en exégèse VT féministe.

Question 6 / 8

Qui a fondé la théologie mujerista ?

Théologienne cubano-américaine, Drew University. En la Lucha / In the Struggle (1993), Mujerista Theology (1996). Concept central : lo cotidiano (le quotidien). Distincte du féminisme blanc et de la théologie womaniste.

Question 7 / 8

Qui a fondé le Circle of Concerned African Women Theologians (1989) ?

Théologienne ghanéenne méthodiste, Trinity Theological Seminary (Accra). Daughters of Anowa (1995). Secrétaire générale adjointe du COE (1987-1994). Référence majeure en théologie féministe africaine.

Question 8 / 8

Que désigne le scandale de Chung Hyun Kyung à Canberra 1991 ?

Conférence inaugurale à l'Assemblée du COE de Canberra (février 1991) sur le thème « Viens, Esprit-Saint — renouvelle la création entière ». Articulation théologie chrétienne et shamanisme coréen. Débat œcuménique majeur sur le syncrétisme.

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Magna cum laude !

📜 Quiz 3 — Ordination des femmes : jalons

8 questions sur les pionnières et les positions confessionnelles.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Qui fut la première femme ordonnée pasteure ?

Congrégationaliste américaine ordonnée à South Butler, New York. Première femme officiellement ordonnée. Devient ensuite unitarienne. Engagement abolitionniste et suffragiste. Précédent fondateur.

Question 2 / 8

Quand l'Église évangélique réformée vaudoise (EERV) a-t-elle ordonné des femmes ?

L'EERV vaudoise ouvre l'ordination des femmes pasteures en 1928. Genève suit en 1934. Pendant suisse précoce des évolutions internationales.

Question 3 / 8

Que désigne « Philadelphia Eleven » ?

11 femmes diaconesses ordonnées prêtres à l'église de l'Avocat (Philadelphia, USA) par 3 évêques retraités, contre les canons. Ordinations « irrégulières » d'abord refusées. Régularisées à la convention générale de 1976.

Question 4 / 8

Quand la Church of England a-t-elle ordonné des femmes prêtres ?

Synode général de l'Église d'Angleterre (11 novembre 1992) vote l'ordination des femmes. Premières ordinations en mars 1994. Évêques femmes autorisées en 2014. Précède le tournant anglican mondial.

Question 5 / 8

Que défend Inter Insigniores (1976) ?

Déclaration de la CDF, 15 octobre 1976, sous Paul VI. 3 arguments : constante tradition, attitude du Christ, iconicité (in persona Christi). Confirmée par Jean-Paul II dans Ordinatio Sacerdotalis (1994).

Question 6 / 8

Que défend Ordinatio Sacerdotalis (Jean-Paul II, 1994) ?

22 mai 1994. Réponse à l'ordination des femmes prêtres dans la Church of England (1992). Interprétée par la CDF (1995) comme appartenant au dépôt de la foi. Sous François : commission sur le diaconat féminin (2016, 2020) sans conclusion.

Question 7 / 8

Qui est devenu 106e Archevêque de Cantorbéry le 28 janvier 2026 ?

Ancienne Chief Nursing Officer du NHS, évêque de Londres depuis 2018. Intronisée le 25 mars 2026 (Annonciation). Première femme primat de la Communion anglicane mondiale (42 provinces, 85 millions). Succède à Welby (démissionnaire 6 janvier 2025 après le rapport Smyth).

Question 8 / 8

Que défend le complémentarisme évangélique ?

Position évangélique conservatrice. Recovering Biblical Manhood and Womanhood (1991). Femmes exclues du sacerdoce, soumission dans le mariage. Versets : 1 Co 11,3, 1 Tm 2,11-15, Ép 5,22-24. Position de la Southern Baptist Convention.

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Sources : Ruether, R.R. Sexism and God-Talk. Beacon, 1983. Schüssler Fiorenza, E. In Memory of Her. Crossroad, 1983. Johnson, E.A. She Who Is. Crossroad, 1992. Trible, P. God and the Rhetoric of Sexuality. Fortress, 1978. CDF. Ordinatio sacerdotalis (1994).

Mention de transparence éditoriale : ce site a été conçu et rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle, puis vérifié, relu et validé par des relecteurs humains.

🎓 Studio interactif — Théologie féministe

40 cartes sur Medellín, Gutiérrez, Boff, Sobrino, et les ramifications mondiales.

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Carte 1 sur 40
1Méthode

Herméneutique du soupçon

lire à contre-fil

Révéler

soupçonner l’androcentrisme des textes et des lectures

Les textes bibliques et leurs interprétations reflètent des sociétés patriarcales. Toute lecture doit demander : qui parle, qui est tu, à qui profite le texte ? Emprunté à Ricœur, systématisé par Schüssler Fiorenza comme première de ses quatre stratégies (soupçon, remémoration, proclamation, imagination créatrice).

Schüssler Fiorenza 1983 ; 1992

2Méthode

Herméneutique de la reconstruction

retrouver la mémoire occultée

Révéler

reconstruire la place réelle des femmes aux origines

Derrière la rédaction androcentrique, retrouver Marie de Magdala première témoin, Junia « éminente parmi les apôtres » (Rm 16,7), Phœbé diaconesse (Rm 16,1), Priscille enseignant Apollos (Ac 18,26). Le silence des textes n’est pas l’absence des femmes mais leur effacement rédactionnel.

In Memory of Her (1983)

3Ecclésiologie

Discipulat d’égaux

discipleship of equals

Révéler

le mouvement de Jésus comme communauté égalitaire

Thèse centrale de Schüssler Fiorenza : le mouvement de Jésus fut à l’origine un « discipulat d’égaux » — hommes et femmes — que la patriarcalisation progressive des Églises (codes domestiques, pastorales) a recouvert. L’ekklesia des femmes en est la réactivation contemporaine.

Schüssler Fiorenza (1983)

4Système

Kyriarcat

kyriarchy — au-delà du patriarcat

Révéler

le système imbriqué des dominations

Néologisme de Schüssler Fiorenza (But She Said, 1992), du grec κύριος (seigneur, maître) : les dominations de genre, de classe, de race et d’empire s’imbriquent en un seul système. Anticipe le concept séculier d’intersectionnalité (Crenshaw 1989) et devient le cadre commun des théologies féministes contextuelles.

But She Said (1992)

5Théologie

Le péché au féminin

la thèse de Saiving

Révéler

dispersion et négation de soi, non l’orgueil

Valerie Saiving (1960) : la définition du péché comme orgueil (Niebuhr, Nygren) généralise l’expérience masculine. Pour les femmes, socialement formées à l’oubli de soi, le péché prend la forme inverse : dispersion, sous-estimation, refus d’advenir comme sujet. Premier acte de la théologie féministe universitaire.

Saiving, JR 40/2 (1960)

6Langage

Sophia — la Sagesse

חָכְמָה / σοφία

Révéler

la figure féminine biblique de Dieu

La Sagesse (Pr 8 ; Sg 7) : figure féminine par laquelle Dieu crée et se communique, appliquée au Christ par Paul (1 Co 1,24 : « Christ, sagesse de Dieu »). Ressource interne de la tradition pour briser le monopole des métaphores masculines. Centre de She Who Is de Johnson (1992) et pierre de scandale des liturgies Re-Imagining (1993).

Pr 8 ; 1 Co 1,24 ; Johnson 1992

7Christologie

Un sauveur mâle peut-il sauver les femmes ?

la question de Ruether

Révéler

la masculinité de Jésus est contingente, non salvifique

Question posée dans Sexism and God-Talk (1983). Réponses du courant : le Verbe s’est fait chair, non mâle au sens exclusif (Johnson) ; le Christ peut être dit Sophia incarnée ; ce qui sauve est la pratique libératrice de Jésus, non son sexe (Ruether) ni son sang substitutif (Williams).

Ruether (1983)

8Exégèse

Gn 1,27 et l’imago Dei

« mâle et femelle il les créa »

Révéler

l’égalité fondée dans l’image de Dieu

Gn 1,27 fonde l’égalité ontologique des sexes. Trible montre que l’adam de Gn 2 est un « terreux » indifférencié jusqu’à la création de la femme, que עֵזֶר (« aide », Gn 2,18) désigne ailleurs Dieu même, et que la domination masculine (Gn 3,16) est conséquence de la chute — non ordre de création.

Trible (1978)

9Éthique

Complémentarisme

Danvers 1987

Révéler

rôles distincts, autorité masculine

Position évangélique codifiée par la Déclaration de Danvers (CBMW, 1987-1988) : égale dignité des sexes mais rôles complémentaires — l’autorité d’enseignement et de gouvernance ecclésiale revient aux hommes (appui sur 1 Tm 2,12). Structure la moitié de l’évangélisme mondial, notamment la Southern Baptist Convention.

Danvers (1987)

10Éthique

Égalitarisme biblique

CBE, 1988

Révéler

Ga 3,28 comme principe herméneutique

Position évangélique opposée (Christians for Biblical Equality, fondé le 2 janvier 1988) : les textes de restriction (1 Tm 2,12) sont contextuels ; « il n’y a plus ni homme ni femme » (Ga 3,28) est le principe. Déclaration « Men, Women, and Biblical Equality » (1989). L’autre moitié du monde évangélique.

CBE (1988) ; Ga 3,28

11Frontière

Théalogie

thealogy — la Déesse

Révéler

le post-christianisme religieux, à distinguer

La théalogie (Carol P. Christ) remplace le Dieu biblique par la Déesse : c’est un post-christianisme religieux, distinct de la théologie féministe chrétienne qui travaille à l’intérieur de la foi. Mary Daly (après 1973) et Daphne Hampson (Theology and Feminism, 1990) incarnent la même frontière : pour elles, le christianisme est irréformablement patriarcal.

Christ ; Daly ; Hampson 1990

12Marie

Mariologie féministe

le Magnificat subversif

Révéler

Marie, première théologienne de la libération

Critique du modèle marial de soumission silencieuse ; relecture du Magnificat (Lc 1,46-55) comme chant subversif — « il a renversé les puissants de leurs trônes » — reliant théologie féministe et théologie de la libération. Marie y devient la première théologienne de la libération, non le modèle de l’obéissance féminine.

Lc 1,46-55

13Ramification

Théologie womanist

femmes afro-américaines

Révéler

depuis Agar, contre le double effacement

Delores Williams (Sisters in the Wilderness, 1993) : la figure d’Agar — esclave, mère porteuse, exilée, seule à nommer Dieu (Gn 16,13) — porte l’expérience des femmes noires que ni le féminisme blanc ni la théologie noire masculine ne disaient. Avec Katie Cannon (éthique, 1988) et Jacquelyn Grant (christologie, 1989).

Williams 1993 ; Gn 16,13

14Ramification

Théologie mujerista

Latinas des États-Unis

Révéler

la lucha quotidienne comme lieu théologique

Ada María Isasi-Díaz (1943-2012), cubano-américaine : Mujerista Theology (Orbis, 1996). La lutte quotidienne (la lucha) des femmes latinas — travail, famille, frontière, langue — comme lieu théologique. Méthode ethnographique : partir des récits des femmes elles-mêmes, non des systèmes.

Isasi-Díaz (1996)

15Ramification

Cercle des théologiennes africaines

Oduyoye, 1989

Révéler

le double front : patriarcat et héritage colonial

Mercy Amba Oduyoye (née 1933, Ghana, méthodiste) fonde en 1989 le Circle of Concerned African Women Theologians : les théologiennes africaines affrontent à la fois le patriarcat des cultures locales et l’héritage colonial des missions. Daughters of Anowa (Orbis, 1995).

Oduyoye 1989 ; 1995

16Ramification

Féminisme théologique asiatique

Chung, Kwok Pui-lan

Révéler

inculturation, postcolonialisme, controverse

Chung Hyun Kyung (Corée, presbytérienne) porte la voix des femmes asiatiques jusqu’au scandale de Canberra (1991). Kwok Pui-lan (Hong Kong) systématise l’interprétation postcoloniale : la Bible arrivée en Asie dans les bagages de l’empire doit être relue depuis les colonisées.

Chung 1991 ; Kwok

17Ramification

Écoféminisme théologique

Ruether, Gebara, McFague

Révéler

domination des femmes, domination de la terre

La domination des femmes et celle de la terre procèdent de la même logique (Ruether, Gaia and God, 1992). Ivone Gebara (Brésil) le développe depuis les favelas ; McFague pense le monde comme « corps de Dieu » (The Body of God, 1993). Convergence avec l’écothéologie de la libération.

Ruether 1992 ; Gebara ; McFague 1993

18Ramification

Théologies queer

Althaus-Reid

Révéler

de la femme au genre — prolongement et tension

Marcella Althaus-Reid (Indecent Theology, 2000) pousse la critique de l’hétéropatriarcat jusqu’à la « théologie indécente ». Les théologies queer déplacent la catégorie « femme » vers l’analyse des identités de genre — prolongement du geste féministe et tension avec son fondement (l’expérience des femmes).

Althaus-Reid (2000)

19Ramification

Francophonie théologique

Quéré, Parmentier

Révéler

un féminisme de dialogue plutôt que de rupture

France Quéré (« féminisme raisonné », La femme avenir, 1976) ; Élisabeth Parmentier (Les Filles prodigues, Labor et Fides, 1999), première synthèse francophone ; Une bible des femmes (2018, dir. Parmentier, Daviau, Savoy) en écho à Stanton. La laïcité française et la prudence académique suisse ont produit un féminisme théologique de dialogue.

Quéré 1976 ; Parmentier 1999 ; 2018

20Ramification

Orthodoxie et diaconat féminin

Behr-Sigel, Rhodes, Saint-Phoebe

Révéler

raviver l’ordre ancien des diaconesses

Élisabeth Behr-Sigel (1907-2005) pose la question ; la consultation de Rhodes (1988) dit non au sacerdoce mais recommande de raviver les diaconesses ; le Saint Phoebe Center (2013) milite ; le patriarcat d’Alexandrie ordonne Angelic Molen diaconesse au Zimbabwe (2 mai 2024) — première de l’orthodoxie moderne.

Rhodes 1988 ; Molen 2024

21Œuvre

Stanton, The Woman’s Bible

1895-1898

Révéler

la première relecture collective par des femmes

Elizabeth Cady Stanton (1815-1902), figure suffragiste, dirige ce commentaire critique en deux volumes des passages invoqués contre les femmes. Scandale jusque chez les suffragistes (désaveu de la NAWSA). Modèle revendiqué d’Une bible des femmes (2018).

Stanton (1895-1898)

22Article

Saiving, « The Human Situation »

Journal of Religion, 1960

Révéler

l’article fondateur de la théologie féministe

« The Human Situation: A Feminine View », JR 40/2 (avril 1960), p. 100-112. La théologie découvre que le sujet théologisant a un genre. Réédité dans Womanspirit Rising (1979). Point de départ unanimement reconnu du courant.

Saiving (1960)

23Œuvre

Daly, Beyond God the Father

1973

Révéler

« si Dieu est mâle, alors le mâle est Dieu »

Boston, Beacon Press, 1973. Le Dieu-Père statique doit céder au « God as Verb ». Point de bascule de Daly vers le post-christianisme (Gyn/Ecology, 1978). L’aile radicale du courant — et sa frontière.

Daly (1973)

24Œuvre

Ruether, Sexism and God-Talk

1983

Révéler

le premier traité systématique

Boston, Beacon Press, 1983. Organisé par le « principe prophétique-libérateur » : est révélation ce qui promeut la pleine humanité des femmes. Contient la question christologique célèbre. La systématique de référence du courant.

Ruether (1983)

25Œuvre

Trible, Texts of Terror

1984

Révéler

lire les récits de violence « en mémoire d’elles »

Philadelphia, Fortress, 1984. Quatre récits : Agar, Tamar, la fille de Jephté, la concubine du lévite. Ni apologétique ni censure : raconter la terreur pour qu’elle ne se répète pas. Chef-d’œuvre de critique rhétorique féministe.

Trible (1984)

26Œuvre

Johnson, She Who Is

1992

Révéler

« Celle qui est » — Sophia et le tétragramme

New York, Crossroad, 1992. À partir de la Sagesse biblique et d’Ex 3,14, dire « Celle qui est » — non pour féminiser Dieu mais pour libérer le mystère du monopole masculin. La somme catholique du courant, couronnée par le prix Grawemeyer.

Johnson (1992)

27Document

Inter insigniores

CDF, 15 octobre 1976

Révéler

les raisons romaines de la non-ordination

Déclaration approuvée par Paul VI : exemple du Christ choisissant des hommes, pratique constante, argument iconique (in persona Christi). La Commission biblique pontificale avait pourtant conclu (vote de 1976, non publié) que le NT seul ne tranche pas.

CDF (1976)

28Document

Ordinatio sacerdotalis

Jean-Paul II, 22 mai 1994

Révéler

la fermeture définitive côté catholique

« L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes, et ce jugement doit être tenu de manière définitive par tous les fidèles. » Le Responsum de 1995 le rattache au magistère ordinaire et universel infaillible.

Jean-Paul II (1994)

29USA

Valerie Saiving

1921-1992

Révéler

celle par qui tout commence

Doctorante à Chicago quand elle publie l’article de 1960, professeure au Hobart and William Smith Colleges. Une seule pierre — mais la première : la critique du faux universel masculin en théologie. Redécouverte par l’anthologie Womanspirit Rising (1979).

Saiving (1960)

30USA

Elisabeth Schüssler Fiorenza

née 1938

Révéler

la bibliste de la reconstruction

Catholique d’origine roumaine formée en Allemagne, première femme professeure titulaire à Harvard Divinity School. In Memory of Her (1983), But She Said (1992). Concepts : discipulat d’égaux, ekklesia des femmes, kyriarcat. Cofondatrice du Journal of Feminist Studies in Religion.

Schüssler Fiorenza

31USA

Rosemary Radford Ruether

1936-2022

Révéler

la systématicienne restée dans l’Église

Catholique critique mais fidèle, professeure à Garrett-Evangelical puis Claremont. Sexism and God-Talk (1983), Women-Church (1985), Gaia and God (1992). Trente-six livres : la production la plus vaste du courant, de la patristique à l’écologie.

Ruether (1936-2022)

32USA

Delores S. Williams

1934-2022

Révéler

la fondatrice womanist

Presbytérienne afro-américaine, Union Theological Seminary (chaire Paul Tillich). Sisters in the Wilderness (1993) : Agar contre l’Exode comme paradigme, critique des théories sacrificielles de l’expiation. Élève critique de Cone : la théologie noire aussi était masculine.

Williams (1993)

33France/Suisse

Élisabeth Parmentier

née 1961

Révéler

la voix francophone

Pasteure luthérienne alsacienne, professeure à Strasbourg puis à Genève (2015-). Les Filles prodigues. Défis des théologies féministes (Labor et Fides, 1999) ; codirectrice d’Une bible des femmes (2018). Présidente de la Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE) — l’intégration institutionnelle du courant en francophonie.

Parmentier (1999 ; 2018)

34Jalon

28 avril 1948

Odense, Danemark

Révéler

les premières femmes pasteures au monde

Johanne Andersen, Ruth Vermehren et Edith Brenneche Petersen sont ordonnées à la cathédrale d’Odense par l’évêque Hans Øllgaard : le Danemark devient le premier pays au monde à avoir des femmes pasteures. La Suède suit (loi 1958, ordinations 10 avril 1960). En France réformée, Berthe Bertsch avait été consacrée à Mulhouse dès le 23 mars 1930.

Odense (1948)

35Jalon

12 mars 1994

Bristol, Angleterre

Révéler

les 32 premières prêtres anglaises

Après le vote du Synode général (11 novembre 1992), l’Église d’Angleterre ordonne ses trente-deux premières prêtres à la cathédrale de Bristol. Épiscopat ouvert en 2014 (Libby Lane consacrée le 26 janvier 2015). Le dispositif des « flying bishops » (1993) permet aux opposants de rester : intégration avec clause de conscience.

Bristol (1994)

36Jalon

25 mars 2026

Cantorbéry

Révéler

la première femme archevêque de Cantorbéry

Sarah Mullally, ancienne infirmière en chef d’Angleterre, évêque de Londres, devient la 106e archevêque de Cantorbéry : nomination annoncée le 3 octobre 2025, confirmation juridique le 28 janvier 2026 à Saint-Paul, intronisation le 25 mars 2026 — première femme à ce siège en quatorze siècles.

Mullally (2026)

📖 Quiz 1 — Notions et méthodes

10 questions sur Saiving, le kyriarcat, l'herméneutique, Sophia, Danvers.

Question 1 sur 10

Question 1 / 10

Quel article est tenu pour l'acte de naissance de la théologie féministe universitaire ?

Journal of Religion 40/2 (1960), p. 100-112. Stanton est la précurseure du XIXe siècle, mais l'acte fondateur universitaire est bien l'article de Saiving. → Revoir la flashcard n° 5.

Question 2 / 10

Selon Saiving, quelle forme le péché prend-il typiquement dans l'expérience féminine ?

Inversion de Niebuhr et Nygren : pour qui est socialement formé à l'oubli de soi, le péché est le refus d'advenir comme sujet — non l'hybris. → Revoir la flashcard n° 5.

Question 3 / 10

Que désigne le « kyriarcat » forgé par Elisabeth Schüssler Fiorenza ?

Du grec κύριος, « maître » (But She Said, 1992) : plus large que le patriarcat, le concept anticipe l'intersectionnalité. → Revoir la flashcard n° 4.

Question 4 / 10

Qu'est-ce que le « discipulat d'égaux » ?

Thèse d'In Memory of Her (1983) : l'égalité originelle a été recouverte par la patriarcalisation progressive des Églises. → Revoir la flashcard n° 3.

Question 5 / 10

Quelles sont les quatre stratégies herméneutiques de Schüssler Fiorenza ?

Le canon méthodologique du courant : soupçonner l'androcentrisme, retrouver la mémoire des femmes, proclamer, réimaginer. → Revoir la flashcard n° 1.

Question 6 / 10

Que démontre Phyllis Trible à propos de Genèse 2 ?

God and the Rhetoric of Sexuality (1978) : עֵזֶר désigne ailleurs Dieu lui-même ; la domination de Gn 3,16 est conséquence de la chute, non ordre de création. → Revoir la flashcard n° 8.

Question 7 / 10

Quelle figure biblique fonde le recours féministe à un langage sapientiel sur Dieu ?

Figure féminine par laquelle Dieu crée, appliquée au Christ par Paul (« Christ, sagesse de Dieu ») — centre de She Who Is (Johnson, 1992). → Revoir la flashcard n° 6.

Question 8 / 10

Quelle est la question christologique célèbre de Rosemary Radford Ruether ?

Sexism and God-Talk (1983). Réponse du courant : la masculinité de Jésus est contingente ; c'est sa pratique libératrice qui sauve, non son sexe. → Revoir la flashcard n° 7.

Question 9 / 10

Que soutient le complémentarisme évangélique ?

Déclaration de Danvers (CBMW, 1987-1988), appui sur 1 Tm 2,12. Position opposée : l'égalitarisme biblique de CBE (1988), fondé sur Ga 3,28. → Revoir la flashcard n° 9.

Question 10 / 10

Qu'est-ce qui distingue la théologie féministe chrétienne de la « théalogie » ?

Carol P. Christ, Mary Daly après 1973, Daphne Hampson : pour elles, le christianisme est irréformable. La théologie féministe, elle, travaille à l'intérieur de la foi. → Revoir la flashcard n° 11.

⚙ Quiz 2 — Figures et textes

8 questions sur Stanton, Daly, Ruether, Trible, Johnson, Williams, Parmentier, Oduyoye.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Qui a dirigé The Woman's Bible (1895-1898) ?

Figure suffragiste : ce commentaire critique en deux volumes fit scandale jusque chez les suffragistes (désaveu de la NAWSA). → Revoir la flashcard n° 21.

Question 2 / 8

Quel ouvrage de 1973 affirme « si Dieu est mâle, alors le mâle est Dieu » ?

Boston, Beacon Press, 1973 : le Dieu-Père statique doit céder au « God as Verb ». Point de bascule de Daly vers le post-christianisme. → Revoir la flashcard n° 23.

Question 3 / 8

Quel est le premier traité systématique de théologie féministe ?

Organisé autour du « principe prophétique-libérateur » : est révélation ce qui promeut la pleine humanité des femmes. → Revoir la flashcard n° 24.

Question 4 / 8

Qu'analyse Texts of Terror de Phyllis Trible (1984) ?

Agar, Tamar, la fille de Jephté, la concubine du lévite — lus « en mémoire d'elles », sans apologétique ni censure. → Revoir la flashcard n° 25.

Question 5 / 8

Que propose Elizabeth Johnson dans She Who Is (1992) ?

Non pour féminiser Dieu, mais pour libérer le mystère innommable du monopole des métaphores masculines. La somme catholique du courant. → Revoir la flashcard n° 26.

Question 6 / 8

Sur quelle figure biblique Delores Williams fonde-t-elle la théologie womanist ?

Sisters in the Wilderness (1993). Williams critique aussi les théories sacrificielles de l'expiation : ce n'est pas le sang substitutif qui sauve. → Revoir la flashcard n° 13.

Question 7 / 8

Qui a écrit Les Filles prodigues. Défis des théologies féministes (1999) ?

Pasteure luthérienne, professeure à Strasbourg puis à Genève : la première synthèse francophone d'envergure (Labor et Fides). Codirectrice d'Une bible des femmes (2018). → Revoir la flashcard n° 33.

Question 8 / 8

Qui a fondé en 1989 le Cercle des théologiennes africaines engagées ?

Théologienne méthodiste ghanéenne (Daughters of Anowa, 1995) : le double front du patriarcat local et de l'héritage colonial des missions. → Revoir la flashcard n° 15.

📜 Quiz 3 — Controverses et confessions

8 questions sur Inter insigniores, Canberra, Re-Imagining, les ordinations.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Que déclare Ordinatio sacerdotalis (Jean-Paul II, 1994) ?

Le Responsum de la CDF (28 octobre 1995) rattache cette doctrine au magistère ordinaire et universel. → Revoir la flashcard n° 28.

Question 2 / 8

Quel est l'argument central d'Inter insigniores (1976) ?

Avec l'exemple du Christ et la pratique constante. La Commission biblique pontificale avait pourtant conclu (vote de 1976, non publié) que le NT seul ne tranche pas la question. → Revoir la flashcard n° 27.

Question 3 / 8

Que s'est-il passé à l'assemblée du COE de Canberra (1991) ?

Invocation des esprits des victimes, Esprit associé à Kwan Yin : les orthodoxes dénoncent le syncrétisme. Chung répond : « Je suis syncrétiste, mais vous aussi. » → Revoir la flashcard n° 16.

Question 4 / 8

Quelle conférence de 1993 a provoqué une violente réaction conservatrice aux États-Unis ?

Retraits de financements et sanctions dans les Églises presbytérienne et méthodiste : la ligne de fracture du langage liturgique. → Revoir la flashcard n° 6.

Question 5 / 8

Quel pays a ordonné les premières femmes pasteures luthériennes au monde ?

Johanne Andersen, Ruth Vermehren et Edith Brenneche Petersen, ordonnées par l'évêque Øllgaard. En France réformée, Berthe Bertsch dès le 23 mars 1930 à Mulhouse. → Revoir la flashcard n° 34.

Question 6 / 8

Quand l'Église d'Angleterre a-t-elle ordonné ses premières femmes prêtres ?

Après le vote du Synode général (11 novembre 1992). 1944 = le cas isolé de Florence Li Tim-Oi ; 2015 = première évêque (Libby Lane). → Revoir la flashcard n° 35.

Question 7 / 8

Qui est devenue en 2026 la première femme archevêque de Cantorbéry ?

Annonce le 3 octobre 2025, confirmation juridique le 28 janvier 2026, intronisation le 25 mars 2026 — première femme à ce siège en quatorze siècles. → Revoir la flashcard n° 36.

Question 8 / 8

Que recommande la consultation interorthodoxe de Rhodes (1988) ?

Behr-Sigel avait posé la question ; le patriarcat d'Alexandrie franchit le pas en ordonnant Angelic Molen diaconesse au Zimbabwe (2 mai 2024). → Revoir la flashcard n° 20.

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