Histoire de l’Église
Textes confessionnels
Primärtexte mit kritischem Kommentar — Augsburg, Heidelberg, Westminster, Trient und Barmen.
La doctrine de la justification est le point de partage entre la Réforme et Rome. Les textes confessionnels en livrent les formulations les plus précises et rendent visible la profondeur de la divergence.
Confession d’Augsbourg, article IV (1530)
Commentaire. Ce texte est la première formulation protestante officielle de la doctrine de la justification devant une diète impériale. Quatre éléments s’y articulent : la gratuité (ex gratia), par grâce et non par mérite ; le fondement christologique (propter Christum), à cause du Christ et non par une satisfaction propre ; le moyen (per fidem), par la foi ; et l’imputation — « tenir et imputer » — qui en marque le caractère forensique. Le renvoi à Rm 3 et 4 ancre la position dans l’exégèse.
Concile de Trente, session VI, canon 9 (1547)
Commentaire. Ce canon vise directement la sola fide luthérienne. Il ne condamne pas la justification par la foi comme telle, mais le caractère exclusif attribué à la foi. Trente affirme la primauté de la grâce, tout en maintenant la coopération de la volonté humaine — le synergisme — et la nécessité des sacrements. La Déclaration commune de 1999 a soutenu que ces anathèmes n’atteignent pas les doctrines aujourd’hui enseignées de part et d’autre, mais elle n’a pas abrogé le canon lui-même.
Catéchisme de Heidelberg, question 60 (1563)
Commentaire. La force de cette formulation tient à sa concrétude pastorale : elle s’adresse directement au croyant — « bien que ma conscience m’accuse » — et oppose à la gravité du péché la plénitude de l’imputation : « comme si je n’avais jamais commis aucun péché ». C’est la justification forensique dans son expression pastorale la plus pure, à la fois d’une précision juridique et d’une profondeur spirituelle.
L’Église et les sacrements dans les confessions
Confession d’Augsbourg, article VII (1530)
Commentaire. Cette définition est ecclésiologiquement décisive à trois titres. Elle est fonctionnelle et non institutionnelle : ni hiérarchie ni succession apostolique ne figurent parmi les marques de l’Église. Elle distingue ce qui est requis pour l’unité — l’accord doctrinal — de ce qui ne l’est pas — l’uniformité cérémonielle. Et elle implique, sans le dire, que l’Église médiévale n’est pas pleinement Église là où l’Évangile n’est pas prêché purement.
Confession de Westminster, chapitre XXIX (1647)
Commentaire. Westminster tient la position calvinienne : présence réelle mais spirituelle du Christ dans la Cène, contre la consubstantiation luthérienne comme contre la transsubstantiation catholique. C’est la position issue de l’échec du colloque de Marbourg (1529) : là où Luther et Zwingli n’avaient pu s’entendre, Calvin propose une médiation — la présence est réelle, mais son mode est spirituel et non corporel.
Écriture et autorité ecclésiastique
Confession de Westminster, chapitre I §4-5 (1647)
Commentaire. Deux thèmes majeurs s’y articulent. D’abord l’autopistia, l’auto-attestation de l’Écriture : son autorité vient de Dieu, non de l’Église, qui reconnaît le canon sans le constituer. Ensuite le testimonium Spiritus Sancti internum, le témoignage intérieur de l’Esprit, comme fondement de la certitude subjective — thème que Calvin développe dans l’Institution I.7.4-5. La position se démarque à la fois du catholicisme, où le Magistère est l’interprète autorisé, et d’un piétisme subjectiviste où l’expérience seule fonderait la certitude.
Concile de Trente, décret sur les Écritures canoniques (1546)
Commentaire. Le décret place l’Écriture et la tradition apostolique sur le même plan de vénération — pari pietatis affectu ac reverentia. C’est la réponse explicite à la sola Scriptura : non l’Écriture seule, mais l’Écriture et la Tradition conjointement. Le même décret déclare authentique la Vulgate de Jérôme, contre les humanistes protestants qui privilégiaient les originaux grec et hébreu.
Barmen (1934) et la confession au XXe siècle
La Déclaration théologique de Barmen — thèses 1 à 3
Thèse 2. — L’Église chrétienne est la communauté de frères dans laquelle Jésus-Christ agit présentement comme Seigneur, dans la Parole et le sacrement, par le Saint-Esprit.
Thèse 3. — L’Église a, par sa parole et par ses actes, à rendre son service non selon le changement des convictions idéologiques et politiques dominantes du moment. »
Commentaire. Barmen est le texte confessionnel le plus important du XXe siècle. Sa force tient à l’application radicale du solus Christus à une situation politique concrète. La première thèse exclut toute « révélation » extérieure à l’Écriture — qu’il s’agisse de la race, du peuple, de l’histoire ou des « ordres de la création », formule de prédilection des « Chrétiens allemands ». C’est la sola Scriptura devenue théologie de résistance.
Barmen et l’Église confessante
La Déclaration fut adoptée par le premier synode confessant de l’Église évangélique allemande, réuni à Wuppertal-Barmen du 29 au 31 mai 1934. Elle constitue l’acte de fondation théologique de l’Église confessante face à l’emprise national-socialiste. Parmi les signataires figurent Martin Niemöller et Hans Asmussen, aux côtés de Barth. Dietrich Bonhoeffer, engagé dans le même combat, le paiera de sa vie : il est exécuté le 9 avril 1945 au camp de Flossenbürg.
Éditions des textes
- Kolb, Robert et Timothy J. Wengert, éds. The Book of Concord. Minneapolis : Fortress, 2000.
- Cochrane, Arthur C., éd. Reformed Confessions of the 16th Century. Louisville : Westminster John Knox, 2003.
- Denzinger, Heinrich et Peter Hünermann. Symboles et définitions de la foi catholique. Paris : Cerf, 2005.
Études
- Scholder, Klaus. Die Kirchen und das Dritte Reich. 2 vol. Berlin : Propyläen, 1977-1985.
- Busch, Eberhard. La théologie de Karl Barth. Genève : Labor et Fides, 2008.
Quiz — Bekenntnistexte
Le Canon 9 de la Session VI du Concile de Trente (1547) condamne :
- L'usage du latin dans la liturgie
- La doctrine selon laquelle le pécheur est justifié par la foi seule (sola fide), en entendant par là qu'aucune autre chose n'est requise
- La doctrine calviniste de la prédestination absolue
- Le rejet des images saintes dans les lieux de culte
Réf. : Trente, sess. VI, can. 9 (DH 1559)