Histoire de l’Église
Les confessions de foi
Die normativen Lehrtexte des Protestantismus — Augsburg, Heidelberg, Westminster und Barmen.
Une confession de foi (confessio fidei) est un document doctrinal formel qui définit les convictions d’une Église en les démarquant des erreurs qu’elle rejette. Les confessions luthériennes sont rassemblées dans le Livre de Concorde (1580), le corpus confessionnel le plus complet du protestantisme.
Le Livre de Concorde (1580)
La Confession d’Augsbourg (Confessio Augustana), 1530
Rédigée par Melanchthon pour la Diète d’Augsbourg, Luther étant alors banni de l’Empire et donc absent. Elle compte 28 articles : 21 points de doctrine et 7 sur les abus. Elle cherche la continuité avec la tradition catholique tout en affirmant les vérités de la Réforme. L’article VII définit l’Église comme l’assemblée des saints où l’Évangile est enseigné purement et les sacrements administrés selon son institution. Elle demeure normative pour toutes les Églises luthériennes du monde.
L’Apologie de la Confession d’Augsbourg, 1531
Réponse de Melanchthon à la Confutatio catholique. Exposé plus ample et plus technique de la doctrine de la justification. L’article IV reste la formulation luthérienne classique : la justification est rémission des péchés et acceptation par Dieu, par la foi seule, à cause du Christ.
Les Articles de Smalkalde, 1536
Rédigés par Luther en vue d’un concile général qui ne se tint jamais. Le ton y est plus combatif que dans la Confession d’Augsbourg. Luther y désigne les points non négociables face à Rome : « Le premier et principal article est celui-ci : Jésus-Christ, notre Dieu et Seigneur, est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification (Rm 4,25) » — tout le reste en dépend.
Le Petit et le Grand Catéchisme, 1529
Luther tenait le Petit Catéchisme pour son œuvre la plus importante. Conçu pour les familles et les enfants, il traite du Décalogue, du Symbole des apôtres, du Notre Père, du baptême, de la confession et de la Cène, sous forme de questions et de réponses. C’est un chef-d’œuvre de pédagogie catéchétique, encore en usage aujourd’hui.
La Formule de Concorde (1577) et le Livre de Concorde (1580)
Après des décennies de querelles internes consécutives à la mort de Luther — gnésio-luthériens contre philippistes, sur la Cène, le libre arbitre et les bonnes œuvres —, la Formule de Concorde clarifie la doctrine luthérienne en douze articles. Le Livre de Concorde (1580) rassemble l’ensemble des documents confessionnels : les symboles des apôtres, de Nicée et d’Athanase, ainsi que les cinq documents luthériens. C’est le corpus luthérien définitif.
La tradition confessionnelle réformée est plurielle : au lieu d’un corpus normatif unique, elle compte une série de confessions nationales partageant le même substrat calviniste. Toutes affirment l’autorité de l’Écriture, la théologie de l’alliance et la prédestination.
Les grandes confessions réformées
La Seconde Confession helvétique (Confessio Helvetica Posterior), 1566
Rédigée par Heinrich Bullinger, successeur de Zwingli à Zurich, pour son ami l’électeur Frédéric III du Palatinat. Trente chapitres couvrant toute la théologie systématique. C’est la confession réformée la plus largement reçue : France, Écosse, Hongrie, Pologne, Pays-Bas, Angleterre. Elle scelle la réconciliation du calvinisme et du zwinglianisme sur la base du Consensus Tigurinus (1549).
Le Catéchisme de Heidelberg, 1563
Rédigé par Zacharias Ursinus et Caspar Olevianus pour l’électeur Frédéric III, il compte 129 questions. La première est célèbre : « Quelle est ta seule consolation dans la vie et dans la mort ? — C’est que, de corps et d’âme, dans la vie comme dans la mort, je n’appartiens pas à moi-même, mais à mon fidèle Sauveur Jésus-Christ. » Il est normatif dans les Églises réformées néerlandaises, allemandes et américaines.
La Confession de foi de La Rochelle (Confessio Gallicana), 1559
Confession des huguenots français, rédigée avec la collaboration de Calvin. Quarante articles, adoptés au premier synode national protestant de Paris en 1559, révisés à La Rochelle en 1571. Normative pour les réformés français jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes (1685), qui disperse les huguenots dans toute l’Europe et fonde la diaspora réformée.
Les Canons de Dordrecht, 1619
Rédigés par le synode réformé international de Dordrecht en réponse aux cinq Remontrances arminiennes de 1610. Ils formulent en cinq chapitres la sotériologie réformée, que l’on désignera plus tard par TULIP. Avec la Confession belge (1561) et le Catéchisme de Heidelberg, ils constituent les « Trois Formes d’unité » (Drie Formulieren van Enigheid) des Églises réformées néerlandaises.
La Confession de Westminster, 1647
Rédigée par l’Assemblée de Westminster — 121 théologiens et des délégués parlementaires — en 33 chapitres. C’est la confession réformée la plus complète, la plus systématique et la plus influente. Avec le Grand et le Petit Catéchisme de Westminster, elle demeure normative pour le presbytérianisme anglophone : Écosse, États-Unis, Corée du Sud, Nigeria, Australie.
La tradition confessionnelle anglicane cherche la via media, une voie moyenne entre catholicisme romain et protestantisme réformé. Les Trente-Neuf Articles (1571) demeurent le document normatif, malgré une ambiguïté délibérée sur plusieurs points.
Les Trente-Neuf Articles et d’autres confessions marquantes
| Confession | Tradition | Année | Affirmations principales |
|---|---|---|---|
| Trente-Neuf Articles | Anglicane | 1571 | Art. 11 : justification par la foi seule. Art. 17 : prédestination calviniste modérée. Art. 28-29 : rejet de la transsubstantiation. Volontairement ouverts sur la théologie eucharistique. |
| Confession baptiste de Londres | Baptiste calviniste | 1689 | Adaptation de Westminster pour les baptistes : crédobaptisme au lieu du pédobaptisme ; la sotériologie réformée est par ailleurs conservée. |
| Déclaration de Barmen | Luthéro-réformée | 1934 | Rédigée par Barth pour l’Église confessante. Thèse 1 : « Jésus-Christ, tel qu’il nous est attesté dans l’Écriture sainte, est l’unique Parole de Dieu » — contre l’inféodation de l’Église au national-socialisme. |
Les textes confessionnels ne sont pas des documents secs : ce sont des manifestes spirituels et théologiques, écrits par des hommes en temps de crise. Leur lecture directe est irremplaçable.
Textes primaires commentés
Confession d’Augsbourg, article VII (1530)
Cette définition de l’Église est fonctionnelle et non institutionnelle : l’Église se définit par ce qui s’y fait — prédication de l’Évangile et administration des sacrements — et non par qui y exerce l’autorité, hiérarchie ou succession apostolique. C’est là la différence ecclésiologique fondamentale entre le protestantisme d’une part, le catholicisme et l’orthodoxie de l’autre.
Catéchisme de Heidelberg, question 1 (1563)
Cette réponse condense toute la sotériologie réformée : appartenance au Christ, qui recouvre élection et persévérance ; substitution pénale, dans l’expression « pleinement satisfait » ; délivrance de la puissance du diable ; providence universelle, dans l’image du cheveu ; assurance du salut par le Saint-Esprit ; et sanctification, dans la disposition à vivre désormais pour lui.
Confession de Westminster, chapitre I §4 (1647)
Ce texte formule avec précision l’autopistia, l’auto-attestation de l’Écriture : la Bible n’est pas canonique parce que l’Église l’a déclarée telle, elle est Parole de Dieu parce que Dieu en est l’auteur. L’Église reconnaît ce caractère, elle ne le confère pas. C’est la différence de fond avec la position catholique sur le rapport entre Écriture, Tradition et Magistère.
Sources primaires
- Kolb, Robert et Timothy J. Wengert, éds. The Book of Concord: The Confessions of the Evangelical Lutheran Church. Minneapolis : Fortress, 2000.
- Cochrane, Arthur C., éd. Reformed Confessions of the 16th Century. Louisville : Westminster John Knox, 2003.
- Leith, John H., éd. Creeds of the Churches. 3e éd. Atlanta : John Knox, 1982.
Études
- Muller, Richard A. Post-Reformation Reformed Dogmatics. 4 vol. 2e éd. Grand Rapids : Baker Academic, 2003.
- Pelikan, Jaroslav et Valerie Hotchkiss, éds. Creeds and Confessions of Faith in the Christian Tradition. 4 vol. New Haven : Yale University Press, 2003.
Quiz — Bekenntnisschriften
Quel document rassemble l'ensemble des confessions luthériennes depuis 1580 ?
- Les 39 Articles
- Le Konkordienbuch (Livre de Concorde, 1580)
- La Confessio Helvetica Posterior
- Le Catéchisme de Heidelberg
Réf. : Kolb-Wengert, Book of Concord (Fortress, 2000)